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Lille design 2020 : 600 projets et quelques utopies pour un monde rénové

Par Régis Verley, le 3 novembre 2020

Journaliste

Mes Voisins producteurs Clement © Julien Sylvestre Creative Common

Cultiver des légumes pour les habitants de son quartier, aménager un poulailler collectif, inventer un lieu de rencontre pour les habitants d’un immeuble en transformation, équiper une « maison des femmes »… est-ce aussi cela le design ? La question surprend. Lille Capitale Mondiale du Design 2020 y répond.

Lille-Design 2020 : 600 projets et quelques utopies pour un monde rénové
Collectif Faubourg 132 – Recyclab 2013 à aujourd’hui

Avec Lille Capitale Mondiale du Design 2020, on s’attendait à voir des meubles futuristes, des constructions originales et imprévues, le détournement des matériaux pour des usages différents, et c’est le cas. Mais tout converge vers la maison « POC » – comprenez « Proof of Concept » et traduisez comme vous voulez. Le principe a consisté à collecter des idées pour les regrouper autour de cinq grandes thématiques : l’économie circulaire, l’économie collaborative, le soin aux personnes, l’habitation et l’action publique. Plus de 600 réponses ont été collectées, dont certaines bien décoiffantes.

Autour de ces projets, acteurs locaux et designers se sont retrouvés pour essayer de rendre proches et concrets les projets soumis. Certains sont d’envergure comme l’aménagement de 90 km de berges le long d’une rivière franco-belge, ou l’accompagnement des propriétaires pour l’amélioration de leur logement par le développement d’un « brico-accompagnement », ou encore la mobilisation des habitants de la ville de Roubaix autour d’un projet « zéro déchet ». D’autres sont bien plus modestes, à l’échelle d’un quartier ou d’un simple bâtiment, voire d’un outil à inventer et à fabriquer, à l’exemple de ce vélo en bambou ultraléger et ultra-transportable.

 

Imaginer les usages de demain

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L’équipe du POC « économie collaborative »

Visiter les POC, c’est ainsi entrer dans un monde d’imagination fertile, résultat de collaborations étonnantes. Le POC « économie circulaire » a ainsi récupéré l’espace d’un Carmel à Roubaix, déserté par les religieuses, où habitants et forces vives du quartier très populaire de l’Épeule sont invités à proposer des usages. Ce sera probablement une auberge de jeunesse et on imagine des « baldaquins » pour dormir au chaud dans un immeuble mal chauffé.

Au sein des salles du Carmel, les visiteurs découvrent une centaine d’idées de récupération : des briques reconstituées à partir de gravats, des emballages carton récupérables, des restaurants alimentés par les produits non consommés, des vêtements reconstruits avec les tissus des invendus des grandes marques, des meubles customisés à partir d’objets collectés par une association d’insertion…

Le POC « économie collaborative » s’est quant à lui réfugié dans la grande chaufferie d’une de ces immenses usines textiles du nord de la France, aujourd’hui abandonnée par l’industrie. On y trouve des dizaines d’idées promues par des acteurs locaux. L’aménagement de jardins collectifs, du maraîchage au niveau d’un quartier, l’équipement d’une placette pour les enfants en font partie. Mais on évoque aussi une cuisine commune à l’échelle d’un coin de ville, la transformation d’une halle de marché en lieu d’exposition, l’équipement d’une salle de coworking ouverte à tous.

 

Faciliter le quotidien de tous
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Projet « Wheel of care », un vélo électrique conçu pour la tournée des infirmières.

Côté mobilité, les idées ne manquent pas non plus. C’est une ville de banlieue lilloise qui voudrait mettre en place un « covoiturage à haute fréquence » pour aller en centre-ville sans prendre sa voiture. C’est un groupe d’étudiants qui s’engage dans un projet pour lutter contre la congestion urbaine, en proposant des horaires décalés mais aussi en mettant en place des services pour permettre aux salariés de rentrer plus tard sans s’inquiéter…

Plus surprenant enfin, le POC « soin » réinvente mille et une façons de soigner, d’accompagner et de s’entraider. On imagine un espace de stimulation sensoriel pour des autistes, on suggère des karaokés en EPHAD, on espère lancer une boucle auditive à grande échelle pour les malentendants, ou des parcours adaptés aux personnes à mobilité réduite. On prévoit d’équiper une bicyclette spéciale « soins » pour la tournée des infirmières. Localement, on consulte les habitants pour renommer les rues afin qu’on s’y retrouve mieux, ou on cherche à transformer le parvis d’un collège en un espace de vie et d’échange. Une équipe de designer propose l’aménagement d’un lieu de « coliving » pour que des personnes en mobilité professionnelle puissent s’installer dans un contexte ouvert et participatif.

