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Ménopausée, femme tu resteras

Par Hervé Vaudoit

Journaliste

Photo Pexels / Pixabay

Au lendemain de la « Journée internationale de la ménopause », qui se tient tous les 18 octobre à l’initiative de l’International Menopause Society, l’occasion était trop belle d’évoquer le joli petit succès que se taille sur Instagram le compte @menopause.stories. Ouvert il y a moins d’un an par Sophie Kune, il combat sans violence le silence qui entoure ce moment incontournable de la vie des femmes, dont on parle trop souvent comme d’une maladie grave, potentiellement mortelle pour leur sexualité. Haro sur le tabou ! C’est du reste un homme qui signe l’article…

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Sophie Kune @studio Madam

Des tabous qui ont, de tout temps, empoisonné la sexualité des femmes, c’est sans doute le plus dur à cuire. Et celui que les femmes elles-mêmes n’aiment guère aborder avant d’en avoir l’âge : la ménopause. C’est d’ailleurs là tout le problème : avant d’être aux yeux des femmes la fin programmée de leur ère procréatrice, la ménopause est surtout vue comme la porte symbolique de l’entrée dans la vieillesse. L’instant où on perd brutalement tous les artifices de sa féminité triomphante. Beaucoup de femmes l’avouent : pour inéluctable qu’elle soit, cette étape physiologique majeure n’a jamais été un sujet de préoccupation… jusqu’aux premiers signes indiquant que leur tour était venu.

C’était quelque chose d’abstrait

Sophie Kune fait partie de ces filles ménopausées qui ne réalisaient pas qu’elles le seraient un jour avant de l’être pour de bon. Sauf que pour elle, la rencontre s’est faite plus brutalement encore que d’habitude. À 47 ans, un problème de santé survient qui conduit ses médecins à la placer en « ménopause artificielle », c’est-à-dire à provoquer la déconnexion de ses ovaires à coups de médicaments. « Jusque-là, raconte la tout juste quinqua, la ménopause était quelque chose de totalement abstrait pour moi. Je ne savais rien dessus. Ni quels étaient les signes, ni les conséquences que cela pouvait entraîner. Je n’en avais jamais parlé dans le cadre familial ou amical. C’était un vrai tabou bien ancré, mais je n’en étais pas réellement consciente. Gros silence sur ce qui allait m’arriver. Sur ce qui allait nous arriver à toutes.» Les seules infos qui lui étaient alors remontées aux oreilles étaient purement médicales. Pas de quoi la préparer au séisme à venir.

 

Bouffées de chaleur et sueurs nocturnes
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@ PrincessH

Les premières manifestations typiques sont chez elle particulièrement violentes. Bouffées de chaleur suffocantes, sueurs nocturnes, nausées… « J’étais tellement mal qu’il a fallu interrompre le traitement », poursuit Sophie, qui se jette alors sur tout ce qui traite de ménopause comme une boulimique sur la porte de son frigo. À l’époque, elle affiche déjà une bonne douzaine d’années d’expérience en tant que consultante pour les grandes marques de la beauté, de la santé et du lifestyle. Le cabinet-conseil qu’elle dirige s’adresse à des entreprises dont l’essentiel de la clientèle est féminine, « mais les marques n’en parlaient pas », feint de s’étonner Sophie, qui réalise à ce moment-là tout ce que la ménopause entraîne, en plus des symptômes désagréables liés à la décrue hormonale. « La première étape de la ménopause, elle se produit avant les bouffées de chaleur, souligne-t-elle. C’est ce que la sociologue Cécile Charlap appelle la ménopause sociale. À partir de 45/47 ans, on te fait bien sentir que la roue tourne et que la date de péremption approche pour la femme que tu es. »

La ménopause sociale

Mince ou grosse, belle ou laide, brune ou blonde, mère ou pas, rares sont celles qui assurent n’avoir jamais ressenti le vent de relégation à l’approche de la cinquantaine. « La société jeuniste ne tolère pas que les femmes prennent de l’âge », déplore Sophie Kune, comme si leurs dernières règles emportaient dans leur flot, non seulement leur pouvoir de séduction, leur sexualité, mais aussi leur légitimité à exister socialement en tant que femmes. La seule perte inévitable liée à la ménopause reste pourtant leur capacité à enfanter. Tout le reste demeure, n’en déplaise à Yann Moix. Car une femme vieillit strictement au même rythme que les hommes, un an de plus tous les ans, quoi qu’il arrive.

Le compte Insta avant le livre

Au départ, c’est seulement pour comprendre ce qui lui arrivait qu’elle a tout avalé sur la ménopause. Puis, constatant qu’elle était loin d’être la seule ignorante parmi les femmes, elle conçoit un projet de livre pour aider ses semblables à aborder cette phase avec sérénité. Et sans tabou. Un projet aujourd’hui bien avancé, mais qui a engendré en phase de mûrissement un avatar numérique, Ménopause stories, ouvert sur Instagram le 29 janvier 2020. En 9 mois, le compte @menopausestories s’est taillé un joli petit succès auprès des femmes, et pas seulement les ménopausées, avec ses « conversations débridées pour ménopause décomplexée ». Comme son nom l’indique, il héberge des histoires endocrines – mais pas que – de femmes qui ne trouvent rien de plus insupportable que le silence et la gêne qui entourent souvent cette phase de leur existence. Avec la volonté de crier haut et fort que la ménopause, ce n’est pas la fin de la vie, ce n’est pas la fin du désir et du plaisir, ce n’est pas forcément les seins qui tombent, les hanches qui s’élargissent et la séduction qui s’envole. C’est juste un moment de la vie des femmes que la parole partagée adoucit et dédramatise. Comme le disait Talleyrand, « ce qui va sans dire va mieux en se disant. » ♦

* L’AP-HM parraine la rubrique société et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus [pour les abonnés] – Écouter un podcast – Le livre La fabrique de la ménopause – Le sondage MGEN/Fondation des femmes sur le tabou de la ménopause – Le documentaire Ménopausées  –

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