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Des artistes pour réenchanter les murs des écoles

Par Agathe Perrier, le 30 novembre 2020

Journaliste

L’association Planète Émergences organise des résidences d’artistes dans des écoles du nord de Marseille. Une façon d’y faire entrer l’art tout en impliquant pleinement les enfants et les équipes pédagogiques. Ce travail créatif et collectif change radicalement l’aspect de ces établissements aux murs bien souvent trop tristes.

Quand j’arrive dans la cour de l’école maternelle Clair Soleil (14e arrondissement), je me dis que toutes les écoles devraient lui ressembler. Même sans la présence des enfants, elle respire la gaieté grâce aux couleurs et aux dessins qui inondent ses murs. Une bouffée d’oxygène qui tranche radicalement avec le tout béton du quartier. « C’était loin d’être le cas avant », glisse Caroline Séguier, directrice de l’association Planète Émergences, à l’origine de ce projet qui conjugue art et embellissement. Difficile à imaginer, pourtant le contraste est en effet saisissant lorsque l’on compare l’avant et l’après.

Des murs de la L2 à ceux des écoles

Tout a commencé en 2014. Pas dans des écoles, mais sur les murs de la L2, la fameuse autoroute A507 qui relie l’est et le nord de Marseille. Promise dans les années 1930, elle sera finalement totalement terminée en 2018. Un véritable périphérique traversant des quartiers entiers avec ses murs de béton géants, ceux-là même que Planète Émergences a habillés. Elle a pour cela fait appel à des artistes – 52 pour un total de 35 fresques – et réalisé« le plus grand chantier d’art mural en Europe ». « On a intégré un volet pédagogique à ce projet. Chaque artiste a rencontré les jeunes des quartiers où se situait son œuvre, notamment des écoliers », explique Caroline Séguier. À l’instar d’Emmanuel Colinet, alias Mégot, à qui l’on doit la forêt peinte sur les poteaux de l’échangeur de Frais Vallon.

De simples visites qui ont finalement débouché sur des résidences de longue durée. Une idée du directeur de l’école élémentaire Sinoncelli (14e). Inspiré par les ateliers L2, il a souhaité réunir tous ses élèves autour d’un projet artistique porté par un professionnel. Et c’est Mehdi Cibille, aussi connu sous le nom « Le Module de ZeeR », qui en a pris la tête. Pendant l’année scolaire 2017-2018, enfants et enseignants ont travaillé sur le thème du logo. Chacun a imaginé le sien avec l’aide de l’artiste. Tous ont ensuite été peints sur le mur d’entrée de l’école. Le Module de Zeer s’est ensuite imprégné de l’ensemble pour créer une fresque monumentale sur un des pignons de l’établissement. Un tourbillon infini… composé d’une multitude de logos.

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L’école élémentaire Sinoncelli avant/après la résidence de l’artiste Le Module de Zeer © DR
Un jardin créole sur le béton de la cour

Le groupe scolaire Clair Soleil a aussi accueilli des résidences d’artistes. Sur trois ans consécutifs pour la maternelle, avec la couleur et le végétal comme fils conducteurs. Et la plasticienne Françoise Sémiramoth en aiguilleuse. « L’idée était de travailler sur un jardin créole car j’aime partager ma culture, notamment avec les enfants », confie-t-elle. Avant de penser à peindre, l’artiste a d’abord sensibilisé les petits écoliers sur la faune et la flore de la Guadeloupe. Le travail au pochoir est arrivé dans un second temps. Une première partie a été réalisée la première année puis une seconde la suivante, avec l’œuvre monumentale sur une façade de l’école avec pignon sur rue signée Françoise Sémiramoth (photos ci-dessous).

Pour la troisième année, ce ne sont pas les élèves qui ont été mis à contribution… mais leurs mamans ! Pascal Gravier, le directeur de l’école, a réussi à en motiver une dizaine pour réaliser une fresque inspirée d’une œuvre du Douanier Rousseau. « Les dessins ont été faits par les mamans. Je leur ai juste montré une gestuelle qu’elles ont ensuite interprétée à leur façon », souligne Françoise Sémiramoth. Le directeur de l’école espère désormais boucler le projet par un mur enseignants-enfants. Quant à l’artiste plasticienne, elle rêve aujourd’hui de créer un jardin méditerranéen dans une école antillaise.

