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Les ados, « philanthrokids » ou épicuriens ?

Par Paul Molga

Journaliste

Photo Gonghuimin468 - Pixabay

Les moins de 20 ans sont-ils vraiment plus sensibles au réchauffement climatique qu’à la consommation ? Ma fille m’a répondu sans hésiter : « Je m’en fiche bien des ours blancs et de la banquise. Je préfère le lèche-vitrines ». Du coup, j’ai creusé et découvert comment la « génération Thunberg », celle de la transition écologique, compose avec les paradoxes, tiraillée entre les injonctions à sauver la planète et les sirènes consuméristes. Je me demande quelle tentation sera la plus forte…

 

Ils font grève pour le climat, bloquent les centres commerciaux, réclament la sortie des énergies fossiles et la fin de l’obsolescence programmée, érigent Greta Thunberg en idole, mais consomment à outrance… Les « millenials » et leurs cadets de la génération Z, nés après 2000, veulent-ils vraiment changer le monde ou seulement en profiter ? « Ils sont pétris de contradictions », observe la chercheuse Patricia Croutte. Au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), elle analyse les pratiques environnementales des Français. L’an passé, elle notait que le changement climatique, et l’écologie au sens large, figuraient bien en tête des préoccupations des moins de 30 ans, devant l’immigration (19%) et le chômage (17%). Près de 12% d’entre eux, quatre fois plus qu’en 2016, s’étaient même engagés dans une cause.

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Photo Sergei Tokmakov – Pixabay

Leurs modèles s’érigent en contestation contre la passivité des « boomers », ce qualificatif méprisant faisant référence à l’insouciance destructrice de leurs aînés. Comme Melati et Isabel Wijsen, deux sœurs à peine majeures aujourd’hui : fin 2018, alors âgées de 15 et 17 ans, elles obtenaient des autorités de Bali l’interdiction du plastique à usage unique sur l’île indonésienne après cinq années de lobbying répété auprès du gouverneur. Leur mouvement Bye Bye Plastic Bags est aujourd’hui présent dans 25 pays pour porter l’utopie d’un monde sans sacs plastiques.

 

Climatosceptiques
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Photo Peter Fischer – Pixabay

Étonnamment pourtant, la vertu de ces icônes transpire moins dans la société que dans les médias. « Le réchauffement climatique ? Une lubie intello des sections littéraires ! », juge Céline, lycéenne en terminal scientifique à Marseille. Après le confinement, elle a repris sans complexe le lèche-vitrine, son activité favorite. « Consommer, se faire plaisir, c’est mon monde », explique-t-elle en moquant ces défenseurs de l’ours polaire « dont je n’ai pas grand chose à faire ». Elle n’est pas la seule. Comme elle, 36% des 18-24 ans seraient convaincus que les activités humaines, les leurs en particulier, n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique, contre 23% à l’échelle du pays.

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