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L’hydrogène sera-t-il le nouveau carburant des bateaux ?

Par Rémi Baldy, le 11 septembre 2020

Journaliste

En mer aussi, le moteur diesel va devoir laisser sa place à une technologie plus écologique. Un premier bateau équipé d’une propulsion à l’hydrogène va être présenté d’ici la fin du mois. Cette solution, sur laquelle travaille EODev depuis deux ans, pourrait profiter du plan de relance du gouvernement pour se démocratiser.

 

Les avis sont unanimes. Grand consommateur de diesel, le monde du transport va devoir passer à l’énergie verte. Sur la route, des premières solutions existent, même si elles ne sont pas toujours totalement satisfaisantes. Dans les airs, le gouvernement vient de lancer un grand projet d’avion propre. Et sur l’eau ?

Un premier bateau avec une alimentation électro-hydrogène (voir bonus) est sur le point de prendre la mer. Le Hynova 40, fabriqué à La Ciotat, aura même droit à un baptême le 22 septembre prochain, au Yacht Club de Monaco. D’une longueur de 12 mètres avec une capacité d’accueil de 12 personnes, il est équipé d’un REXH

L'hydrogène sera-t-il le prochain carburant des bateaux ?
Image @Hynova

2 (Range Extender Hydrogen). Ce nom de code désigne une technologie développée par EODev, une filiale du groupe Energy Observer qui mène des missions scientifiques et pédagogiques sur la transition écologique. « Notre objectif à nous est de rendre commercialisables les technologies du laboratoire », résume Jérémie Lagarrigue, directeur général d’EODev.

Depuis 2017, l’Energy Observer, le navire éponyme du groupe, navigue à travers le monde avec une pile à combustible marine fonctionnant à l’hydrogène. Cette solution efficace se heurte à la réalité économique car elle ne permet pas une production en série. Pour y remédier, EODev s’est rapprochée de Toyota afin d’utiliser leur pile à combustible. « Ils sont déjà avancés sur cette technologie et l’ont déjà industrialisée, nous n’avons eu qu’à nous occuper de sa marinisation », explique Jérémie Lagarrigue.

 

Plus cher mais plus rentable

Un travail de deux ans. « La principale difficulté réside dans la gestion de l’environnement. Le sel et l’humidité sont assez simples à appréhender mais la pollution en mer est plus complexe », précise le directeur général. Car les moteurs à diesel des bateaux rejettent des gaz et métaux lourds qui sont un véritable poison pour les piles à combustible. À cela s’ajoutent les adaptations plus techniques, comme la liaison avec les commandes du bateau ou encore la sécurisation de l’hydrogène, considéré comme un gaz dangereux au même titre que le biométhane.

Comme souvent avec les énergies vertes, la question du coût arrive rapidement sur la table. « Notre prix est deux à trois fois supérieur à celui d’un moteur à essence, mais à l’exploitation, nous sommes 30% moins cher. Cela permet d’être rentable sur trois à cinq ans », affirme Jérémie Lagarrigue. Selon lui, la durée de vie va même jusqu’à 15 000 heures, contre 8 000 pour un diesel.

L'hydrogène prend le large 2
Représentation 3D du REXH2 (copyright : EODev / Jean Hiss)

Et le tout pour des performances identiques. « Un moteur électrique offre une meilleure force, même si l’hélice tourne lentement. Alors qu’un moteur thermique doit aller vite, c’est comme avec une voiture on accélère pour ne pas caler », illustre Jérémie Lagarrigue. Le REXH2 offre une puissance jusqu’à un mégawatt.

Autre atout : l’utilisation de l’hydrogène est silencieuse. « Tout le monde comprend qu’à proximité d’un aéroport soient instaurées des zones avec un bruit maximum, mais pas dans la faune et la flore alors que c’est le calme qui est censé y régner comme on l’a vu pendant le confinement », défend le dirigeant.

Lire notre article sur l’impact du confinement sur la nature

Adapter certains bateaux et infrastructures

Malgré tout, le REXH2 n’est pas (encore ?) une solution miracle. Le point faible est l’autonomie, puisque le stockage nécessite trois fois plus de place. Si certains bateaux peuvent accueillir cet équipement supplémentaire, pour d’autres il faudra passer par la case rétrofit (ou rénovation pour convertir à l’électrique, pour les non-initiés).

Une station mobile flottante (STSH2) de production et de distribution d’hydrogène vert d’EODev.

