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Soleil du Sud, l’entreprise qui nourrit ses salariés pour de bon

Par Hervé Vaudoit, le 3 décembre 2020

Journaliste

Leader du solaire photovoltaïque dans le Var, Soleil du Sud a créé un jardin potager pour alimenter ses salariés en fruits et légumes bio tout au long de l’année et a embauché un maraîcher pour s’en occuper. Une idée qui a germé dans la tête d’une amie du pdg de l’entreprise, pour le plus grand plaisir – gustatif – de ses collaborateurs.

Soleil du Sud, l’entreprise qui nourrit ses salariés pour de bon 5C’est l’un des rares bienfaits de la crise sanitaire que nous traversons. Avec l’épidémie de Covid qui sévit depuis dix mois, de très nombreux Français ont redécouvert les vertus de la consommation de proximité et le rôle primordial que jouent les producteurs locaux dans l’approvisionnement quotidien d’une population confinée à domicile. Certains n’ont toutefois pas attendu ce douloureux épisode pour s’en convaincre. Comme Joël Oros, un ingénieur en génie civil à l’origine d’une des plus belles réussites entrepreneuriales de ces dernières années dans la région.

 

Un patron attentif à ses salariés et à l’environnement

Soleil du sud, l’entreprise qu’il a créée en 2009, après 20 ans de carrière chez Vinci Energie, est en effet devenue leader de la production électrique photovoltaïque dans le Var, avec 103 centrales solaires construites en 11 ans, 115 000 m² de panneaux installés en toiture et 17 MWc de puissance cumulée. Mais pour industrielle qu’elle soit, sa logique d’entrepreneur l’a toujours conduit à prendre soin de ses collaborateurs et de son environnement, au sens large du terme.

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Pour lui, la responsabilité sociale des entreprises – la fameuse RSE – n’a jamais été un alibi commode. À l’image de la prose chez Monsieur Jourdain, il y a ceux qui en font sans le savoir et ceux qui en parlent sans en faire. Joël Oros appartient clairement à la première catégorie. Son engagement se traduit d’ailleurs en faits plutôt qu’en mots. Par exemple, tous les panneaux que Soleil du Sud pose sur les toits de Provence sont fabriqués en Europe et tous ses salariés sont en CDI depuis leur premier jour dans l’entreprise. Aussi, quand une vieille amie, Laurence Berlemont, est venue le voir début 2019 avec une nouvelle idée très « RSE », il lui a évidemment prêté une oreille attentive.

 

Un cercle vertueux, vert et bio

« Le concept qu’elle avait imaginé, raconte-t-il, c’était de salarier un maraîcher qui aurait pour mission de produire de la nourriture bio pour une collectivité, que ce soit une entreprise, un service public, un club de sport ou une maison de retraite. Que cela pourrait créer un cercle vertueux et remettre au goût du jour les vieilles valeurs qui ont de nouveau le vent en poupe comme le local, la culture sans produits chimiques, le lien social, l’effort collectif… »

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Au centre, Laurence Berlemont et Joël Oros

L’idée l’interpelle, mais pas au point de le séduire sans réserve. « Comme beaucoup, j’avais essayé le système des Amap, avoue Joël Oros. Je m’étais même inscrit à une ruche, mais ce n’était pas pratique pour moi, avec les horaires fixes pour venir chercher son panier. Quand on est chef d’entreprise, on n’est pas maître de son emploi du temps. » Mais le patron de Soleil du Sud perçoit tout de même l’originalité de la démarche et invite Laurence à présenter son projet devant les entrepreneurs de l’APM, Association Progrès du Management, dont il est membre depuis plus de 25 ans.

Encouragée par l’accueil réservé à son projet par cet aréopage, Laurence Berlemont lance dans la foulée sa propre boîte, Potagers & Compagnie, qui propose de créer des jardins d’entreprise gérés par un maraîcher salarié. Convaincu à son tour de l’intérêt de la démarche, Joël Oros sera le premier client de la petite start-up. « L’avantage que j’avais en tant qu’entreprise, c’était d’être installé à Rocbaron, un petit village dans la campagne. Et, en tant que patron, d’avoir chez moi un très grand terrain où installer un potager. » Sauf que sa terre est trop pauvre pour y faire pousser des légumes et trop chargée en pesticides viticoles résiduels pour espérer la cultiver en bio. « On a alors décidé d’installer 600 m² de grands bacs en douglas bio, on les a remplis de terre fertile et on y a planté une large variété de fruits et légumes en suivant les principes de la permaculture », détaille Joël.