 

Des villes-laboratoires
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@designiscapital

600 idées, ça fait beaucoup. D’autant que le Covid n’a pas facilité les choses et les visiteurs ne se pressent guère. On aimerait un catalogue plus précis et plus fourni, mais l’organisation a plutôt prévu de laisser les visiteurs errer dans les POC pour effectuer leurs propres recherches. Combien de ces projets verront le jour ? C’est le grand mystère. Certains, portés par une collectivité ou une association, ont déjà connu un début de réalisation. D’autres dormiront probablement sur l’étagère des idées géniales. On verra. « Nous réfléchissons à l’après », avoue l’organisation de Lille Design à laquelle la Métropole de Lille, pilote de l’événement, a donné rendez-vous.

Mais, est-ce vraiment de design dont il s’agit ? Bonne question. Pour les organisateurs la réponse est évidente. « Le design c’est simplement la possibilité de générer des produits et des services différents à partir de matériaux existants… Mettre le design au service des villes et concevoir des villes meilleures, ce n’est pas construire des immeubles plus grands, ou des autoroutes plus larges c’est repenser les produits et services qui existent déjà en prenant en compte les besoins des habitants, en augmentant le nombre d’espaces verts accessibles, en créant des logements plus abordables, ou des services de transport plus efficaces ».

Selon l’organisation il s’agit d’utiliser les villes « comme des laboratoires pour tester de nouvelles idées ». Giavanni Massoni, commissaire de l’exposition sur l’économie circulaire, rappelle que « les périodes de confinement ont mis en évidence les limites de nos pratiques actuelles et doivent interroger nos modes de gouvernance ». Une opinion que partage Francis Jegou commissaire de l’exposition sur l’économie collaborative : « On voit poindre le besoin de nouvelles solidarités. Produire localement coopérer, inventer de nouvelles pratiques et de nouveaux usages s’imposeront au monde de demain ». ♦

 

Bonus

  • La visite virtuelle n’est pas sans intérêt, d’autant que, Covid oblige, la plupart des expos ne sont ouvertes que sur rendez-vous. Certes c’est un peu foutoir mais en cherchant bien on peut y trouver son compte : designiscapital.com/poc. Le site renvoie sur celui de chacune des POC et présente quelques-unes des idées soutenues. Pas toutes malheureusement et pas toujours avec les indications précises qui permettraient de contacter les porteurs de projet (affaire à suivre).

 

  • World Design Organisation® – Organisation internationale non gouvernementale cofondée en 1957 par Jacques Viénot, auteur de la République des Arts (1941). Anciennement dénommée l’ICSID (International Council of Societies of Industrial Design), l’organisation obtient un statut consultatif spécial auprès des Nations Unies en 1974 et vise à représenter les intérêts des designers industriels ainsi qu’à établir une définition et des normes en matière de design industriel. Depuis, elle joue un rôle important en tant que contributrice à des projets de développement qui recourent au design pour l’amélioration des conditions de vie. Le rôle et le poids de cette organisation se renforcent progressivement et se traduisent en 2017 par un changement de nom où l’ICSID devient la World Design Organization (WDO)®. Aujourd’hui, plus de 178 organisations issues de 40 pays incluant agences de promotion du design, entreprises, universités, et sociétés gouvernementales sont membres de la WDO — ils s’engagent collectivement et créent les conditions de portée leur voix au plan international. En octobre 2017, la Métropole Européenne de Lille (MEL) a décroché le titre recherché de “ Capitale Mondiale du Design” pour l’année 2020, s’inscrivant dans le sillage de villes prestigieuses comme Turin, Séoul, Helsinki, le Cap, Taipei et Mexico. Le titre est décerné tous les deux ans en signe de reconnaissance de l’utilisation novatrice du design par une ville ou une métropole dans le but de renforcer son développement économique, social, culturel et environnemental. Bengalore (Inde) et Valence (Espagne) seront les capitales de l’édition 2022.

 

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