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Mon Émile s’est bonifié avec le Covid

Par Lorraine Duval

Journaliste

Les casseroles s’activent pour aider les plus démunis 6Privée de son activité pendant le confinement, cette start-up d’aide aux seniors a déclenché un plan bénévolat. Devant le succès rencontré, Mon Émile-association a vu le jour pour pérenniser la démarche.

 

Derrière Mon Émile, il y a bien un Émile : Émile Brin, 26 ans, qui a créé voilà un an et demi sa petite start-up de service personnalisé d’accompagnement des seniors. Une conciergerie proposant aux résidences dédiées et aux Ehpad une panoplie de services adaptés aux personnes dans le « bel âge » et encore autonomes.

Ce benjamin de la « silver » économie a suivi un parcours atypique : l’école hôtelière suisse Glion, « où j’ai été formé à l’hospitalité », puis un master médico-social, « j’avais alors dans l’idée de diriger un établissement de santé ou une maison de retraite ».

 

Redonner le sourire aux seniors

Mon Émile s’est bonifié avec le CovidQuand, empreint de la rigueur suisse de ses études, il crée Mon Émile en janvier 2019, le concept est clair : « Un interlocuteur unique, une vraie personne de confiance pour les familles ». Vient en deuxième position un accompagnement adapté pour toute une palette de services (de la réservation d’un cours de tennis à la place de concert en passant par un chauffeur pour aller faire des courses) mais également la santé avec la stimulation cognitive (ateliers théâtre ou écriture par exemple). « En France, on vieillit de plus en plus tard mais de plus en plus mal, avec des dépendances très élevées, pointe le jeune entrepreneur. Et un de nos objectifs est de redonner le sourire aux seniors ». La méthode relève du bon sens : « un bilan personnalisé afin de proposer des prestations adaptées, puis la mise en œuvre de ces solutions ». Le tout sous forme de forfait mensualisé. Jusqu’à la crise sanitaire, la petite entreprise compte six salariés, et une quarantaine de prestataires indépendants disséminés dans la moitié sud du pays et en Île de France.

 

Des bénévoles de tous horizons

Lorsque l’épidémie de Covid s’est étendue, toute cette partie commerciale a bien évidemment été gelée. « Nous avons décidé de poursuivre de façon bénévole, de devenir accessibles à tous dans la mesure des restrictions sanitaires », raconte Émile Brin. L’initiative déborde largement de Marseille et bientôt 1 800 bénévoles sont à l’œuvre à travers l’hexagone. Tous s’engagent via une charte éthique et déontologique – notamment et jusqu’à aujourd’hui port du masque de rigueur et interdiction de franchir le seuil des habitations, sauf motif impérieux, comme l’installation de Skype afin de permettre aux personnes âgées de dialoguer avec leur famille.

Parmi les premiers bénévoles, beaucoup de personnels soignants, infirmières notamment, prêtes à ajouter un service à leur visite professionnelle. Puis les adhésions se diversifient, juristes, assureurs, étudiants dont la scolarité a été interrompue. La visibilité est bonne, la presse relaye. Et deux parrains rugbymen du Stade Toulousain assurent la promo des collectes de dons grâce à leur notoriété : Maxime Mermoz et Maxime Medard. « Ils sont carrés. Ils illustrent la force et la solidarité », apprécie Émile.

 

Visite chez Janine
Mon Émile s’est bonifié avec le Covid 1
Janine et Jean-Paul

Je fais connaissance avec Janine, 84 ans – « vous pouvez aussi écrire Jeannine c’est comme vous voulez », précise la principale intéressée. L’octogénaire vit seule, ses neveux et nièces sont éloignés, elle s’est retrouvée bien isolée quand la crise sanitaire a éclaté. D’autant plus que suite à une chute, elle se déplace avec difficultés et ne peut plus emprunter l’escalier de sa résidence. « J’ai téléphoné au service Allo senior de la mairie et on m’a mis en relation avec ces jeunes gens. Et ils se sont chargés de tout ce dont je ne pouvais pas m’occuper : les courses, le courrier, les médicaments à la pharmacie et descendre les poubelles ». D’habitude c’est Jean-Paul qui s’occupe de Janine. Cette dernière ne tarit pas d’éloges : « J’étais un peu inquiète au départ. Et puis j’ai eu un coup de foudre, plaisante-t-elle. C’est un garçon correct, souriant, très convenable, taquin parfois. C’est mon rayon de soleil ! » Elle ajoute qu’elle adore bavarder avec lui, « il me parle de ses études, sa famille, sa grand-mère… comme si je l’avais toujours connu ». Cerise sur le gâteau, l’anniversaire de Janine tombant pendant le confinement, l’équipe d’Émile lui a offert un fraisier, son gâteau préféré !

Le rayon de soleil, Jean-Paul Astruc, 26 ans, travaille dans les assurances. « J’ai entendu parler de cette initiative sur les réseaux sociaux. Pendant le confinement, j’étais en télétravail, j’avais du temps disponible pour une bonne action. Et j’ai pris en charge les requêtes de six personnes âgées, du quartier des Goudes jusqu’à Saint-Jérôme, autrement dit d’un bout à l’autre de Marseille ! »

 

Deux Émile désormais

Au soulagement de tous, le déconfinement a fini par arriver. Et à la surprise d’Émile, 90% des bénévoles ont décidé de poursuivre. Jean-Paul est du lot. Il retravaille normalement depuis le 11 mai mais libère du temps « après le boulot » deux fois par semaine pour ses missions Mon Émile. « Des relations se nouent. Janine me tutoie maintenant ». Si Marseille est dotée d’une grosse force de frappe, le réseau est présent un peu partout en France et a même pris le bateau jusqu’en Corse. 1 200 personnes ont déjà bénéficié de ses services bénévoles. Et des partenariats précieux ont déjà été noués, avec Ramsay Générale de santé notamment. Mon Émile-entreprise et Mon Émile-association cohabitent désormais. « Cette période a révélé une telle entraide, une telle solidarité ! Il y aura un avant et un après », prédit le jeune homme ♦

*Tempo One, parrain de la rubrique « Solidarité », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus [Pour les abonnés] – Le rapport Monalisa  sur l’isolement des aînés – 300 000 Français de plus de 60 ans en situation de mort sociale ! – Le festival de Cannes de la silver économie

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