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Cet été, La Criée joue les centres aérés

Par Rémi Baldy

Journaliste

Ni festivals ni représentations cet été à cause de la Covid-19 ? Plutôt que fermer, le théâtre national marseillais préfère accueillir un public peu habitué à fréquenter les salles de spectacle. Au programme, des ateliers dédiés à la scène, bien sûr, mais aussi à la philosophie ou à la cuisine.

 

Les rideaux sont tirés et les lumières braquées sur la scène. Sur les planches, Julie Villeneuve évolue avec des partenaires inhabituels. « Aimez-vous le théâtre ?« , commence la comédienne et metteur en scène. Autour d’elle, Cherine, Sarah, Maria et les 18 élèves de CE1 de l’école Hozier (2e arrondissement) se lèvent chacun leur tour. Tous répondent plus ou moins timidement « oui« .  Puis, pendant plus d’une heure, ils vont enchaîner les jeux et exercices avec la jeune femme.

Cet été, La Criée joue les centres aérés 3
Crédits : Clément Vial

« À cet âge-là, ils n’ont pas encore d’idées négatives sur le théâtre« , explique Julie Villeneuve à la fin de sa séance. « C’est la première fois qu’ils viennent dans un tel lieu, j’essaie de leur faire passer un bon moment. Je pense qu’en une heure et demie, on peut leur faire sentir que le théâtre appartient à tout le monde« , développe-t-elle.

À l’image de cette classe, La Criée accueille cet été plus de 1 000 participants, plusieurs fois pour certains, dans le cadre de l’opération « Rêvons au théâtre ». Ce lieu emblématique du Vieux-Port propose, depuis le 8 juin et gratuitement, quatre ateliers quotidiens destinés à un public habituellement éloigné de la culture. Et ce jusqu’au 31 juillet. « Ce projet est né pendant le confinement, nous nous sommes retrouvés en perte de sens, avec un lieu vide« , raconte Macha Makeïeff, directrice de La Criée depuis 2011.

 

Des ateliers en fonction des besoins des publics

Une initiative saluée par la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, dans La Provence. « Cela m’a fait extrêmement plaisir« , glisse timidement Macha Makeïeff. « Nous sommes un théâtre public national, cela signifie l’excellence pour le plus grand nombre. La population doit se l’approprier, surtout à Marseille. On ne peut pas travailler ici sans avoir cela dans sa conscience« , enchaîne-t-elle.

Il a d’abord fallu identifier les publics pouvant bénéficier de ces ateliers. « Nous nous sommes rapprochés d’associations pour qu’elles nous amènent du public, elles avaient gardé un lien avec eux pendant le confinement à la différence des écoles qui ont rouvert plus tard« , raconte Hélène Courault, directrice adjointe de la production.

De quoi permettre de varier les profils des participants. « Nous avons eu des CP, des adolescents, des jeunes adultes et des femmes« , liste Hélène Courault. Les ateliers ont été conçus en fonction des besoins émis par les associations. De Because U Art, qui prône la culture dans le quartier de Noailles, au Centre social de La Capelette, en passant par l’association Jane Pannier, qui prend soin des femmes les plus vulnérables, les attentes sont très différentes. On trouve donc des propositions très diversifiées, avec de la philosophie, des contes, de la pratique théâtrale, de la musique ou encore de la cuisine.

(Re)lire notre article sur l’association Jane Pannier

Crédits : Clément Vial
Les techniciens aussi mis en avant
Julie Villeneuve sur scène. Crédits: Clément Viall

En plus d’impliquer ce nouveau public, ces séances permettent aussi aux artistes de reprendre leur place sur scène. Avec, pour certains, une petite appréhension. « Je fais régulièrement des ateliers, mais pas en one shot, généralement il y a un suivi. J’étais hésitante au début, je ne voulais pas que cela se passe mal pour une personne sans pouvoir retravailler avec derrière, raconte Julie Villeuneuve finalement conquise par l’expérience. Je trouve qu’il se passe quelque chose en venant dans ce grand théâtre. Et plein de choses belles et joyeuses arrivent pendant une séance« .

Plus original, les techniciens ont aussi eu droit à leur atelier. « Ils proposent un spectacle de machineries pour montrer la puissance du plateau. Nous voulions que quand les groupes découvrent tous ces effets, cela soit fort et inoubliable comme un spectacle peut l’être« , avance Hélène Courault.

Cette première édition enchante les membres de La Criée. « Cela marche très bien, les retours sont bons« , sourit Hélène Courault.  Reste à savoir ce qu’il va rester de cette opération. Si elle pourra être renouvelée. « Il faut aussi des financements, même si je n’ai pas à me plaindre. Peut-être que cette première édition attira de nouveaux mécènes« , espère Macha Makeïeff. Elle assure en tout cas vouloir « continuer de travailler avec les associations« . Si certaines travaillent régulièrement avec le théâtre, pour d’autres il s’agit d’un premier contact. La directrice de La Criée prévoit justement de consacrer une partie de la saison 2021/2022 au territoire, au-devant de publics éloignés. « Rêvons au théâtre nous permet d’amorcer ce travail« , insiste Hélène Courault. Le rendez-vous est pris ♦

*Tempo One, parrain de la rubrique « Solidarité », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité *