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Guy Gorius, la fée électricité !

Par Antoine Dreyfus

Journaliste

Photo AD04

[reprise*] À la fin des années 80, Guy Gorius, un ingénieur originaire de Lorraine, développe des moteurs électriques pour des bateaux naviguant sur les lacs d’Esparron-du-Verdon et de Sainte-Croix (Alpes-de-Haute-Provence), réserves d’eau interdites aux moteurs thermiques. Aujourd’hui, sa société est prospère et vertueuse. Les touristes peuvent profiter des merveilles de cet environnement, où s’épanouissent des espèces d’oiseaux, de chauve-souris et d’écrevisses rares et menacées.

 

Guy Gorius, la fée électricité ! 1L’année prochaine, Guy Gorius fêtera les 30 ans de sa société. « Ah oui, dis donc, ça fait 30 ans. On n’a pas vu le temps passer, ça doit vouloir dire que l’on ne s’est pas ennuyé. » Il est comme ça Guy Gorius : modeste et enthousiaste. Et pourtant, cet ingénieur a mis au point des solutions techniques uniques en France, qui pourraient servir de modèle de développement écologique pour des lacs, des rivières et des fleuves sur le territoire. Il y a juste une autre société équivalente à Nantes, précise-t-il. Mais la société nantaise ne fabrique pas le même type de bateaux, et surtout la solution choisie pour la motorisation est complètement différente.

 

Géotrouvetout et citoyen attaché aux valeurs familiales et écologiques

Pour rencontrer Guy Gorius, il faut aller à Gréoux-les-Bains, là où il a installé son entreprise, Alizé Electronic. En réalité, le siège de sa société est aussi son lieu de résidence, la maison familiale et les ateliers de conception des moteurs. Guy Gorius est à la fois un ingénieur, un Géotrouvetout, et un citoyen attaché aux valeurs familiales et écologiques. Du reste, l’entreprise est hébergée dans la maison familiale de ses parents qu’il a reprise, agrandie et transformée.

Flash-back. Guy Gorius naît en Lorraine dans les années 50. Il garde d’ailleurs un léger accent de sa région d’origine. Passionné par l’électricité et l’électronique, dès son plus jeune âge, il a d’abord fait des études de sciences à Nancy, mais il trouve que c’est beaucoup trop « théorique ». Il s’oriente alors vers une école d’ingénieurs à Brest. Ses parents déménagent à Gréoux, car son père décroche un emploi aux thermes. Puis Guy Gorius trouve un job en région parisienne dans les micro-processeurs. Il travaille ensuite un an et demi dans une usine toujours dans le même secteur, sur l’île de Man, en Grande-Bretagne.

Lorsque son épouse accouche de leur troisième enfant, les époux Gorius reviennent en France et mettent toutes leurs affaires chez les parents de Guy, en attendant l’arrivée du bébé. C’est lors d’une balade sur les lacs de la région, en prise à des difficultés à remonter le courant, qu’il a l’idée de ces bateaux propulsés par des moteurs électriques, les moteurs thermiques étant interdits.

Les débuts sont difficiles. Personne n’y croit. « Électricité et eau, ça ne fait pas bon ménage », lui assène-t-on. Mais il y croit dur comme fer. Il travaille 70 heures par semaine, engloutit toutes ses économies, conçoit les moteurs dans le garage familial qui n’a presque pas changé. À la toute fin des années 80, il met au point un moteur électrique fiable, étanche, dont il dépose un brevet (INPI 9107187/060691), portant sur la conception et la réalisation inédites d’un ensemble de propulsion électrique. À force de ténacité et de compétence, il réussit au début des années 90 à fabriquer des bateaux électriques qui peuvent être pilotés sans permis, avec une manette. Et surtout totalement écolo, car sur le lac d’Esparron et le lac de Sainte-Croix, les moteurs thermiques, polluants et bruyants, sont bannis.

 

Le lac d’Esparron, symbole technologique de la modernité

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Photo AD04. Ph. Leroux

Il y a 50 ans, naissait le lac d’Esparron, bouleversant complètement le paysage et la vie rurale. C’est en 1963 que les premiers coups de pioche sont donnés pour le principal barrage. Fait de terre et d’argile, cet édifice, propriété d’EDF, est situé sur la commune de Gréoux et s’élève à 67 mètres de haut. Entamé en février 1967, le remplissage en eau va complètement modifier ce territoire traversé par le petit ruisseau du Verdon.

Le barrage a été construit donc dans les années 60, au moment où la France se dotait de puissants moyens d’assurer son indépendance énergétique. C’était donc aussi le symbole de la modernité et des prouesses technologiques des ingénieurs français. Le barrage a accru la capacité énergétique de la France, mais a également été conçu pour alimenter en eau potable et agricole 116 communes de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Car ce que l’on sait moins, c’est que ce lac est une énorme réserve d’eau potable. La plus grande d’Europe, qui alimente Aix et Marseille. Et c’est à Vignon-sur-Verdon que l’eau se sépare en deux : une partie part pour la production d’électricité, l’autre pour l’eau potable gérée par la Société du canal de Provence (SCP).

 

Déjà plus de 1 000 bateaux fabriqués par Alizé Electronic

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Photo AD04

Au lieu de vendre son brevet, Guy crée son entreprise en 1990, lui qui a toujours été salarié. Il achète les coques des bateaux aux États-Unis et fixe ensuite les moteurs sur les coques. Guy a été repéré par les grandes multinationales. Thomson a voulu le débaucher pour fabriquer des systèmes de guidage de torpille de sous-marins. Il a dit non. « Je suis un peu écolo et surtout, ça ne me disait rien de fabriquer des choses qui allaient tuer des gens. J’ai un fond chrétien quand même… »

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