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Quand les champignons et les plantes s’entraident…

Par Marie Le Marois

Journaliste

@Michel Hairaud. Un coprin, champignon de la famille es saprotrophes

Girolles, morilles, truffes… On connaît le pouvoir culinaire des champignons. Moins leur rôle essentiel dans le développement des arbres et des plantes potagères, ou dans la stabilisation des sols. À l’heure où l’OMS nous alerte sur les conséquences de l’appauvrissement des sols, à même de favoriser d’autres pandémies, il est urgent de préserver ces organismes vivants. C’est ce que nous raconte Michel Hairaud, spécialiste renommé des champignons.

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@Michel Hairaud. Champignons saprotrophes

Je l’ai rencontré chez lui dans les Deux-Sèvres. Penché sur sa loupe binoculaire, dans son bureau tapissé d’ouvrages sur la mycologie, Michel Hairaud admire des corolles blanches naissant d’une branchette. Ce sont des champignons. Des saprotrophes plus exactement. Ces êtres vivants (lire en bonus) permettent de recycler le bois mort – jusqu’à 90% de la matière. « S’il n’y avait pas de champignons, il n’y aurait pas de forêt », résume ce passionné de mycologie depuis 50 ans.

Il explique, avec une rigueur toute en retenue, que le bois mort dégradé se transforme en humus, un terreau pour la nouvelle pousse d’arbres. Les saprotrophes dégradent également les animaux morts et permettent ainsi, en répandant les nutriments de la bête dans le sol, de nourrir la terre.

 

Trois groupes de champignons
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Michel Hairaud dans son antre

Pour mieux étayer ses propos, le retraité, qui cumule les fonctions bénévoles dans les sociétés nationales et internationales de mycologie (voir bio express), fait défiler sur son ordinateur les photos de son dernier exposé, réalisé pour un groupement de forestiers. Ses recherches intéressent en effet de nombreux professionnels en lien avec la nature, aussi bien mycologues, agriculteurs, propriétaires forestiers que société d’horticulture du coin.

Après les saprotrophes, les parasites sont la deuxième catégorie d’espèces de champignons. Ils poussent sur les êtres vivants et se développent à leur détriment.

 

Champignons mycorhiziens, alliés des arbres et des plantes
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@Michel Hairaud. Cèpes. Champignons mycorhiziens

Le troisième groupe d’espèces de champignons est formé de mycorhiziens. Ils sont les alliés des végétaux, amis des arbres comme des autres plantes sauvages ou potagères.

Ce sont par exemple les truffes, les bolets mais aussi des milliers de microchampignons souterrains, invisibles en surface. C’est eux qui nous intéressent : 95% des légumes cultivés croissent en grande partie grâce à eux (voir bonus).

 

Les mycorhiziens apportent des nutriments…
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Les échanges se produisent grâce à la mycorhize constituée par la racine du végétal et du champignon.

Les champignons amènent aux arbres et aux plantes nutriments (sels minéraux, oligo-éléments, phosphore…) et eau qu’ils puisent dans le sol. « La surface de prospection des racines des plantes peut ainsi être multipliée jusqu’à 1000 fois ».

Grâce à cet échange, les mycorhiziens favorisent la croissance des végétaux et leur permettent de mieux résister à une sécheresse.

Ce n’est pas tout : ils ont aussi un rôle protecteur en filtrant des substances nocives, comme les métaux lourds, et de stabilisateur pour le sol grâce à leurs entrelacs de filaments (le mycélium).

 

…et les plantes, du sucre
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Chlorophylle de la plante

Les champignons sont dépourvus de chlorophylle. Or ce pigment vert permet à la plupart des arbres, des plantes potagères et sauvages d’absorber l’énergie lumineuse pour digérer le carbone contenu dans l’air, le transformer en sucres et se nourrir de ce carburant.

Les champignons, ne fabriquant pas leur nourriture, ont donc besoin des végétaux pour leur fournir le sucre nécessaire à leur vie.

Tous ces échanges se produisent grâce à la mycorhize constituée par la racine du végétal et du champignon (voir bonus). 

 

Stopper pesticides et engrais de synthèse…
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Michel Hairaud dans son jardin potager, 5000 m2 en permaculture.

L’agriculture biologique et la permaculture sont les seules voies possibles pour préserver les sols et, par conséquent, l’avenir de notre planète. C’est en partie pour participer à leur développement que Michel Hairaud se consacre à la mycologie.

On connaît en effet l’effet dévastateur des pesticides qui détruisent toute vie sur leur passage. On comprend mieux leur hérésie au regard du rôle puissant des champignons. Il est donc indispensable de les proscrire, comme le pratique l’agriculture biologique. Il en va de même pour leur alter ego, les engrais de synthèse, néfastes pour les champignons. « Les plantes vont se nourrir des engrais de synthèse et donc éloigner les champignons ». Les conséquences ? « Elles ne vont plus être défendues par eux et vont donc développer des maladies ».

et chouchouter les sols

Microchampignons dans le sol, essentiels à notre survie 2Concernant le travail du sol, contrairement à ce qui est pratiqué en agriculture traditionnelle, il faut cesser de le labourer – « chaque couche du sol a sa propre vie microbienne. Dans un gramme de sol vivent un milliard de bactéries, des centaines de millions de champignons et d’autres organismes ».

Tout au plus, on peut l’aérer, comme le préconise la permaculture. Il est conseillé également de couvrir le sol avec du broyat de feuilles ou de paille pour permettre à la vie souterraine de proliférer.

 

Et les arbres ?

Microchampignons dans le sol, essentiels à notre survieSans le réseau souterrain mycorhizien, les arbres souffriraient de carences nutritives. Mais, de surcroît, n’auraient plus de moyen de ‘’communiquer’’ entre eux.

Michel Hairaud conseille aux forestiers de laisser au sol les arbres morts – « un cortège de faune, flore, fonge va profiter de la mort de l’arbre qui va se dégrader en humus ».

Et d’arrêter d’abattre les arbres au grand âge. « Plus ils sont vieux, plus ils hébergent de champignons, voire même certaines espèces de qui ne se développent justement que lorsqu’ils sont vieux ». ♦

 

* Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « agriculture – alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *

 

Bonus [pour les abonnés] Les champignons sont des êtres vivants – Bio express – Des milliers de microchampignons souterrains – Environ 5 % des légumes cultivés se passent des champignons – Les échanges se produisent grâce à la mycorhize – Autres utilisations des champignons

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