 

Un panier bien rempli pour 15 euros

Soleil du Sud, l’entreprise qui nourrit ses salariés pour de bon 6C’était en novembre 2019. Trois mois plus tard, la production démarre, pile-poil au moment où la France se retrouve confinée à domicile. Et à partir de début juin, c’est l’explosion. « Tout au long de l’été, on a été noyés sous les tomates, les courgettes, les radis, les aubergines, les poivrons… explique Joël, encore surpris par la productivité de son potager. Aujourd’hui, poursuit-il, on a encore quelques légumes d’été, mais ce sont les choux, les blettes, les potirons et les salades qui ont pris le relais. » Pour 15 euros par semaine, lui et ses 16 salariés ont droit à un panier bien rempli que le maraîcher de l’entreprise leur amène sur place le vendredi après-midi. Sur chaque panier est mentionnée la valeur marchande de l’ensemble, au cours moyen du kilo relevé dans les magasins bio. « Comme ça, chacun peut mesurer l’intérêt d’avoir notre propre potager », souligne le patron, qui en a évidemment calculé le coût avant de se lancer. « Cela revient à l’entreprise 1000 euros par an et par salarié, soit peu ou prou le coût des tickets restaurant sur un an », indique-t-il. Avec, en plus, la satisfaction de manger sain et local. Et de faire des économies. « Depuis le mois de juin, je n’ai plus acheté un seul fruit ou légume en magasin », avoue Joël, qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Parmi les projets qu’il prépare pour les prochains mois, l’installation d’un poulailler, histoire de compléter les paniers avec des œufs bio, et la remise en état de son oliveraie de 60 pieds, pour produire une huile certifiée Soleil du Sud. Où on sait mieux qu’ailleurs ce que « gagner sa croûte » veut dire. ♦

 

Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « Alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *

 

Bonus [pour les abonnés] – Trophées – Diététique – Succès – Calendrier – Conversion –

Trophées – Même s’il assure ne pas courir derrière les honneurs, le patron de Soleil du Sud n’a pas manqué de présenter son potager d’entreprise aux divers challenges et concours qui récompensent chaque année les meilleures initiatives en matière de développement durable et de responsabilité sociale des entreprises. Soleil du Sud, l’entreprise qui nourrit ses salariés pour de bon 1Résultat : « on a gagné tous les trophées où nous étions engagés », avoue Joël Oros. Soleil du Sud a donc raflé le prix de l’éco-responsabilité des « Trophées régionaux des entrepreneurs positifs » décerné par la Confédération régionale des petites et moyennes entreprises (CPME Sud). Le 10 décembre, il recevra le prix RSE des « Trophées Top » organisés par le conseil départemental du Var et, un mois plus tard, c’est la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur qui lui remettra un Trophée RSE Sud PACA. Belle récolte, dirait le maraîcher de l’entreprise, qui en connaît un rayon.

Diététique – Outre ses projets de poulailler et d’oliveraie bio, Joël Oros et son associé, Marc Guillouet, souhaitent encore améliorer le rapport à l’alimentation de leurs salariés en faisant venir, dans les prochains mois, une diététicienne qui leur enseignera la micronutrition et les aidera à manger mieux. Avec les fruits et légumes de leur potager, ils disposent d’une bonne base de travail.

Succès – L’adhésion au potager d’entreprise n’est pas obligatoire chez Soleil du Sud, mais 70% des collaborateurs y ont souscrit d’emblée. Un très bon taux pour un début, selon son amie Laurence Berlemont, cofondatrice de Potager & Compagnie, mais un chiffre que le patron espère améliorer rapidement. « Nous sommes installés dans la campagne, à Rocbaron, et beaucoup de nos salariés ont eux-mêmes un potager chez eux », souligne Joël Oros, qui garde l’espoir de les rallier à sa cause. Il permet d’ailleurs à chaque employé de travailler dans le potager aux côtés de Renaud Dupuis, le maraîcher de l’entreprise, deux jours par an pris sur son temps de travail.

Calendrier – Pour cause d’épidémie, la saison 2021 du potager de Soleil du Sud n’est toujours pas précisément définie. Il va pourtant falloir décider très vite quelles variétés de fruits et légumes seront plantées et selon quel timing, car les commandes auprès des producteurs de jeunes plants se passent avant la mi-décembre. Maraîcher, c’est prévoir.

Conversion – C’est lorsqu’il a entendu parler pour la première fois du « jour du dépassement », cette date qui marque l’instant où l’humanité a fini de consommer les ressources que la terre est capable de produire reproduire en un an, que Joël Oros s’est converti aux principes du développement durable. C’était à l’occasion d’une conférence lors de son « certificat executive » chez HEC. Il dirigeait alors une filiale de Vinci Energie. Il a quitté le groupe en 2008 pour fonder, un an plus tard, Soleil du Sud, qui a couvert en 11 ans plus de 12 hectares de toitures avec des panneaux photovoltaïques, dont 30 000 m² pour le seul marché aux fleurs de Hyères. L’entreprise réalise 8,5 M€ de chiffre d’affaires annuel et poursuit sa croissance à un rythme élevé.

 

 

 

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