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Jours de confinement #S7

Par Olivier Martocq

Journaliste

Trail à Porquerolles en 2016

J-9. La date est connue, malgré une grosse incertitude sur la couleur du département. Un scoop de la presse locale relayé par tous les réseaux sociaux la veille de l’annonce officielle affirmait que le 13 serait rouge. C’était un tuyau percé. Le département des Bouches-du-Rhône est paré d’orange. Didier Raoult, de son côté, persiste et signe : « Le virus est saisonnier, la pandémie va s’arrêter toute seule avant l’été ». Il l’a redit sur BFM jeudi soir. S’il y a une chose que l’on doit reconnaître au patron de l’IHU Méditerranée, c’est la constance dans ses analyses. Il est la seule sommité scientifique en France qui n’a pas varié dans ses propos depuis l’apparition du Covid-19. À 216 heures du jour J l’espoir reste donc de mise. Coup de projecteur en cette nouvelle semaine du confinement sur les marathoniens d’Endurance Passion 13 qui côtoient l’Éducation Nationale et pourraient se retrouver en première ligne !

 

Marco : « La reprise le 11, c’est pas gagné » 
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Marco, au fond, premier de cordée dans les calanques.

Marco n’appartient pas à l’Éducation Nationale, mais c’est notre prof à nous. La semaine dernière, via les outils numériques mails, WhatsApp mais aussi le site du club, il a lancé un plan ambitieux d’entraînement. Bide total, on est deux sur quarante-trois à l’avoir respecté. La bonne nouvelle pour Michel et moi, c’est que nos temps en dessous de 4’20 au 1 000 mètres pour des fractionnés sont corrects. Explication de ce peu d’intérêt pour la reprise de la course, selon Marco : « On navigue à vue. C’est très difficile de se motiver ». Et lui le boss qui s’astreint chaque matin à des séances d’abdos et à une heure minimum de vélo d’appartement d’élaborer une stratégie : « Les mails, ça ne porte plus. Je vais appeler chaque coureur ». Après l’absence d’objectif sportif immédiat, l’autre handicap majeur pour la reprise réside dans les nouvelles règles sanitaires. Dix coureurs maximum espacés de 10 mètres chacun, voilà de quoi annihiler toute forme de convivialité. Or, c’est aussi ce que l’on vient chercher en courant en groupe. Les 20 minutes à minima de la période d’échauffement sont l’occasion de discussions à bâtons rompus, ce qui est excellent pour le cœur car le souffle n’est pas régulier. On y parle de foot ou plus exactement de l’OM – ce sujet pour un temps est épuisé puisque les compétitions ne reprendront qu’en septembre- mais aussi politique, économie, livres, films, etc. Une solution envisagée par le coach est la course en colline. Sur les chemins escarpés, on ne peut courir de front et donc on ne parle pas. Surtout le grand bol d’air et les paysages devraient attirer le coureur confiné depuis huit semaines. Reste à savoir quels seront les massifs ouverts, et si l’on pourra s’y rendre !

 

Hervé : « Rentrée scolaire au conditionnel »

Jours de confinement #S7 2Hervé prépare des élèves au bac professionnel maintenance auto, mais aussi des BTS ou des bacs +1 de contrôleur technique. Deux populations et deux motivations. Côté bac pro, sur une classe de 28, à peine dix ont suivi régulièrement ses cours à distance. « Trois avaient des problèmes de matériel. Les autres ont profité de la situation ». Comme le lycée, au mieux le 2 juin, ne pourra pas accueillir tout le monde dans la configuration habituelle, Hervé prône une rentrée différenciée. « On ne pourra pas travailler tous en atelier -ce qui intéresse le plus les jeunes- pour des raisons sanitaires liées à la fois à la proximité mais aussi au matériel. Les outils sont partagés, il faudra des gants et des masques en grande quantité ». Son idée : récompenser les dix qui ont suivi les cours à distance en les mettant en priorité dans l’atelier et les autres dans des salles de classe, pour qu’ils récupèrent le retard accumulé durant la période de confinement. La proposition politiquement incorrecte n’a pas encore été débattue. Les jeunes en formation de contrôleurs techniques, eux se sont tous montrés motivés. Aucune défaillance, des QCM rendus en temps et heure, l’envie de revenir en cours et de renouer avec des stages en entreprise qui reprennent dès le 18 mai. Sur les semaines écoulées, Hervé reconnaît avoir eu une chance inouïe. Il avait prévu des travaux lourds chez lui en juin. Le matériel a été livré la veille du confinement. Son chantier est quasi terminé. « Et sur le plan sportif, je me suis entretenu ! »

 

Isabelle : « Les gens sortent de leur torpeur »

