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Pardonner pour se libérer

Par Marie Le Marois

Journaliste

Photo Pixabay

Pour avoir fait l’expérience du pardon il y a 15 ans, je sais à quel point il libère. Pourquoi pardonner celui qui nous a offensé ? Peut-on tout pardonner ? La Journée Internationale du Pardon, fixée au 18 septembre, est l’occasion d’explorer cette notion mal comprise.

J’ai toujours pensé que pardonner était un devoir. Qu’il ne fallait garder ni ressentiment ni désir de vengeance, quels que soient l’offense ou le mal commis. Pour maintenir la paix, effacer, avancer. C’est dans cette perspective que j’ai pardonné à 26 ans, à une personne qui m’avait fait du mal des années auparavant. Je me devais de le faire. N’avais-je pas une vie heureuse, contrairement à lui ? Je me suis rendue compte, près de dix ans plus tard, que ce pardon était partiel. Il avait été dicté par la raison.

 

Un pardon puissant et libérateur

Je n’avais pas en fait pardonné à mon offenseur. Le mal, tel une pieuvre, a ressurgi en moi sous forme de symptômes enserrant ma vie de femme et de mère. Il fallait que je travaille sur moi. Au bout de neuf mois de psychothérapie biodynamique, j’ai réussi à téléphoner à cette personne. Pour comprendre. Ce qu’il m’a dit m’a profondément déstabilisée. Je m’attendais au pire qu’il ne se souvienne de rien, au mieux qu’il minimise son acte. Il a reconnu les faits et s’est excusé. J’ai alors senti jaillir du plus profond de mes entrailles un puissant pardon.

 

Pardonner permet de reprendre le pouvoir sur sa vie

Pardonner pour se libérer 2En s’excusant, il a reconnu sa responsabilité et, en même temps, ma souffrance. En lui pardonnant, je me suis sentie tout à coup libérée. Je l’ai compris bien plus tard, en assistant à un ‘’Cercle de Pardon’’ avec Valérie Allemand. Outre nous faire du mal, les blessures de la vie – divorce douloureux, trahison, violences – peuvent entraîner rancœur, haine, désir de vengeance, peur. Ces différentes émotions enferment notre cœur, entravent énergie et créativité, empêchant tout amour de le traverser.

« Pardonner nous permet de ne pas rester dans un état de victime et de reprendre le pouvoir sur notre vie », confie cette femme bienveillante. Autrement dit, selon Olivier Clerc, fondateur des Cercles du Pardon et auteur de ‘’Peut-on tout pardonner ? ‘’, on se libère de l’illusion que l’autre a tout pouvoir sur notre état intérieur, on arrête de l’utiliser comme prétexte à nos comportements.

 

Pardonner n’est ni oublier, ni excuser

Cela signifie-t-il qu’en pardonnant, on efface tout ? « Le pardon n’est pas d’excuser celui qui nous a fait du mal, encore moins de cautionner ses agissements, insiste Valérie Allemand. Mais le considérer avec discernement, sans haine ni violence ». Pour reprendre Olivier Clerc, on peut tout pardonner et… ne rien laisser passer : « mon cœur pardonne, mon mental prend les décisions justes pour protéger mon cœur et mettre la personne fautive face à ses responsabilités ». On peut tout pardonner et ne plus voir la personne. Tout pardonner et l’assigner en justice.

 

Pardonner sans que l’autre reconnaisse son offense

Dans la pratique, il ne suffit pas de dire ‘’je pardonne’’ pour que le pardon soit réel « car le cœur n’obéit pas à la volonté », souligne Olivier Clerc. Le chemin du pardon est d’autant plus ardu si l’offenseur nie toute responsabilité. Faut-il alors laisser le mal nous emprisonner ? « Nous n’avons pas besoin d’attendre que l’autre nous demande pardon pour dissoudre ce poison qui impacte notre façon d’être au monde et nous tue à petit feu », rappelle Valérie Allemand.

Car il est une évidence : la première personne à qui nous faisons du bien en pardonnant, c’est bien nous. Pour y parvenir, il existe plusieurs voies, en dehors de celles proposées par les religions, notamment Les Quatre Accords Toltèques et les Cercles du Pardon (voir témoignage bonus). Toutefois, prévient Olivier Clerc, le pardon n’est pas une fin en soi, plutôt « un accompagnement dans un chemin de réconciliation intérieure ». Il est une expérience personnelle qui se nourrit d’abandon et de lâcher-prise. Il jaillit un jour, sans qu’on s’y attende. Nous laissant, pour reprendre les propos de Maïti Girtanner, résistante torturée par la Gestapo (voir bonus), surpris et transformé. ♦

 

Bonus [pour les abonnés] La Journée Internationale du Pardon – Le Cercle du Pardon – Les 4 Accords Toltèques – Le pardon de la résistante Maïti Girtanner – témoignages –

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