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Reconversion : quand une senior se jette à l’eau !

Par Olivier Martocq

Journaliste

La reconversion professionnelle est envisagée ou devient réalité pour près d’un actif sur deux, selon l’étude réalisée après le confinement par l’institut de sondage BVA.

Désormais considéré comme un phénomène de société en France, le sujet est largement traité par les médias – dont Marcelle – à travers des expériences significatives. Le cas de Sylvie Tamburini est lui totalement hors-norme puisqu’elle s’attaque à un tabou lié à l’âge. À plus de cinquante ans, cette cadre commerciale a obtenu le brevet de maître-nageur sauveteur (BPJEPS). Ou maîtresse-nageuse-sauveteuse, pour ne froisser personne. La moyenne d’âge des diplômés de sa promotion était de vingt-trois ans.

 

Il y a des sujets qui vous tombent dessus par hasard. Adhérent du Sporting Club Corniche, l’un des clubs de natation de Marseille j’ai appris que le chef du bassin accompagnait la reconversion professionnelle d’un des membres. « Elle est passionnée mais, compte-tenu de son âge, il va lui falloir une motivation extrême », m’avait expliqué il y a un an Jérome Faure. Précisant : « Le diplôme repose sur des ressources purement physiques. Les épreuves sont les mêmes pour tous ! ».

 

Challenge sportif 

Sylvie Tamburini est un cas rarissime. Bonne nageuse dans sa jeunesse sans avoir été une championne, elle cumule trente années de vie professionnelle parisienne comme directrice commerciale d’une société de vente de prestations informatiques, avec des retours au bercail à Marseille le week-end. Stress, fatigue, elle avait peu de temps à consacrer au grand air ou à la natation. « Elle a suivi un entraînement rigoureux, a fait particulièrement attention à son hygiène de vie. Le reste c’était du mental pur », analyse Jérôme Faure. L’examen du BNSSA est composé de trois épreuves physiques et une épreuve théorique.

Pour avoir une idée de ce que cela représente sur le plan physique, faites vous-même le test : essayez en bassin ou en mer de nager 100 mètres (facile), d’aller chercher un mannequin de huit kilos par trois mètres de fond et de le remorquer sur 25 mètres (beaucoup plus compliqué), le tout en moins 2 minutes 40 (là, il faut être très très fort.e).

 

Challenge professionnel 
Reconversion : quand une senior se jette à l'eau !
Jérôme Faure

Décrocher le BNSSA n’était que la première étape. « Sur les débouchés professionnels, quand on vient me voir je mets toujours en garde », reconnaît Jérôme Faure, qui en vingt ans d’exercice a formé plusieurs générations de maîtres-nageurs. Et ce spécialiste d’analyser un secteur où l’emploi est avant tout saisonnier : « La police est en train de se désengager de la surveillance des plages. Si les mairies prennent le relais pour financer la sécurité, il y aura besoin de maîtres-nageurs durant la saison estivale de juin à septembre. Mais ça ne fait pas un emploi sur l’année. Côté piscines, Marseille subit toujours un sous-équipement confondant ! » Cette analyse du marché, Sylvie Tamburini l’avait faite en amont, avant de se lancer. D’où une seconde formation, le BPJEPS AAN, acronyme de Brevet Professionnel de la Jeunesse, de d’Éducation Populaire et du Sport, spécialisation Activités Aquatiques et Natation. « J’ai dû payer cette formation à 5 500 euros de ma poche car j’étais cadre, qui plus est, « senior », et je n’entrais dans aucune case pour les aides ou les formations diplômantes ».

