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Les métiers de la nature, une carrière assurée pour les jeunes

Par Hervé Vaudoit

Journaliste

Depuis plus de 50 ans, la Maison Familiale et Rurale (MFR) de Garachon, à Lambesc, forme des jeunes attirés par les métiers liés à l’environnement et à la production agricole. Ils y viennent par vocation ou faute d’avoir trouvé leur bonheur dans les filières d’enseignement classiques. Tour d’horizon, à l’heure où se prépare la rentrée 2020/2021.

 

Beaucoup de parents le savent : quand un enfant a du mal à trouver sa place dans le système scolaire classique, c’est le parcours du combattant qui débute pour lui et ses géniteurs. Car, lorsqu’un élève ne rentre pas – ou mal – dans le moule ultra-formaté de l’Éducation nationale, difficile de lui trouver une alternative à la fois adaptée, valorisée et porteuse d’avenir.

Offrir à ces jeunes des possibilités d’accomplissement personnel et professionnel hors les sentiers battus des filières généralistes, c’est le pari qu’ont fait les Maisons familiales et rurales (MFR) dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une époque où l’écart s’est définitivement creusé entre les professions intellectuelles, au prestige grandissant, et les métiers de la terre et de la nature, en voie de dévalorisation accélérée.

 

L’agriculture, déconsidérée après-guerre

Les métiers de la nature, une carrière assurée pour les jeunes 6La Provence n’a pas échappé à cette lame de fond et, dans les années 1960, même si elle était encore assez lucrative, l’agriculture éprouvait déjà les pires difficultés à renouveler ses effectifs et à pérenniser ses exploitations, y compris par la voie ancestrale de la succession familiale. De plus en plus d’enfants d’agriculteurs acquirent ainsi la conviction que seules les études allaient leur permettre de s’élever socialement, pour peu qu’ils en aient la motivation et les moyens intellectuels. Les autres virent, en revanche, leurs perspectives se resserrer, à l’heure où paradoxalement, le métier de leurs parents se modernisait à marche forcée, entre le développement de la mécanisation et des outils numériques, le recours aux fertilisants et aux pesticides, ainsi que l’ouverture aux marchés internationaux, facilitée par la mise en place de la politique agricole commune européenne.

Il n’empêche, quand ils n’étaient pas prédisposés pour les études longues, les jeunes de ces années là n’avaient guère le choix qu’entre la ferme ou l’usine, sans autre formation que celle « sur le tas » qui prévalait alors. Pile au moment où les besoins de compétences du secteur agricole se développaient à la vitesse grand V, dans le cadre de l’évolution accélérée de ce qui restait alors le premier pourvoyeur d’emplois de l’hexagone.

Les pionniers de Lambesc

C’est dans ce contexte qu’en 1967, un groupe d’agriculteurs du canton de Lambesc, sous l’impulsion de Juliette Arquier, installa sa première Maison familiale et rurale à la ferme des Ponnes. « A ce moment-là, raconte Christophe Bruguier, qui dirige aujourd’hui l’école, il manquait une structure pour dispenser des formations adaptées aux jeunes issus du monde agricole qui n’avaient pas la possibilité de poursuivre dans la filière générale au-delà du certificat d’études. »

Dès la première année, la ferme des Ponnes accueille 33 élèves en classe de préparation au brevet d’apprentissage agricole (BAA), une formation dispensée selon une formule qui constitue l’ADN des maisons familiales et rurales : l’alternance. Le succès est immédiat.

Cinq ans plus tard, en 1974, la MFR ouvre une classe préparant au Brevet d’études professionnelles agricoles (Bepa) en viticulture. C’est la première évolution importante de l’offre de formation. L’école accueille alors un peu plus d’une centaine d’élèves.

 

L’achat du domaine de Garachon

garachon-formation-metiers-natureEn 1977, l’association qui porte le projet depuis l’origine décide d’acquérir le domaine de Garachon, toujours à Lambesc, pour y installer l’établissement. « Ce sont les douze administrateurs, pour la plupart fondateurs de l’association, qui ont emprunté la somme pour acheter le domaine, raconte Christophe Bruguier. Cela a immédiatement créé une cohésion dans le groupe qui a joué un grand rôle dans notre développement. »

Dans les années 1980, le domaine de Garachon diversifie encore son offre. C’est même la première MFR de France à ouvrir une classe de BTS, après avoir également été l’une des premières à proposer un cursus agricole jusqu’au niveau bac. Mais il a toujours fallu vaincre des résistances pour avancer, notamment pour pérenniser le système par alternance, « qui n’a pas toujours eu une bonne image auprès des parents et des employeurs, selon les époques », admet le directeur.

Couvrant désormais l’ensemble du cursus collège-lycée-enseignement supérieur, de la classe de 4e jusqu’au BTS, les formations s’organisent selon un rythme bien défini : une semaine (ou deux) de cours théoriques et pratiques dans le cadre scolaire, puis deux semaines de stage d’application en entreprise ou en collectivité.

 

Effectifs en baisse

domaine-garachon-formation-metiers-natureAvec 250 jeunes scolarisés cette année, le Domaine de Garachon reste néanmoins en surcapacité, les effectifs étant aujourd’hui sensiblement plus maigres qu’il y a une dizaine d’années, à l’apogée du recrutement de l’établissement. « A l’époque, nous avons eu jusqu’à 330 élèves », rappelle Christophe Bruguier, qui attribue au « déficit d’image du secteur agricole », et à la « quasi disparition des conseillers d’orientation en collège, avec qui nous étions habitués à travailler en étroite collaboration jusqu’à il y environ 10 ans ». Parmi les raisons de cette relative désaffection figure  aussi le fonctionnement de la carte scolaire, qui pousse les principaux de collège à conserver leurs élèves jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’en fin de 3e. « Nous, on les prend après la 5e, souligne le directeur de la MFR lambescaine, souvent après un parcours scolaire chaotique, avec des problèmes de comportement ou des contextes familiaux pas faciles. »

 

Entre vignes et pinèdes

À Garachon, le cadre est très différent d’un établissement d’enseignement général. D’abord le cadre de vie, en pleine campagne, entre les vignes et les pinèdes, à 2 km au nord du village. Ensuite le cadre scolaire, avec l’alternance des périodes de cours et de stage, l’internat pour une partie des élèves et l’individualisation de la relation entre l’élève et son maître de stage, qui joue un rôle pivot dans la formation des jeunes. « Pour ceux qui sont arrivés en situation d’échec, confie Christophe Bruguier, il s’agit de les replacer dans une dynamique de réussite pour qu’ils retrouvent confiance en eux. » Même s’il avoue « quelques échecs », principalement en 4e et en 3e, avec les quelques « paris osés que l’on fait avec certains jeunes déjà très abîmés », il se félicite néanmoins de la réussite de la grande majorité de ses élèves, qui trouvent à Garachon non seulement un objectif professionnel, mais aussi un projet de vie ♦

 

*LE ZEF, parrain de la rubrique « Éducation », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité*

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