« Le secteur maritime et les instances publiques ont un rôle à jouer dans la transition vers l’hydrogène », estime Jérémie Lagarrigue. Cela tombe bien, la France vient de prévoir un plan de soutien de 7,2 milliards d’euros sur dix ans pour développer cette filière (voir bonus). Pour encourager la transition des bateaux, les investissements sur les infrastructures sont nécessaires. À commencer par des stations d’approvisionnement. Raison pour laquelle EODev propose des modèles flottants, à installer sur les ports ou au mouillage.

 

Marseille vitrine de la transition ?

Le contexte et les nouvelles réglementations devraient favoriser le changement d’énergie. « Avec l’hydrogène nous sommes capables de remplacer le diesel et de répondre à la réglementation européenne sur la baisse des émissions polluantes pour les bateaux », expose Jérémie Lagarrigue. « Le Parc National des Calanques a été le premier à appliquer ces normes (voir bonus), c’est un superbe exemple de ce que vont devoir faire les zones protégées », ajoute-t-il. Ce qui en fait une zone de prédilection pour la stratégie commerciale d’EODev. Le Hynova 40 est d’ailleurs né à l’initiative de Chloé Zaied, la responsable d’Eden Boat, une société qui propose des sorties en bateau dans les calanques.

 

Un millier de bateaux d’ici 2024 ?

« Marseille est une ville prioritaire, notamment parce que les JO 2024 doivent être les Jeux décarbonés et que c’est ici qu’auront lieu les activités nautiques », prévient Jérémie Lagarrigue. La société vient de lever 20 millions d’euros pour financer l’industrialisation et la commercialisation de son REXH2. Au moins une dizaine de bateaux doit être équipée d’ici un an. Sont ciblés ceux de petite ou moyenne puissance, jusqu’à 30 mètres de long.

« C’est ce que j’ai vendu à mes actionnaires, mais s’il y a une belle surprise tant mieux. Nous essayons d’être modeste », avance Jérémie Lagarrigue. Et il n’y a pas que la mer, puisque les navettes maritimes sont également ciblées. À moyen terme, tous secteurs géographiques confondus, l’objectif d’EODEV est d’équiper un millier de bateaux d’ici 2024. ♦

 

Bonus [pour les abonnés] – Comprendre le moteur à hydrogène – Ce que le plan de Relance doit changer – L’overdose des bateaux dans les Calanques.

 

> L’hydrogène, comment ça fonctionne. C’est la première case du tableau périodique des éléments. Situé tout en haut à gauche, l’hydrogène est le plus petit élément connu. Très généralement, il s’associe avec d’autres éléments comme pour l’eau (H2O). Dans une pile à combustible, mélangé à de l’oxygène, il permet de produire de l’électricité et de rejeter de l’eau.

> Le plan de Relance. Autant s’habituer tout de suite à entendre parler d’hydrogène très régulièrement. Avec une enveloppe pour 7,2 milliards d’euros pour développer une filière autour de cette énergie dans le cadre du plan France Relance, le gouvernement veut en faire un pilier de l’industrie de demain. Au programme, des appels à projets pour la production et le transport de l’hydrogène, son développement dans la mobilité lourde comme les camions ou les avions et l’objectif d’atteindre 6,5 GW de capacité de production d’hydrogène décarboné par électrolyse d’ici à 2030. Cela doit représenter « une économie de plus de 6 millions de tonnes de CO2 par an dès 2030« , selon la ministre de la transition écologique Barbara Pompili. C’est l’équivalent des émissions annuelles de Paris.

> Le transport maritime dans les Calanques. Pour se rendre à En-Vau, Sugitton ou dans la grotte bleue, il n’existe que deux moyens : la marche ou le bateau. Et c’est le deuxième qui draine le plus de monde selon le Parc National. « En 2019, 33 sociétés proposent cette activité dans le périmètre du cœur maritime, à partir de 58 navires de toutes tailles« , indique l’établissement public dans une synthèse de ses réglementations. Une activité qui apporte plus de 950 000 visiteurs par an, navettes pour le Frioul incluses.

Trop pour le Parc qui a décidé de réglementer son accès. D’abord aux particuliers qui louent leur bateau. Ils ne pourront se rendre que cinq fois par été dans les Calanques lors de ce type de transaction. Pour les professionnels, tout nouvel acteur voulant s’installer doit proposer des navires avec une propulsion hybride ou électrique. Ceux déjà présents devront se conformer à ces règles lors du renouvellement de leur flotte.

 

 

 

 

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