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Pas de voile sur Films Femmes Méditerranée

Par Nathania Cahen, le 20 novembre 2020

Journaliste

À année extraordinaire, édition extraordinaire ! Le festival Films Femmes Méditerranée n’a pas courbé l’échine et démarre ce 20 novembre. En ligne. Plus ramassé. Solidaire et gratuit. Dépassant ses frontières d’origine. Et, pour la première fois, nanti d’un thème, l’utopie.

L’utopie ? La définition du Larousse propose la « construction imaginaire et rigoureuse d’une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal ». Autrement dit, une remise en question existentielle et fondamentale. Une réflexion, un rêve sur comment produire différemment, réinventer les relations aux autres, l’environnement, la famille, le couple… C’est donc cette utopie qui sert de fil rouge à cette édition un peu spéciale, privée de ses salles de cinéma et de ses écrans habituels, des rencontres si humaines et si précieuses entre les cinéastes et leur public.

 

Solidarité oblige…

Édition quand même car pour la trentaine de bénévoles qui constituent l’équipe de ce festival marseillais, il était hors de propos d’imaginer une année blanche, « par solidarité avec l’édition et la production ».

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« The fish tale »

Au programme, il y aura donc 9 films, tous mis en ligne le 20 novembre et accessibles durant une semaine. « Pas davantage car il faut payer des droits et qu’il n’est pas possible de soutenir un coût budgétaire plus important », regrette Karin Osswald, directrice du festival Films Femmes Méditerranée depuis 2018. Avant de préciser que cette sélection a dû s’accommoder de certains distributeurs qui ne souhaitaient pas « que leurs films puissent être projetés avant leur sortie en salle ». L’accès à ces films est gratuit, « par solidarité avec les équipes qui les ont réalisés, pour multiplier les chances de visionnage et pousser la visibilité ». Égyptienne, Libanaise, Française, Israélienne… les neuf réalisatrices ont par ailleurs réalisé des présentations vidéo courtes, postées sur le site du festival, comme autant de notes d’intention. Solidarité encore, deux des films programmés ont été choisis par les équipes de festivals annulés en 2020 – celui des femmes de Créteil et Aflam (bonus).

Plutôt que des discussions zoom trop désincarnées, il n’y aura pas d’échanges avec le public cette fois – « nous nous réservons pour les vraies rencontres et la magie des salles de cinéma ».

Et pour ne pas multiplier les renoncements, parce qu’il y a un pan de leur festival auquel l’équipe est très attachée, la 3e saison de la « Journée Pro » a été décalée au printemps prochain. Le pari que tout se passera normalement et que les 8 jeunes réalisatrices lauréates de l’appel à projets (sur 48 candidatures) pourront « pitcher » leur film lors de vrais entretiens avec des producteur.trices.

Pourquoi un festival des réalisatrices de la Méditerranée ?
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Karin Osswald

Parce qu’elles sont trop peu visibles, créer un festival de cinéma consacré à elles et à leurs films s’est imposé. Depuis Marseille, en douceur, mais comme une évidence. La voie a été ouverte par un festival de films féminins italiens en 2006 tout d’abord, qui s’est précisé, étoffé, ouvert et professionnalisé. Qui accueille, soutient et accompagne, qui suscite les rencontres et les dialogues. Qui s’intéresse à tous les pays, les sujets, avec une attention particulière aux pays en guerre.

La Méditerranée est ici celle des deux rives, autant pour l’une que pour l’autre. « Sans restrictions et même au-delà ; on aime faire exploser les frontières », assure Karin Osswald. La même s’amuse quand je lui demande s’il s’agit d’un festival féministe : « Oui si le féminisme incarne la défense des droits des toutes les femmes quel que soit leur origine, leur profil politique, sexuel… » Et confie que finalement, un homme a fini par rejoindre cette équipe jusqu’alors 100% féminine.

