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Les chefs de Gourméditerranée aux fourneaux pour les plus fragiles

Par Guylaine Idoux

Journaliste

Face à la pandémie, des initiatives solidaires nous réconfortent. Zoom sur les chefs de l’association Gourméditerranée, qui préparent, bénévolement et en toute discrétion, des centaines de repas pour les plus fragiles. Parmi eux, les personnes handicapées de deux établissements spécialisés, où le quotidien, déjà difficile, est encore compliqué par le virus. [Un reportage confinement correct, réalisé sans masque mais au téléphone].

C’est l’histoire d’un repas gourmet pas comme les autres. Au menu ce lundi : paëlla de la mer, puis cheesecake et sa pomme au four en compotée, préparés bénévolement par six des meilleurs chefs de la région, ceux de l’association Gourméditerranée, une association qui fait la promotion de la cuisine du sud (bonus). C’est peut-être un détail pour vous, mais pour eux, ça veut dire beaucoup. Eux ? Une centaine de personnes en situation de handicap et les équipes qui les accompagnent, dans deux établissements spécialisés de la région, échantillon d’une population beaucoup plus large à laquelle les médias mainstream se sont peu (voire pas du tout) intéressés depuis le début de la pandémie.

 

Des équipes sous tension
ehpad-aubagne
À Aubagne, le patio déserté

« Ils évoquent beaucoup les Ehpad, et à raison. Mais nous vivons le même scénario. Particulièrement fragiles, nos résidents sont bouclés dans leurs chambres, avec des consignes d’hygiène strictes. Notre équipe est exemplaire, mais elle est soumise à rude épreuve » raconte Benoît Mari, directeur de deux foyers à Auriol et Aubagne, gérés par l’antenne provençale de l’APF France Handicap (bonus).

Coronavirus : Gourméditerranée monte aux fourneaux 3Pour bien des personnes en situation de handicap, plus fragiles du point de vue sanitaire, attraper le Covid-19 est (encore) plus dangereux que pour le reste d’entre nous. Ajoutez des équipes sous tension, pour cause d’effectifs réduits (certains sont en arrêt maladie, d’autres en quatorzaine à cause du virus), des kinés qui ne peuvent plus intervenir pour le suivi habituel (le confinement l’interdit hors urgences strictes)… Déjà épineuse sans pandémie, la situation flirte maintenant avec le point de rupture, d’autant que l’arrêt des visites et des sorties, nécessaire d’un point de vue sanitaire, vire à la torture psychologique. « C’est un facteur d’équilibre important de la santé psychique, particulièrement chez les personnes en situation de handicap », explique Benoît Mari. « Beaucoup n’ont que ces interactions sociales en temps normal. Maintenant, nos résidents se retrouvent 24h/24 dans leurs chambres, beaucoup branchés sur des chaînes d’info continue anxiogènes… ».

 

Une mobilisation immédiate

L’initiative des chefs de Gourméditerranée a fait l’effet d’un petit soleil dans ce quotidien très assombri. Dans les établissements d’Auriol et Aubagne, mais aussi pour les chefs eux-mêmes, qui y ont vu un moyen de se mobiliser, à leur manière : « Nous, les chefs, disons souvent qu’on ne sauve pas des chef-solidaire-gourmediterraneevies. Mais la nourriture est à la base du lien social, une façon pour nous d’apporter un peu de joie dans cette période », confie le chef Sébastien Richard. Vice-président de Gourméditerranée, lui-même aux fourneaux depuis vendredi (440 repas préparés en une journée, lire nos bonus !), il se dit ravi de l’enthousiasme des troupes : « Quand on a lancé l’appel à la solidarité, la mobilisation a été immédiate. Mina Cook, la cheffe installée au Cloître, a immédiatement mis sa cuisine à disposition. Puis Provence Tourisme, via la directrice Isabelle Brémond, a fait le lien pour que nous ayons accès aux stocks des cantines des collèges, avant qu’ils se périment. Enfin, Transgourmet France, sponsor de Gourméditerranée, nous a tout de suite fait don de leurs invendus, soit 4 000 euros de denrées ».

