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Frédéric Denel, le startupeur devenu paysculteur !

Par Nathania Cahen

Journaliste

Rien, mais vraiment rien ne prédestinait le serial entrepreneur Frédéric Denel à devenir le propriétaire du Mas Honorat à la cinquantaine. Encore moins à se lancer dans l’arboriculture avec un projet de verger agro-écologique. Pas de grands-parents paysans, pas d’enfance rythmée par des vacances à la ferme. Le processus relève d’une prise de conscience récente pour la planète et l’environnement, pour les nouveaux défis et impératifs alimentaires.

 

À l’heure de l’apéro (celui de midi), borsalino estival sur la tête et tongs aux pieds, Frédéric Denel me fait les honneurs de son fief agricole. Trois hectares dans la campagne de Cavaillon. Le chemin du domaine dessert les champs d’oliviers à gauche (300 arbres). À droite, verger et potager poussent de concert, selon les Frédéric Denel, le start-upeur devenu paysculteur ! 1règles de l’agroforesterie : des cultures (tomate, aubergine, oignon) au pied des arbres (paulownia, baguenaudier, poirier) qui se bonifient mutuellement. Ils côtoient une future petite forêt d’un hectare, récemment plantée de 1000 arbres issus de 200 variétés – mûrier noir, arbre aux cloches d’argent, pommier…- qui s’échelonnent le long d’allées bien régulières.

« L’idée est de faire une sorte d’épicerie en plein air. Pour de la cueillette en libre-service », explique le nouvel arboriculteur. Chaque parcelle, délimitée par des hautes rangées de cyprès pour les protéger du vent, est dotée d’une mare, « car ce sont de précieux refuges pour la biodiversité – libellules, couleuvres et crapauds ». Au fond, la ferme, entièrement rénovée en maison d’hôte élégante et conviviale. Une table familiale sous un grand chêne. « Quand nous sommes arrivés, en 2018, la ferme était en ruine et une des parcelles n’avait pas été arrosée depuis 20 ans, commente Frédéric Denel. C’était un désert ».

 

Ni aide ni incitation fiscale

Frédéric Denel, le start-upeur devenu paysculteur ! 2Pour mener à bien son projet de vie, il a investi ses fonds propres pour l’achat et la rénovation du domaine Honorat et du matériel nécessaire. La maison en ville a par ailleurs été troquée contre un appartement. « Il s’agit d’un projet familial, même si ma femme avocate travaille toujours à Marseille ». Lors d’une formation longue chez Fermes d’Avenir, il a notamment suivi le Cours Certifié de Permaculture (CCP), « pour devenir paysculteur ». Mais aucune aide, aucune incitation fiscale, et pour seule reconnaissance un prix du concours « Arbres d’avenir » en 2018 – soit 5 000 euros.

Évidemment, en entrepreneur avisé, Frédéric Denel n’est pas parti la fleur au fusil. Il a bien préparé sa reconversion et son modèle économique. L’entretien de ses cultures représente un mi-temps pour lui. Et il table sur un chiffre d’affaire de 40 000 euros dès 2021, quand le verger sera opérationnel en mode cueillette pour les consommateurs /récolteurs. Sans compter le projet d’installer une quarantaine de panneaux solaires en bordure d’une parcelle. « Il y a une viabilité économique et une grande stabilité assurées. C’est presque un eldorado », s’enthousiasme-t-il. Et d’évoquer son jeune voisin dont l’hectare et demi de cultures diversifiées s’écoule en un rien de temps ! La première année, celui-ci a réalisé 5 000 euros de chiffre d’affaires. L’année, suivante 25 000 euros et cette année, ce sera autour de 50 000 euros. Bref de quoi vivre de son travail ! Et la preuve que les petites exploitations sont viables…

 

Point de départ, le documentaire Demain

Le profil LinkedIn de Frédéric Denel le donne comme « Fondateur ». Fondateur de la société Sparkow et ses solutions de marchandising en 2003. De la Maison de Frédéric Denel, le start-upeur devenu paysculteur ! 3la Chantilly en 2013. D’Heko Permaculture en 2016, qui a financé la ferme urbaine Le Talus à Marseille (re.lire notre article). Puis la renaissance du Mas Honorat à Cavaillon, depuis 2018. Curieux et culotté donc.

Alors, cet intérêt pour les produits de la terre ? Le premier jalon posé est une participation au financement de Demain, le documentaire de Mélanie Laurent et Cyril Dion en 2015. Mais en parcourant les talus fleuris qui bordent les rangées d’arbustes fraîchement plantés, il évoque aussi son implication dans la mise en place de la première AMAP de Marseille, voilà 20 ans.

Il y a des données et des rapports : 60 000 fermes ont disparu de France en moins d’un siècle et dans les 20 prochaines années, quelque 600 000 postes ne seront pas pourvus dans l’agro-économie. Des lectures décisives (Jean-Martin Fortier, Curtis Stone et Eliot Coleman – bonus), des rencontres importantes (une semaine dans la ferme de Pierre Rabi), la découverte de projets étonnants et inspirants (comme la Ferme des quatre-temps ou encore Miracle Farm, au Québec, et aussi, plus près, la ferme biologique du bec Hellouin, dans l’Eure. La ferme du bec Hellouin, justement : « Je découvre qu’on n’est pas forcément agriculteur de père en fils. Et je me dis, pourquoi pas moi ? raconte Frédéric Denel. Je me suis alors mis en quête de ma ferme. » ♦

 

* Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « agriculture – alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *

 

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