En temps normal
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« Tanger – Le rêve des brûleurs »

Une édition non confinée du festival Films Femmes Méditerranée, c’est entre 4 000 et 5 000 spectateurs et la projection d’une quarantaine de courts et longs métrages, fictions et documentaires. Mais aussi la leçon de cinéma d’une réalisatrice, une table ronde avec Arte autour d’un film relatant un fait de société, une journée professionnelle, une autre d’étude professionnelle en relation avec le réseau Gendermed. Et bien sûr une flopée de prix à la clé – du public, des lycéens, du jury… Pas de « grand prix » – « le côté purement compétition ne nous intéresse pas, ce n’est pas la vocation de ce festival », explique Karin Osswald. Mais assez parlé du temps normal, il est temps de se connecter (il suffit de créer un compte UniversCiné sur la page dédiée à FFM). En ces temps où le voyage est suspendu, c’est une invitation qui ne se refuse pas. ♦

* Le La Villa Médicis de Cassis parraine la rubrique « Culture » et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus [pour les abonnés] – Les films de cette édition – Le budget de FFM – Les missions solidaires – le festival Aflam

  • La programmation – Elle refait vivre des figures féminines résistantes depuis l’opposition au nazisme jusqu’aux combats actuels pour une société égalitaire et sans exclusion dans le film de Jo Schmeiser « Moments Of Resistance ». Cet écheveau de femmes, du passé et d’aujourd’hui, entoure aussi Anna, dans « Gli appunti di Anna Azzori, uno specchio che viaggia nel tempo » de Constanze Ruhm.
    Elles inventent également comment vivre entre deux cultures, qu’elles soient Inuit dans le Grand Nord Canadien, près de « La rivière sans repos » de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu, ou Ghanéenne en Israël, dans « A Fish Tale » d’Emmanuelle Mayer.
    Et si, parfois, la recherche de l’utopie est pétrie de désespoir comme l’incarne « Tanger, le rêve des brûleurs » de Leïla Kilani, elle peut également inventer un nouveau territoire, spatial celui-là, que nous présente « The Lebanese Rocket Society » de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige.
    Ce territoire à inventer et à préserver est aussi celui de la littérature, des livres à sauver, comme le font les jeunes Syriens de « Daraya », la bibliothèque sous les bombes, de Delphine Minoui et Bruno Joucla.
    Enfin, le cinéma comme Utopie, comme espace de réalisation et de réconciliation avec soi, c’est celui de Chiara Malta dans « Simple Women ». C’est celui de cette jeune femme du Donbass en guerre, qui réussit à en faire son avenir artistique dans « The Earth Is Blue Like An Orange », de Iryna Tsilyk.

 

  • Le budget – Financièrement, comment ça marche ? Le budget avoisine 100 000 euros. Il est approvisionné par la Région Paca (le partenaire historique), le Département 13, la mairie de Marseille, l’État via sa délégation aux Droits des femmes. Le festival peut aussi compter sur des partenaires privés comme le Crédit Mutuel, l’association Dante Alighieri à Hyères, et la Logirem.

 

  • festival-films-femmes-méditerranéeLa solidarité – Un cinéma solidaire avec les publics qui en sont éloignés – pour des raisons financières, culturelles ou sociales. D’où, depuis 4 ans, la programmation de séances au Centre social de la Savine, l’organisation d’ateliers grâce à Cinaimant, un outil imaginé par l’association Tilt pour des activités éducatives et pédagogiques autour du cinéma.

Des projections et ateliers ont également été organisés à Marseille : à l’École de la 2e chance, dans le Centre d’éducation fermé Les Cèdres et à la prison des Baumettes, avec le soutien de l’association Cultures du cœur.

 

  • (Re)lire notre article de mars 2019 sur le festival Aflam – Rencontres internationales des cinémas arabes -, malheureusement annulé cette année.

Le cinéma, une fantastique porte d’entrée sur le monde arabe

 

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