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Arthur Leroux, entrepreneur aficionado des quartiers Nord de Marseille

Par Rémi Baldy, le 11 novembre 2020

Journaliste

Né du bon côté de Marseille, Arthur Leroux a pourtant fondé et installé son entreprise, Enogia, dans les quartiers Nord. Une partie de la ville qu’il ne connaissait pas, qu’il voit aujourd’hui comme un moteur à même de dynamiser la cité phocéenne. Un engagement qui s’étend à la politique.

« Je suis un convaincu des quartiers Nord ». La phrase d’Arthur Leroux est loin d’être anodine. Le directeur général et cofondateur de la société Enogia travaille depuis presque dix ans au cœur du 15e arrondissement de Marseille. « Notre installation ici était un choix par défaut, je ne connaissais pas cette partie de la ville », avoue-t-il. Au début, la société, qui fabrique des turbines servant à transformer la chaleur en électricité travaille en autarcie. « Pendant nos trois premières années, nous étions là mais sans nous intéresser à ce qui se passait autour de nous. Il a fallu faire un pas vers l’extérieur », se souvient le dirigeant.

Ce pas, il est d’abord fait vers l’emploi, avec la volonté d’embaucher dans ces quartiers. Cela passe par l’échange : « Nous ne recevions aucune candidature donc pour recevoir des jeunes du coin nous avons rejoint les programmes Impact Jeunes et Degun sans stage – que je recommande . Nous avons aussi accueilli des classes et sommes intervenus dans des cours. Tout cela n’est pas naturel, cela se provoque. S’ouvrir cela veut dire aller chercher ».

Arthur Leroux s’est également rapproché de l’écosystème (ultra) local, à l’image du réseau Cap Au Nord Entreprendre (Cane). « C’est très enrichissant de rencontrer les autres entreprises installées ici. Redynamiser les quartiers Nord est un vrai enjeu, la réussite de toute la ville en dépend. Les grands groupes doivent s’ouvrir pour provoquer un ruissellement », défend-il.

Avec Cane, l’entrepreneur va rencontrer des jeunes issus de ces quartiers. Il leur raconte son parcours et décrit un territoire plein d’opportunités, bien loin des discours habituels autour du trafic et de l’insécurité. Ces échanges directs permettent de leur redonner confiance, mais sont aussi un moyen d’accéder plus facilement à ces entreprises. « Il y a plein de talents ici », répète-t-il.

 

« Obligés » d’aller à Marseille 

Le parcours d’Arthur Leroux ne laissait pourtant pas présager ce « militantisme » pour les quartiers Nord.  « Je suis un enfant du 12e arrondissement », revendique celui qui est né à l’hôpital de la Conception. Ses parents, architectes, déménagent beaucoup pendant qu’il est enfant. Si ses premiers bancs d’école sont marseillais, le reste de sa scolarité se déroule en Île-de-France puis à Lille pour intégrer les Arts et Métiers.

La vie professionnelle commence chez Bertin Technologie en région parisienne, où Arthur Leroux travaille d’abord sur des drones puis sur la détection de pathologies dans l’air. Bien loin de l’énergie. Le tournant survient au détour d’une discussion avec deux amis de la promo lilloise, Nicolas Goubert et Antoine Pauchet. Lassé de son travail, le trio décide de lancer sa propre entreprise. « La valorisation de la chaleur représentait un vrai défi car elle s’échappe de partout. Nous voulions nous positionner sur la transition écologique mais en apportant une plus-value », raconte Arthur Leroux qui dit sa « passion » pour les sujets liés à l’énergie.

Les premières étapes de R&D démarrent à la fin des années 2000 dans une maison de vacances dans le Gard. Mais comme les premiers investisseurs sont Aixois, il faut se rapprocher. « Là, j’ai expliqué à mes collègues que nous étions obligés d’aller à Marseille », sourit Arthur Leroux. Mi-2012, Enogia s’installe donc dans la cité phocéenne et ses quartiers Nord avec l’ambition de devenir « le leader mondial » de la conversion de chaleur perdue en électricité. Le premier contrat est passé en Chine. « C’était une sacrée aventure, se souvient Arthur Leroux. Nous y sommes restés une semaine pour travailler sur notre machine et le jour de notre départ… elle casse. Nous l’avons retravaillée et, depuis, elle fonctionne toujours ». L’étranger représente aujourd’hui la moitié de l’activité de la PME de 35 salariés. « Il n’y a pas de raison de se restreindre en France, mais nous aimons voyager », avance l’entrepreneur.

