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À Nantes, une place-forte pour les femmes victimes de violences

Par Paola Da Silva, le 2 décembre 2020

Journaliste

Image par Ulrike Mai de Pixabay

Il y a tout juste un an, à Nantes, ouvrait Citad’elles, le premier centre d’accueil créé par une collectivité et dédié aux femmes victimes de toutes sortes de violences. Situé à deux pas du centre-ville, ultra sécurisé, ce havre de 780 m2 fait le bilan d’une première année d’existence dans des conditions plus que particulières.

Né de la proposition de quatre associations locales* mobilisées autour de cette cause, le projet a été co-construit avec les acteurs du territoire autour d’un cahier des charges commun. Unique en son genre, Citad’elles, lieu d’accueil des femmes victimes de toutes sortes de violences et de leurs enfants, a ouvert ses portes le 25 novembre 2019. « Bien sûr, il existe d’autres espaces d’accueil des femmes en France, et heureusement, entame Valérie Alassaunière, directrice de Citad’elles. Mais Citad’elles est à la fois le seul de cette taille et le seul à être porté par une volonté politique, soit par la Ville de Nantes. » Les autres centres de l’hexagone ont généralement été créés à l’initiative d’associations ou en lien avec une structure médicale.

 

Un espace protégé de 780m2, chaleureux et confortable

Une citadelle pour les femmes victimes de violencesAujourd’hui, la structure est financée par de multiples acteurs institutionnels, lui garantissant la pérennité de son action. « La Ville donc, mais aussi le Département de Loire-Atlantique, l’Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire et la CAF participent au financement du centre, soit 3,6 millions d’euros en tout. Et la Région, qui n’est pas du même bord politique, tape à la porte. C’est un projet qui fédère », se félicite Valérie Alassaunière. Concrètement, Citad’elles est un vaste espace de 780m2, chaleureux et confortable, imaginé par des architectes. Il est situé au dernier étage d’un immeuble dans le quartier de l’île de Nantes, à deux pas du centre-ville, desservi par le bus et le tramway.

« Il est gratuit, ouvert 7 jours/7 et 24h/24 et ultra sécurisé. Nous disposons d’une équipe de professionnels formés aux violences, qui accompagne les femmes dans leur parcours et leur suivi », détaille la directrice. Soit l’équivalent de 17 personnes salariées à temps plein. « Nous ne sommes pas les seuls sur le territoire. Nous profitons d’une dynamique de réseau pour accueillir dans nos locaux les permanences de nombres d’acteurs associatifs, médicaux, juridiques… comme la CAF, le planning familial, les associations de victimes, le barreau de Nantes, des soignants du CHU ou encore la police nationale. On ne reproduit pas leurs actions, on ne s’y substitue pas, on vient en complémentarité afin d’apporter une offre complète aux femmes ».

 

Toutes les femmes, de tous les milieux

Une citadelle pour les femmes victimes de violences 2Un an après l’ouverture du lieu, les équipes constatent sans surprise que la violence peut toucher toutes les femmes. « Nous recevons tous types de profils, tous les âges et toutes les catégories socioprofessionnelles de femmes. Sans exception. » Le centre reçoit notamment de nombreuses femmes victimes de violences familiales et conjugales. Beaucoup viennent pour une demande d’information, en début de parcours. « Ces demandes vont ensuite cheminer et aboutir, ou pas, à des décisions de vie, à des plaintes. » Le service téléphonique est notamment assailli d’appels. « C’est un des aspects assez compliqué pour nous, il nous faudrait quelqu’un qui ne fasse que ça. Il y a une vraie demande ».

Citad’elles reçoit aussi les femmes qui viennent se mettre en sécurité en urgence, parfois avec leurs enfants. « Pour cela, nous disposons de trois logements en dehors du site, dont l’adresse est, bien sûr, confidentielle ».

 

L’impact des confinements

Une citadelle pour les femmes victimes de violences 1Si la création de Citad’elles a reçu un accueil très positif, le bilan à un an est contrasté. Notamment du fait de la crise sanitaire. « Ça a été un accouchement dans la douleur », témoigne Valérie Alassaunière. Le premier confinement a en effet été annoncé seulement trois mois après l’ouverture. « Nous sommes restés ouverts. Mais l’activité a été différente, plutôt tournée vers des urgences et beaucoup de mises en sécurité. Ça a été une période tourmentée car il a été difficile de faire du suivi. »

Le premier confinement a, par ailleurs, connu un effet amplificateur, qui a fait augmenter les violences intrafamiliales et conjugales. « Nous avons connu +20% d’activité dès le mois de mai. Nous avons dû réaménager nos espaces pour accueillir toutes les femmes ». Les ateliers d’emploi et d’art thérapie qui avaient été créés ont également été mis en pause. « C’est de nouveau le cas avec le second confinement. Il coupe les parcours amorcés. »

En un an, Citad’elles a accueilli 1 250 femmes dans ses locaux, mais 3 400 en tout ont poussé ses portes, au moins pour un premier contact. « Je pense que notre rythme n’est pas atteint et que nous sommes encore dans une phase de naissance, estime Valérie Alassaunière. Beaucoup de femmes hésitent encore à franchir le pas et à nous contacter. » Citad’elles, dont l’exemple inspire aujourd’hui d’autres collectivités, envisage de tenir en novembre 2022 les premières assises nationales des violences faites aux femmes.

 

*SOlidarité Femmes Loire-Atlantique, Question confiance, SOS Inceste et Violences Sexuelles, l’Oasis.

 

Bonus –
  • Les chiffres du ministère de l’Intérieur – D’après l’enquête Cadre de vie et sécurité, en moyenne annuelle sur la période 2011 à 2018, 295 000 personnes âgées de 18 à 75 ans vivant en ménage ordinaire se sont déclarées victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint. Parmi celles-ci on dénombre 72% de femmes (soit 213 000). Ces violences conjugales sont peu fréquemment suivies de plaintes, en particulier lorsqu’il s’agit d’agressions à caractère sexuel.En 2019, au niveau France entière (y compris les collectivités d’outre-mer), les forces de sécurité ont enregistré un peu plus de 142 000 victimes de violences commises par leur partenaire (soit une hausse de 16 % sur un an), dont près de 126 000 femmes. Il s’agit majoritairement, comme en 2018, de violences volontaires ayant entraîné ou non une incapacité totale de travail. Globalement, les proportions des  violences volontaires par conjoint restent relativement stables d’une année sur l’autre parmi les délits enregistrés par la police et la gendarmerie nationales. Au niveau départemental, les situations sont disparates : le nombre de victimes de violences conjugales enregistrées pour 1 000 habitants oscille entre 1,2 et 3,4.Selon l’étude de la Délégation aux victimes, les morts violentes au sein du couple ont concerné 173 victimes en 2019 (contre 149 en 2018), majoritairement des femmes (146 contre 121 en 2018).

 

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