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Les filets de pêche se recyclent aussi

Par Nathania Cahen

Journaliste

Les filets de pêche en plastique représentent 25% de la pollution marine. Collectés, recyclés, valorisés, ils peuvent avoir de nouvelles vies. En forme de lunettes de soleil par exemple, à l’image de la nouvelle collection Armor Lux. C’est pour cette filière durable et écolo que se passionne Sabine Meneut.

 

Libérer la mer de ses vieux filets de pêche et les valoriser 2« J’ai grandi en Guyane Française, la tête bien dans la nature, donc. En 2005, j’avais 8 ans quand j’ai traversé l’Atlantique en voilier : j’ai été sidérée par le nombre de déchets flottants croisés en pleine mer ». Quelques années plus tard, elle suit de loin mais avec attention les expéditions 7e continent, initiées par son compatriote Patrick Deixonne (bonus).

Et en 2015, après un BTS de gestion et protection de la nature, Sabine Meneut se pose à Marseille. Elle y renoue avec la pratique de la plongée mais, alors qu’elle évolue dans des décors idylliques, se trouve à nouveau confrontée aux déchets. Notamment aux filets de pêche abandonnés ou arrachés par les hélices des plaisanciers, et dérivant en mer. Avec Pablo Liger, elle cofonde alors l’association Palana environnement (palana veut dire océan en amérindien), un réseau de récupération et de recyclage des déchets marins.

https://www.youtube.com/watch?v=Mhc2zTZ7rU4&t=151s

 

800 kilos de filets par an et par pêcheur

Libérer la mer de ses vieux filets de pêche et les valoriser 3Dès 2019, elle veut aller plus loin dans le recyclage du filet de pêche : créer de l’emploi, développer une filière pour valoriser ce déchet aujourd’hui abandonné, enfoui ou incinéré. « Cela représente un sacré gisement, pointe Sabine Meneut. Un pêcheur utilise 800 kilos de filets par an, et la Méditerranée française compte un millier de pêcheurs… ». Elle rejoint alors Click-Dive, jeune entreprise tournée vers la protection de l’écosystème aquatique.

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Sabine Meneut.

Click-Dive se divise en trois pôles. La vente de produits écoresponsables avec la gamme Le savon des plongeurs, écolo et non toxique pour les fonds marins. Qui soutient la production locale et française puisque ce sont trois savonniers marseillais qui fabriquent les précieux cubes et shampoings solides.

L’application participative Ocean Data, qui sera au point en 2021 et permettra à la communauté des plongeurs de partager leurs relevés et observations.

Et enfin Glokis, nerf de la guerre de Sabine Meneut, ambitieux projet de R &D autour des métiers de la pêche et de la gestion des filets de pêche usagés. Glokis ? « Un hommage au fils de Poséidon, Glaucos. On a oublié que glauque est avant tout une couleur, le vert bleu de la mer… », rappelle la jeune femme.

 

Des lunettes de soleil en granules de filet

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@ Fil & Fab

Un premier projet de valorisation vient d’aboutir : des lunettes de la marque Armor Lux fabriquées à Brest avec des granules 100% filet de pêche par l’entreprise Fil & Fab. Plus près, à Roquefort-la-Bédoule, la société Iadys équipe son robot nettoyeur flottant, Jellyfishbot, de sacs de ramassage conçus avec des filets de pêche et des toiles de kitesurf recyclés. D’autres projets sont en cours, autour du design notamment. Et toujours dans une logique d’économie circulaire.

 

Objectif : collecter une tonne de filets dans le 13

Les pêcheurs sont de fait soulagés qu’on mette à leur disposition des conteneurs dédiés pour leurs filets usagés made in China. Car les camions-poubelles ne les ramassent pas.

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Le robot Jellyfishbot

Mais pour se développer, Glokis a besoin du soutien et de financements de la part des pouvoirs publics et des collectivités territoriales concernées. Port-de-Bouc, premier port pilote du projet, a prêté un local ainsi qu’un hangar de 200 m2 pour entreposer les filets : 200 kilos y sont déjà stockés. Mais l’objectif cette année est d’en collecter une tonne pour le seul département des Bouches-du-Rhône. Plus loin, la région Occitanie, le parc marin du Golfe du Lion se montrent déjà intéressés.

Il est aussi question de sensibiliser à la pêche artisanale, qui permet une rétribution à un juste prix, et ses métiers. « Elle est en fort déclin, avec 37% des pêcheurs de la façade méditerranéenne en âge de partir à la retraite » ♦

 

La data au secours de la biodiversité 7 Le CEA Cadarache parraine la rubrique « Recherche» et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus [Pour les abonnés] – Patrick Deixonne – Un projet multiprimé – Des maillots de bain éthiques en filet de pêche recyclé –

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