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Le Frioul débarrassé de 200 tonnes de plantes exotiques envahissantes

Par Agathe Perrier, le 7 décembre 2020

Journaliste

© ARBE Provence-Alpes-Côte-D’azur

[au fait !] Figuier de Barbarie, agave d’Amérique et luzerne arborescente prolifèrent sur le littoral marseillais. Des plantes exotiques envahissantes qui prennent la place des espèces locales et nécessitent des opérations d’arrachage. La dernière vient de se terminer au Frioul, avec 200 tonnes de végétaux déracinés et bientôt valorisés en compost.

 

Avant de vous laisser crier au scandale, je vous invite à (re)lire mon article sur ces opérations d’arrachage de plantes exotiques envahissantes, organisées dans le cadre du programme européen Life Habitat Calanques (bonus). Leur but est simple : déloger quatre spécimens non endémiques en Méditerranée – figuier de Barbarie, agave d’Amérique, griffes de sorcières et luzerne arborescente –, qui se développent très vite et nuisent à la biodiversité locale. Une des solutions consiste à les extirper du sol, non sans mal parfois du fait de leurs énormes racines.

La dernière opération en date a eu lieu à quelques encablures marines de Marseille. Sur l’île du Frioul, en contrebas de l’hôpital Caroline (bonus). Les entreprises Agir écologique et La compagnie des forêts, versées respectivement dans l’ingénierie et le génie écologique, ont été missionnées pour intervenir sur les falaises jonchées de ces espèces. Après deux mois les mains dans la terre, les équipes ont déraciné 200 tonnes de plantes exotiques envahissantes. Soit 440 sacs de déchets verts à évacuer par bateau vers le « continent ».

Programme LIFE Habitats-Calanques, gestion des Espèces Végétales Exotiques Envahissantes : Un petit aperçu du travail…

Publiée par AGIR écologique sur Vendredi 30 octobre 2020

Héliportage puis compostage

Un problème s’est alors posé : comment acheminer ces « big bag » des falaises jusqu’à l’embarcation ?« C’était impossible manuellement car ils pesaient chacun près d’une demi-tonne. On avait pensé à les tracter via une corde, mais le frottement sur le sol aurait abîmé la végétation », explique Cynthia Llas, coordinatrice du programme « Life » au sein de l’Agence régionale pour l’environnement et la biodiversité (ARPE-ARB). « On a évalué tous les enjeux et les contraintes (économique, écologique, de manutention). L’héliportage s’est révélé être la meilleure option », poursuit-elle.

C’est donc par les airs que les sacs ont d’abord été déplacés et regroupés. Camion et bateau ont ensuite pris le relais. Destination finale : Biotechna, à Châteauneuf-les-Martigues. Cette entreprise transforme les rémanents en compost dans des bâtiments. Cela permet d’éviter aux graines des plantes exotiques envahissantes de germer de nouveau. Et si tel est le cas malgré tout, les déchets repartent en compost jusqu’à ce que les tests de germination soient négatifs. « Il faut savoir que ces végétaux ont une résilience incroyable. Un bout de raquette de figuier de Barbarie peut redonner naissance à une tige, sans besoin de le mettre en terre », souligne Cynthia Llas. Les déchets verts récupérés dans le cadre du programme Life étaient jusqu’alors incinérés. Ils peuvent désormais être valorisés en attendant d’autres pistes encore dans les cartons (bonus).

© ARBE Provence-Alpes-Côte-D’azur
D’autres opérations à venir

Des arrachages seront menés dans les calanques de Marseille, à Sugitton et aux Pierres Tombées, d’ici quelques mois. Là encore par des professionnels puisqu’il s’agit de sites en falaise. Et des chantiers participatifs seront ouverts au grand public, comme c’est d’ordinaire le cas. Car l’une des missions du programme est d’y associer les particuliers pour les sensibiliser aux problématiques de la biodiversité locale. Le dernier remonte à la mi-mars, trois jours avant le premier confinement. Ils sont depuis stoppés jusqu’à nouvel ordre.

Autre action du programme : la replantation d’espèces méditerranéennes sur les lieux d’arrachage. L’équipe était convaincue que ça marcherait. Elle émet finalement plus de réserves aujourd’hui. « Très peu de plantes ont survécu. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait des pertes, mais on se demande si c’est pertinent de planter sans arroser régulièrement ni apporter trop de soin. Pour l’instant, on va continuer, mais peut-être laisser la nature agir seule par la suite », évalue Cynthia Llas.

Une option déjà choisie dans le passé et qui semble fonctionner. Sur l’île de Bagaud (Parc National de Port-Cros dans le Var) par exemple, deux ans après l’arrachage de tapis de griffes de sorcière, de nombreux spécimens endémiques sont réapparus sans l’aide de l’homme. « On pense qu’on obtiendra le même résultat au Frioul. On a déjà pu remarquer la présence de plantes méditerranéennes sous les exotiques arrachées », glisse l’experte pleine d’espoir. L’avenir nous dira si les naturalistes ont raison d’y croire. ♦

 

Bonus –
  • D’autres pistes de valorisation dans les cartons – Le compostage et l’incinération des déchets de plantes exotiques et envahissantes ont un coût financier, et même environnemental pour cette dernière. Il faut compter entre 50 et 80 euros la tonne traitée dans le premier cas et de 150 à 200 euros dans le second. D’où l’idée de réfléchir à divers moyens plus économiques de valorisation des rémanents. « Des designers de la fondation Luma seraient intéressés pour faire du textile à partir de feuilles d’agave. Un autre projet serait de fabriquer de l’alcool avec du cœur d’agave», expose Cynthia Llas. Des partenariats à concrétiser sans pour autant inciter à la création d’une filière économique.

 

  • Le projet européen LIFE Habitats Calanques (2017-2022) – Il a été mis en place par le Parc national des Calanques, en partenariat avec l’ensemble des acteurs du territoire et l’ARPE-ARB, avec l’objectif de protéger les habitats naturels du littoral. Un budget de 3,9 millions d’euros, financé à 60% par l’Europe, lui a ainsi été affecté. Les actions portent sur cinq enjeux, dont celui de la restauration des habitats littoraux perturbés par l’installation et le développement d’espèces végétales exotiques envahissantes.

 

  • L’hôpital Caroline, lieu de quarantaine au XIXe siècle – C’est un monument patrimonial et emblématique de l’île Ratonneau du Frioul. L’hôpital Caroline a été construit entre 1823 et 1828. Il a servi à accueillir les voyageurs arrivant à Marseille et mis en quarantaine, notamment lors de soupçons d’épidémie de fièvre jaune. En restauration depuis les années 1980, c’est Acta Vista qui s’en occupe depuis 2007. La particularité de cette association : les ouvriers sont des personnes en réinsertion qui se forment ainsi aux métiers du patrimoine. Nous vous avons d’ailleurs déjà parlé de cette structure ici.

 

  • À (re)lire : notre reportage sur les opérations d’arrachage de plantes exotiques envahissantes en cliquant ici.

Arracher les plantes exotiques envahissantes pour sauver la biodiversité

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