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Ce bras robotisé soigne l’épilepsie réfractaire

Par Hervé Vaudoit

Journaliste

Crédit photo AP-HM

Pour la première fois en France, un bras robotisé vient d’être utilisé par le Pr Didier Scavarda, neurochirurgien à l’hôpital de La Timone, pour évaluer les possibilités d’intervention curative sur une  jeune patiente âgée de 14 ans. Une technologie qui ouvre de nouvelles possibilités de guérison pour cette maladie aussi handicapante que traumatisante pour ceux qui en souffrent et leur entourage.

Longtemps considérée d’essence diabolique, l’épilepsie réfractaire (ou pharmaco-résistante, qui ne répond pas de façon satisfaisante aux médicaments classiques) est-elle en passe d’être définitivement vaincue ? C’est en tout cas l’espoir que l’on peut caresser après l’intervention subie début novembre par une adolescente de 14 ans à l’hôpital de La Timone. Diagnostiquée très jeune, la jeune fille restera comme la toute première patiente française à avoir bénéficié d’une stéréo-électro-encéphalographie.

 

Une marge d’erreur inférieure à un millimètre

Un bras robotisé pour soigner l’épilepsie 1L’opération a été réalisée par l’équipe du Pr Didier Scavarda, chef du service de neurochirurgie infantile des hôpitaux universitaires de Marseille, à l’aide d’un tout nouveau bras robotisé, plus précis et plus sûr que la main du chirurgien. Fabriqué par l’entreprise américaine Medtronic, l’Audioguide (c’est son nom, sans lien avec l’appareil que l’on colle à l’oreille des touristes dans les musées) permet en effet de ramener à moins d’un millimètre la marge d’erreur du geste chirurgical, une performance irréalisable lors d’une opération à main levée. « Les erreurs visuelles ou gestuelles que l’on peut commettre en opérant à main levée sont supprimées, comme les aléas liés à la fatigue, à la répétition des gestes et à la nécessité de calculer et de recalculer en permanence les points d’entrée et de sortie quand on opère de façon traditionnelle. Là, il n’y a plus rien à calculer pendant l’intervention », explique le médecin (lire son interview en bonus).

Pour une intervention sur le cerveau, le gain est considérable. Et plus considérable encore dans le cas d’une stéréo-électro-encéphalographie, qui consiste à forer de petits trous de 2,6 mm de diamètre dans la boîte crânienne du patient pour y introduire de petites électrodes de 0,8 mm qui, une fois implantées dans le cerveau, vont permettre d’enregistrer l’activité électrique des régions cérébrales activées par les crises épileptiques. L’objectif, c’est de localiser très précisément le point de départ des crises et de mettre en évidence la façon dont elles se propagent dans le cerveau, afin de pouvoir ensuite déterminer si une opération curative est envisageable. C’est-à-dire évaluer avec un bon niveau de certitude la zone à traiter et la quantité de tissu cérébral qu’il conviendrait de retirer pour empêcher la survenue de nouvelles crises.

 

La précision du bras téléguidé

Un bras robotisé pour soigner l’épilepsie 2Dans le cas de la jeune patiente opérée par le Pr Scavarda, ce sont pas moins de 14 électrodes qui ont pu être implantées sans avoir besoin de lui raser les cheveux, comme c’était la règle jusqu’à présent. À la suite de l’opération, la jeune fille est restée hospitalisée une dizaine de jours dans le service d’épileptologie et de rythmologie cérébrale dirigé par le Pr Fabrice Bartoloméï, afin de surveiller H24 ses réactions et enregistrer en temps réel l’activité de son cerveau, notamment la survenue des crises épileptiques.

Les électrodes lui ont ensuite été retirées et il faudra quelques semaines aux équipes de La Timone pour analyser les données ainsi recueillies et décider si oui ou non une opération est envisageable. Si oui, elle sera aussi réalisée avec le bras Audioguide, qui offre là encore un niveau de sûreté et de précision dont l’être humain est incapable, aussi talentueux soit-il.

Au-delà du cas de cette jeune fille, cette nouvelle technique d’intervention ouvre de réelles perspectives dans la prise en charge de cette maladie très traumatisante, aussi bien pour les patients qui en souffrent que pour leurs parents, surtout quand les premières crises surviennent quelques semaines seulement après la naissance. ♦

 

*  La data au secours de la biodiversité 7 Le CEA Cadarache parraine la rubrique « Recherche» et vous offre la lecture de cet article *

Bonus [pour les abonnés] – Marseille, à la pointe des recherches sur l’épilepsie – Les chiffres de l’épilepsie – Itw du Pr Scarvada –

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