Les anecdotes ont souvent lieu hors de l’Hexagone. À l’image de cet échange avec Lucien Y. Bronicki, PDG d’Ormat, un géant mondial des technologies d’énergie alternative, lors d’un salon dédié aux Pays-Bas. « Il parle français et a fait la même école que nous à Lille. À la suite de notre rencontre, il nous a mentionnés dans son livre », s’étonne encore Arthur Leroux avec un sourire qui traduit sa satisfaction.

 

Le virage hydrogène

Le succès est au rendez-vous puisqu’Enogia vend ses turbines dans plus de vingt pays et génère un chiffre d’affaires de près de trois millions d’euros. La société marseillaise se lance désormais dans l’hydrogène. Une énergie dans laquelle Arthur Leroux ne « croyait pas trop », confesse-t-il. Il faut dire que le premier élément du tableau périodique est difficile à canaliser car très petit et extrêmement volatile. C’est en voyant de grands industriels orienter leurs investissements vers cette solution que l’entrepreneur se questionne. En 2017, Enogia étudie le moyen d’adapter ses turbines au fonctionnement de la pile à combustible. Les premiers tests débutent actuellement. Mais la recette reste la même : proposer un produit sur-mesure.

En parallèle de sa vie de dirigeant, Arthur Leroux s’est engagé en politique, au côté de La République en Marche. Il joue le rôle de relais entre la section de Marseille et celle du département. Une implication qui s’est faite petit à petit. Malgré des municipales « horribles », notamment à cause des tergiversations autour de l’investiture, il persévère. Jusqu’où ?  « Je n’ai pas l’ambition d’être un jour élu, j’ai une société à monter, mon objectif est de devenir une vraie entreprise industrielle », balaie-t-il.

Car l’enjeu est de taille. Enogia espère bénéficier de l’engouement autour de l’hydrogène pour développer cette nouvelle activité au maximum. Si cela fonctionne comme le souhaite Arthur Leroux, les locaux actuels seront bientôt trop petits. Mais le dirigeant l’assure : « Si nous déménageons, nous voulons rester dans les quartiers Nord ». Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. ♦

 

Bonus

> Enogia ne parle pas forcément au grand public. Pourtant cette entreprise produit et envoie ses turbines à travers le monde entier. La PME marseillaise emploie 35 personnes et génère 2,9 millions d’euros de chiffre d’affaires grâce à son système qui récupère la chaleur pour la transformer en électricité. Une technique déjà bien connue sous le sigle ORC, pour Organic Rankine Cycle, mais qu’Enogia réussit à adapter au cas par cas et sur des tailles différentes.

Heureux hasard, alors que l’hydrogène a le vent en poupe avec le plan de relance du gouvernement, l’entreprise marseillaise vient de terminer sa phase de R&D pour adapter ses turbines avec cette énergie. Les premiers prototypes ont déjà séduit trois clients français du secteur de la mobilité.

> Degun sans stage, quèsaco ? Porté par L’École centrale de Marseille et l’entreprise Provepharm Life Solutions, le défi Dégun Sans Stage s’inscrit dans l’initiative nationale Mon stage de troisième. L’initiative vise à aider les jeunes qui ont du mal à trouver un stage de qualité par manque de réseau. Depuis 2018, le projet a aidé 750 collégiens.

Relevez le défi « Dégun sans stage » !

> Impact’jeune continue sa route. Le projet, porté par Apprentis d’Auteuil et lauréat du Programme Investissement d’Avenir (PIA) est sur les rails depuis trois ans. Soutenu par une centaine de partenaires (État, collectivités locales, chambres consulaires, fondations…), l’idée est de fédérer tous ces acteurs autour de la réussite professionnelle des jeunes des quartiers, à l’image du programme américain Harlem Children’s Zone.

Défendre les plus fragiles, ADN des Apprentis d’Auteuil

> Cap au Nord Entreprendre préfère parler du nord de Marseille. Ce réseau regroupant les entrepreneurs installés dans ces zones difficiles joue un rôle de lobbying auprès des différents acteurs économiques et politiques pour booster les implantations sur ce secteur.

Quand les entreprises checkent avec les jeunes

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