À quelques mètres de la maternelle, la cour de l’école élémentaire rayonne également. Les artistes urbaines Sorane Lang et Milka y sont intervenues autour du thème « Le monde comme un jardin ». Une résidence pendant l’année scolaire 2018-2019 a permis d’initier les élèves au geste artistique en appréhendant les couleurs et les formes. Les murs et les piliers ont été peints par les écoliers sous les yeux attentifs des deux professionnelles. Ces dernières ont ensuite eu carte blanche pour la fresque extérieure. De quoi embellir l’espace public et éveiller la curiosité des passants.

 

L’art bientôt dans d’autres écoles

Le travail de Planète Émergences et des artistes suscite les convoitises. L’association est sollicitée par d’autres écoles marseillaises, mais pas si simple de répondre à toutes les requêtes. « Cela nécessite un accompagnement important et aussi de trouver des artistes désireux de s’investir sur un an et auprès des enfants », pointe Caroline Séguier. Sans parler des financements, le nerf de la guerre. Car c’est l’association qui prend en charge l’ensemble des coûts. Elle dispose pour cela de subventions des différentes collectivités – Ville de Marseille, Département des Bouches-du-Rhône et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – ainsi que de la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles, qui dépend du ministère de la Culture). Deux écoles devraient en tout cas accueillir d’une résidence très bientôt. De quoi apporter de la couleur à des lieux de vie qui en manquent trop souvent. ♦

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Caroline Séguier, directrice de Planète Émergences, Françoise Sémiramoth, artiste plasticienne, et Pascal Gravier, directeur de l’école maternelle Clair Soleil © AP

*LE ZEF, parrain de la rubrique « Éducation », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité*

 

Bonus [pour les abonnés] Les autres œuvres de Planète Émergences – Les écoles, priorité de la nouvelle municipalité marseillaise – Le programme « Création en cours » –

  • Les œuvres de Planète Émergences partout à Marseille – En y regardant bien, vous avez sûrement dû croiser sans le savoir beaucoup d’œuvres issues de projets de l’association. Outre les Murs de la L2, on lui doit par exemple « Le Premier, Quartier des Arts », cet ensemble de fresques sur les murs et les rideaux métalliques des rues aux alentours des théâtres du Gymnase et des Bernardines, et du boulevard Longchamp. Mais aussi l’œuvre « Target » de Jean-Baptiste Sauvage – via l’événement « Magiciens de la ville » – la cible qui a pris place au niveau de l’échangeur du Carénage du Vieux-Port. Retrouvez toutes les infos sur ces projets en cliquant ici.
  • Les écoles, priorité de la nouvelle municipalité marseillaise. Les projets de Planète Émergences apportent de la couleur aux écoles mais ne réparent pas les problèmes structurels. Pendant la campagne des élections municipales de 2020, le Printemps Marseillais, conduit par Michèle Rubirola, a fait de l’état des écoles l’une des priorités de son programme, dénonçant 25 ans « d’incurie » sous la mandature de Jean-Claude Gaudin. Un sujet d’ailleurs régulièrement sous la lumière des projecteurs depuis 2016, après un dossier publié par le journal Libération sur les écoles marseillaises, où elles étaient qualifiées de « honte de la République ». Le Printemps Marseillais a promis un plan de rénovation des écoles d’un milliard d’euros et la végétalisation des cours. Désormais à la tête de la ville, la nouvelle équipe est attendue au tournant…

 

  • Le programme « Création en cours » – Initié dans la dynamique des Assises de la Jeune Création, Création en cours est un programme national de soutien à l’émergence artistique porté par les Ateliers Médicis, avec le soutien du ministère de la Culture en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale.

Des artistes pour réenchanter les murs des écolesLes artistes sont notamment soutenus pour un temps de recherche, d’expérimentation et de création. Les projets artistiques comportent un temps de transmission auprès d’élèves de CM1 ou CM2 dans les territoires les plus éloignés de l’offre culturelle, en particulier en milieu rural, et périurbain et dans les territoires d’outre-mer. L’articulation et la porosité entre acte de création, partage et transmission sont au cœur de l’identité de ce programme.

Depuis 2016, Création en cours a ainsi accompagné près de cinq cents projets portés par de jeunes artistes. 110 projets d’artistes sont d’ailleurs au programme dans des écoles primaires et collèges de métropole et d’outre-mer pour 2021. Venus de tous les horizons géographiques et artistiques, les artistes sélectionnés ont en commun de développer un projet original de création ainsi que l’envie de mettre en partage l’acte de création avec des jeunes élèves.

 

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