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Marseille et les Américains, quelle histoire !

Par Hervé Vaudoit

Journaliste

@A7 Production

À l’occasion du 75e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Provence, le consulat général des États-Unis à Marseille a produit un film à destination des collégiens et lycéens pour raviver la mémoire des Marseillais, qui vécurent côte à côte avec les soldats américains installés dans la région jusqu’en 1946. Réalisé par Matthieu Verdeil, ce documentaire en quatre épisodes est disponible gratuitement en ligne.

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Projection de Marseille & les Américains au Théâtre Silvain @A7 Production

Le devoir de mémoire, c’est comme la liberté de la presse : ça s’use quand on ne s’en sert pas. Alors, de temps à autres, une petite piqûre de rappel, ça ne fait de mal à personne. C’est un peu ce que s’est dit Simon Hankinson, consul général des États-Unis à Marseille, en constatant que la très riche histoire que partagent son pays et la cité phocéenne n’était guère connue des jeunes générations de Marseillais. Avant son départ vers d’autres cieux (les diplomates américains restent en moyenne trois ans dans une affectation, ndlr), il a donc fait œuvre utile en devenant, pour un temps, producteur de cinéma. Pas d’un nouveau blockbuster qui mettrait en scène de gros muscles made in USA sur fond de Bonne-Mère, mais d’un documentaire pédagogique à destination des collégiens et lycéens provençaux, histoire que nos jeunes intègrent à leur bagage culturel, les liens indéfectibles noués entre la Provence et les États-Unis durant et après la Seconde Guerre Mondiale.

 

Transmettre aux jeunes générations

« Le consul m’a appelé en octobre 2019 pour me proposer de faire ce film », raconte Matthieu Verdeil, le réalisateur, déjà auteur de plusieurs œuvres à vocation culturelle ou patrimoniale. « Quand on s’est rencontrés, on n’a pas mis longtemps à se rendre compte qu’on était sur la même longueur d’ondes, poursuit-il,  et que la transmission de la mémoire aux jeunes générations était une motivation suffisamment forte pour passer à l’acte. »

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Le camp américain de Calas, sur le plateau de l’Arbois, pouvait accueillir jusqu’à 100 000 hommes. Un amphithéâtre y avait été construit pour projeter des films et donner des concerts. C’est à l’emplacement de ce camp qu’a été édifiée la gare d’Aix-TGV, au début des années 2000. @ Archives municipales de Marseille / US army Signal Corps.

Comme pour tout projet à caractère historique, la plus grosse partie du travail consiste à rassembler tout ce qu’il est possible de trouver sur la période visée : photos, bouts de films, témoignages, coupures de presse d’époque, essais historiques, livres de souvenirs… et de passer l’ensemble à la moulinette de l’académisme, avant de les intégrer – ou non – au scénario. Ce travail de sélection et de vérification, Matthieu Verdeil l’a fait avec l’historien et universitaire marseillais Robert Mencherini, un des meilleurs spécialistes de la Seconde Guerre Mondiale en Provence, qui lui a été recommandé par Simon Hankinson. « Ensemble, on a tous le trois défini le contenu du film, en fonction des éléments que nous avions réunis, explique le réalisateur. L’idée générale, précise-t-il, c’était de faire comme un livre d’histoire animé. » Avec toute la rigueur que cela suppose sur les faits, mais avec suffisamment de rythme – et quelques pointes d’humour – pour accrocher les jeunes générations biberonnées aux formats courts façon You Tube, Tik Tok ou Dailymotion.

Sauf que d’un seul chapitre à l’origine, le film a peu à peu évolué vers une mini-série de 2, 3, puis 4 épisodes de 15 minutes. Au simple récit du débarquement dans le Var, le 15 août 1944, et de la libération des grandes villes de Provence imaginés au départ du projet, se sont en effet ajoutés la singulière histoire du camp américain de Calas, puis un chapitre sur le rôle du consulat américain de Marseille dans le sauvetage de plusieurs centaines d’intellectuels, d’artistes et de simples civils, juifs, communistes, francs-maçons… et un retour sur le choc culturel qu’ont produit les soldats américains en faisant découvrir aux provençaux la musique jazz, le chewing-gum, le Coca-Cola, le corned-beef et la Jeep Willis.

 

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Matthieu Verdeil @A7 Production
Le premier joueur de base-ball marseillais

Au total, c’est donc une heure de film, découpée en 4 épisodes de 15 minutes, que Matthieu Verdeil, Simon Hankinson et Robert Mencherini ont dévoilé cet été, au cours de plusieurs projections publiques qui ont toutes connu un franc succès. D’abord en mode virtuel le 30 juin (Covid oblige), avant la toute première présentation « physique » dans un temple du cinéma phocéen, le château de la Buzine, maison de Marcel Pagnol, le 23 juillet. Une autre a suivi le 24 août au Théâtre Sylvain, à laquelle ont assisté plus d’anciens que de jeunes. Puis, quatre jours plus tard, au Camp des Milles, principal lieu de mémoire de la Seconde guerre Mondiale dans la région marseillaise.

« La bonne surprise, enchaîne Matthieu Verdeil, c’est que le film a aussi intéressé les générations plus âgées, qui ne connaissaient pas forcément les détails de cette histoire qu’ils n’ont pas vécue directement, mais à travers ce que leur avaient raconté les témoins de cette époque. » De moins en moins nombreux désormais, ceux qui ont vécu ces événements à la fois heureux et traumatisants apparaissent dans le film. Comme le premier joueur de base-ball marseillais, retrouvé grâce à un nom inscrit au dos d’une photo d’époque, alors qu’il entrait tout juste dans l’adolescence. Contacté en début d’année via la communauté arménienne, le jeune homme aujourd’hui grand-père se souvient avec émotion de ses premiers contacts avec les soldats de l’oncle Sam et ce drôle de sport alors inconnu en France.

Aujourd’hui, « Marseille et les Américains » entame sa vraie vie de documentaire à destination des jeunes, puisqu’il sera projeté dans tous les établissements scolaires qui le souhaiteront d’ici la fin de l’année. Pour ceux qui ont depuis longtemps quitté les bancs de l’école, il est disponible gratuitement en ligne. ♦

 

*LE ZEF, parrain de la rubrique « Éducation », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité*

 

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