livraison-repas-solidaireDe quoi réchauffer le cœur des résidents des établissements d’Auriol et Aubagne. Et avec eux, ceux des soignants de l’AP-HM et de l’hôpital militaire Lavéran, ainsi que l’association Maavar et ses protégés en grande précarité, autant de structures auxquelles Gourméditerranée voudrait livrer 250 repas par semaine jusqu’à la fin du confinement. « L’important est de durer. Pour travailler dans de meilleures conditions, et doubler les quantités produites, Provence Tourisme fait le lien avec le Département pour nous prêter une cantine de collège. Deux fois par semaine, lundi et jeudi, de 7h à 19h, nous serons bénévolement aux fourneaux pour préparer un total de 250 repas », explique le chef, qui fait appel à toutes les bonnes volontés. Car les six chefs qui se relaient chaque semaine aux fourneaux ont besoin de six personnes pour les aider. Bref, des petites mains au grand cœur. C’est votre cas ? Faites-vous connaître : contact@associationgourmediterranee.com Et merci pour tous. ♦

 

Bonus
  •  APF-Provence, kesako. Émanation de l’APF-France Handicap (Association des Paralysés de France), cette antenne lutte contre les discriminations et pour le libre choix du mode de vie des personnes en situation de handicap. La délégation provençale gère notamment deux foyers d’accueil dont l’un médicalisé, à Auriol et Aubagne. Elle pilote aussi un Service d’Accompagnement à la Vie Sociale (SAVS), qui intervient sur l’ensemble des Bouches-du-Rhône, soit environ un millier de personnes en situation de handicap. Objectif : mettre en place pour chacune un « projet de vie individualisé de prise en charge et d’accompagnement ». Problème : ces personnes, certaines très isolées, sont les plus impactées par la situation actuelle. Désorganisé par le confinement et les arrêts maladie, le service d’aide à domicile tangue déjà fortement. Vendredi, le directeur de l’APF-Provence, Marc Honnorat, confiait son inquiétude : « Les personnes en situation de handicap risquent plus que d’autres l’isolement, qu’on les perde de vue. Alors nous appelons tout le monde régulièrement. Nous déployons l’information, nous alertons les mairies, les CCAS, nous faisons tout ce que nous pouvons pour les remettre dans le sens d’un collectif. L’aide à domicile, va, j’espère, être petit à petit réorganisée mais ce service est aussi soumis à l’absentéisme, à la maladie, au non-équipement… Ce sont toutes des situations particulières, et notre rôle est de rétablir l’équilibre de vie autour de la personne ».

 

  •  Gourméditerranée, en bref. Vendredi dernier, cette association créée en 2012 a réalisé un premier exploit, cuisinant 450 repas (entrée-plat-dessert) pour l’AP-HM, Maarvar et l’hôpital Lavéran (voir ci-dessous). Six chefs de l’association étaient sur le pont, parmi les 70 chefs et artisans de bouche du Sud qu’elle réunit. Sa mission en « temps normal » : faire rayonner la cuisine provençale en France et au-delà, à travers divers manifestations, événements, concours, dîners de gala… Gérald Passédat (Le Petit Nice) préside l’association, aidé des deux vice-présidents Alexandre Mazzia et Sébastien Richard. Représentative de la féminisation d’une profession longtemps restée aux mains des hommes, une douzaine de femmes cheffes ont rejoint l’association.

 

  •  Mavaar, en quelques lignes (et un reportage). Basée à Paris et Marseille, cette association accompagne les personnes en situation de grande précarité. L’accompagnement peut être social ou psychologique, se traduire par un hébergement mais aussi un soutien alimentaire, via le restaurant social Noga. Celui-ci mène aussi la difficile bataille du maintien de l’activité malgré le coronavirus, Marcelle vous en parlait voici quelques jours, à lire ici.

 

  •  Hôpital Lavéran, ce qu’il faut savoir. Implanté depuis 1963 sur le boulevard du même nom, à Marseille, cet hôpital militaire porte le nom du médecin militaire, Alphonse Lavéran, qui, en 1880, a découvert le parasite responsable du paludisme. Il est ouvert à tous les assurés sociaux, même sans lien militaire. Le 18 mars, il a accueilli des patients infectés par le Covid-19, évacués de Mulhouse et Colmar faute de place.

 

  •  AP-HM, en chiffres. L’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) est le troisième pôle hospitalier universitaire de France. C’est aussi le premier employeur de la région avec plus de 13 000 salariés et 2 000 médecins. Il abrite 3 400 lits répartis sur quatre structures : Hôpitaux La Timone, La Conception, Hôpital Nord et les Hôpitaux Sud.