Pas de zumba en ligne cette semaine, notre ERSEH (enseignante référente pour la scolarisation des enfants en situation de handicap) a eu trop de boulot : « J’ai l’impression que les gens sortent de leur torpeur. Les Jours de confinement #S7 6parents notamment réalisent qu’il faut solutionner les problèmes qui traînent, préparer la rentrée prochaine, surtout quand il y a changement d’établissement. Tout doit être prêt d’ici deux mois ». Et 200 dossiers à gérer, c’est dense. Sur le retour en cours ? « C’est la grande question. Pour nombre d’entre eux, cela suppose le retour des AVS -assistants de vie scolaire-. Ce serait anti-inclusion qu’ils ne puissent rentrer en même temps que les autres. Pour eux, comme pour leurs parents qui sont parfois à bout ». Avec son mari Franck, également coureur, ils poursuivent leurs échappées belles dans les collines du quartier des Baumettes, en alternant le mode course « tranquille et sans chrono » et le mode balade. Parmi les nouvelles habitudes découlant du confinement, le pain maison « façon soda bread, avec la recette rapportée du marathon du Connemara » et une activité plus intense en cuisine pour rendre appétissantes les côtes de blettes du panier bio. Isabelle a aussi hérité de la tâche fastidieuse de préparer un photomontage pour les dix ans du club (l’événement, initialement programmé pour juillet, a été repoussé à la rentrée) : 900 photos lui ont été mailées par les uns et les autres. Good luck !

 

Éric : « Le 11 mai : mission quasi impossible ! »

Éric exerce le même métier qu’Isabelle. L’occasion de revenir sur la gestion des 14 000 écoliers en situation de handicap dans les Bouches-du-Rhône. Leur mission est de superviser le parcours éducatif personnalisé d’une partie d’entre eux. Servir d’interface entre tous les acteurs concernés de la communauté scolaire – chefs Jours de confinement #S7 7d’établissements, enseignants, assistants et accompagnateurs – mais aussi le corps médical et les spécialistes qui suivent ces enfants aux handicaps très variés, physiques ou psychiques, ou en longue maladie. « Le télétravail ne nous simplifie pas la vie, estime Éric. Nous prenons des décisions à plusieurs, avec tous les acteurs concernés y compris les parents et parfois l’enfant lui-même. La visioconférence ne remplace pas le contact direct. Chaque cas est particulier et nécessite des mesures individuelles, souvent à inventer ». Les exemples ne manquent pas. Le plus marquant est peut-être celui d’un enfant à l’intelligence exceptionnelle qui ne peut ni écrire ni parler. Il communique grâce à un clavier doté d’une voix artificielle qu’il manipule avec ses pieds. « Il a 18 en math, 18 en français. Va décrocher son bac avec une mention. Pour les autres élèves de la classe, c’est un moteur. Ils relativisent leurs petits problèmes. » Dans son domaine, parler d’un retour à la normale le 11 mai est une mission quasi impossible. La distanciation physique introduit des paramètres parfois impossibles. « Comment vont se comporter les enfants qui ont des troubles du comportement face à leurs camarades et leurs professeurs le visage caché par un masque ? ». L’enjeu est de taille quand on sait que la plupart de ces élèves n’auraient pas eu le bac il y a 20 ans, mais qu’aujourd’hui, grâce aux parcours adaptés, ils réussissent sans problème. Sur sa forme physique, Éric, l’un des deux membres du club à s’être expatrié au moment du confinement (à Cabriès), n’a pas de doute : « Ça va ! Je cours douze kilomètres en forêt tous les deux jours ». Son problème concerne son autre passion, le kayak en mer. « La fédération a demandé l’autorisation de se remette à l’eau dès le 11 mai, car c’est un sport solitaire ». Mais à ce jour, comme pour les massifs forestiers nous intéressant nous autres coureurs, la Préfecture ne semble pas encore avoir tranché.

 

Agathe : « Pas sûre de revoir des élèves ici avant l’été »

Jours de confinement #S7 1Hier, c’était les 15 ans de Sarah : « un gâteau d’anniversaire façon tropézienne et un apéro en visio avec les grands-parents. On a même un peu dansé ! ». Au lycée agricole des Calanques, où Agathe est gestionnaire et où habite la famille, la tranquillité règne toujours. Même si les ARL (agents régionaux des lycées) ont démarré la désinfection des locaux. « Seulement les consignes pour les lycées ne seront connues que fin mai, rappelle Agathe. Je ne suis pas sûre de revoir des élèves ici avant l’été ». Son fils rêve de retrouver ses copains de CM1, « mais 67% des parents ont déjà fait savoir qu’ils ne voulaient pas remettre leurs enfants à l’école », glisse-t-elle. Agathe continue les cours de gym avec sa cousine danseuse au Moulin Rouge et espère décrocher rapidement un rendez-vous chez un podologue pour avoir des semelles à même de corriger son problème de hanche. En attendant elle se balade avec le chien dans la colline voisine, où elle a eu un jour la surprise de déclencher les coups de sifflet véhéments d’une équipe de policiers. Elle a fait demi-tour et pris ses jambes à son cou – le comble quand on est l’épouse d’un… policier ! ♦