 

Marseille hors-la-loi avec si peu de piscines

Son projet est de proposer aux personnes en EPHAD un accompagnement aquatique afin de leur apporter un bien-être mais aussi de les stimuler. « Avec l’âge des problèmes articulaires, de déplacement, d’équilibre apparaissent. Or l’eau permet d’agir sur tous ces points ». Reste la problématique marseillaise du manque de piscines. Dans une ville qui ne respecte déjà pas l’obligation d’apprentissage de la natation pour tous les écoliers avant la 6e, trouver des créneaux horaires pour les personnes âgées ou des gens qui ont des handicaps et des pathologies chroniques – ce qui est pourtant mis en place au niveau national avec le « sport santé » – est un véritable casse-tête. « J’ai regardé du côté du parc privé, via les organismes qui proposent de la balnéothérapie, pour occuper éventuellement les installations en dehors des heures ouvrables réservées à leur patientèle. Cela avance, mais doucement car c’est nouveau ». Le dispositif proposé par Sylvie Tamburini est pourtant élaboré. Les personnes âgées se lèvent tôt. Un minibus équipé va les prendre à l’EPHAD et les conduit à la piscine pour une séance d’une heure, puis retour à l’institution. Avec une alternative possible entre mai et octobre, avec les bains de mer. « Mais cela suppose un accès direct à la plage et à l’eau or, là aussi, il y a une absence totale d’équipements pour des personnes mal en point physiquement ». Sylvie Tamburini prévoit de fournir un dossier très complet sur l’ensemble de la problématique aux nouvelles équipes de la mairie.

 

Bousculer la notion de senior  

S’il est un domaine parfaitement illustré par la théorie de la relativité, c’est celui de l’âge. Quant à la notion, très subjective, de senior…. Dans la vie publique, la retraite sert généralement de curseur. On entre dans la catégorie senior entre 60 et 65 ans. Dans les entreprises, l’âge pivot est désormais fixé à 45 ans avec des dispositifs spécifiques mis en place par le Ministère du travail. Dans le sport, sauf exception rarissime comme le tennisman Roger Federer qui a eu 39 ans ce mois-ci, à 30 ans on est considéré sur le déclin. À plus de 50 ans, Sylvie Tamburini entend faire tomber des barrières qui ne reposent sur rien. Même si elle reconnaît que l’expérience de la vie a été le facteur déclenchant de sa reconversion. « J’ai aimé mon travail mais mes priorités ont changé. Je cherche aujourd’hui des valeurs plus inspirantes. En l’espèce, plus tournées vers les autres, avec ce que je peux leur apporter ». Dans cette quête, Sylvie Tamburini lâche un salaire parisien qui tournait autour de 6 000 euros par mois pour un objectif dans son business modèle à 1 300 euros. « J’ai décidé de faire mien l’adage ‘Il n’y a pas que l’argent dans la vie’ ». ♦

 

Bonus

  • Marseille capitale de la merCe collectif associatif d’intérêt général est né en 2019 de l’initiative de six personnes passionnées par le devenir de leur ville et désireuses de contribuer au renforcement des activités liées à la mer dans le quotidien des Marseillais.

    Marseille capitale de la mer s’engage à fédérer les forces culturelles, sportives, économiques et sociales de la cité phocéenne. Avec comme mission de valoriser la vocation maritime de Marseille et de favoriser la réappropriation du littoral par les Marseillais, à commencer par les plus jeunes : « Ne pas se contenter de dire mais faire. »

    De nombreux projets sont à l’étude mais parmi les plus avancés il y a la création de bassins de nage :

    Le projet présenté par Marseille capitale de la mer consiste à utiliser le domaine maritime pour implanter des bassins de nage et pallier les insuffisances à moindre coût, tout en sensibilisant à la protection du milieu naturel.

    Développer l’apprentissage de la natation pendant la période de vacances scolaires. Les bassins existent, homologués par la fédération française de natation, 100% de fabrication française.

    L’ambition initiale consiste à implanter trois bassins, au sud, au centre et au nord de la ville. Les premières études, sur deux mois de pratique, ciblent 1500 diplômes de 25 mètres attribués par des maîtres-nageurs qualifiés. L’accès serait gratuit. Seule contrepartie demandée, librement, la participation dans l’année à une action citoyenne de nettoyage du littoral, selfie à l’appui.