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Comment Lemon Tri dope l’insertion sociale grâce au recyclage

Par Paul Molga, le 18 décembre 2020

Journaliste

Cette entreprise de collecte et de valorisation des déchets d’entreprises a bâti un modèle d’économie circulaire qui donne leur chance aux exclus de l’emploi. Éprouvé en Seine-Saint-Denis, implanté depuis 2018 à Marseille, il y a séduit plus de 120 entreprises et zones d’activités. Il faut traverser les trottoirs désolés des puces sauvages de Capitaine Gèze pour rejoindre son entrepôt. Un rodéo automobile m’y a accueilli. Mais derrière les grilles, j’ai trouvé une éclaircie dans ce quartier qui attend sa mue.

 

Pas de répit pour le tri malgré la généralisation du télétravail dans les entreprises. « C’est même le contraire qui se passe », assure Chakila en déchargeant un des quatre camions qui revient de sa tournée quotidienne de récupération des déchets chez les clients de Lemon Tri. Après un temps d’insertion, cette mère de famille issue des quartiers nord de Marseille s’est vue proposer, à 63 ans, un CDI dans cette start-up de l’économie sociale et solidaire née à Paris, qui a choisi la cité phocéenne pour y installer sa première filiale régionale en 2008. Elle supervise les opérations logistiques conduites par une équipe issue, comme elle, des zones prioritaires de la ville.

 

Prime à la motivation et aux compétences personnelles

Comment Lemon Tri dope l’insertion sociale grâce au recyclage 1Ils sont aujourd’hui 5 sur les 13 collaborateurs de l’entreprise et bénéficient d’un CDDI (I pour Insertion) de 8 mois. Un cinquième de leur temps de travail est dédié à l’accompagnement socioprofessionnel, notamment pour la formation. À ce stade, c’est leur motivation et leurs compétences personnelles (les « soft skills ») qui sont mises à l’épreuve. Après leur passage chez Lemon Tri, à Marseille comme à Pantin, trois quarts de ces collaborateurs opèrent, selon l’entreprise, une « sortie positive » débouchant sur un CDI – souvent dans son réseau de clientèle – ou une formation qualifiante. En ce moment, l’un d’eux s’exerce par exemple au métier de grutier.

 

CMA CGM, Haribo, Ricard…

Le travail, donc, ne manque pas. « Nos camions tournent trois fois par jour, cinq jours par semaine pour collecter sur sites gobelets, bouteilles plastiques, canettes, papiers, tonner d’imprimantes, piles, ampoules et autres capsules », détaille Guillaume Pellegrin, responsable de la plateforme. Au total, ce vaste entrepôt de 1 500m2, idéalement situé en bordure de la zone franche où sont installées des centaines d’entreprises, reçoit les déchets de plus de 120 clients. De grands groupes y figurent, comme CMA CGM, Haribo, Ricard, mais aussi des espaces de coworking, des supermarchés et des zones d’activités comptant chacune des dizaines de sociétés, telles les Aygalades à Marseille, et le Parc du Golf à Aix-en-Provence. À réception, les matériaux sont pesés, triés, compressés et conditionnés pour être directement exploitables par les filières de revalorisation qu’elle a identifiées.

Des masques chirurgicaux recyclés en vêtements de sport

Comment Lemon Tri dope l’insertion sociale grâce au recyclage 2Dans l’Ain, Lemon Tri livre par exemple des masques chirurgicaux à base de polypropylène qui sont recyclés dans la fabrication de vêtements de sport techniques. Les tasses à café et les gobelets en papier ont trouvé preneur chez le papetier Wepa Greenfield. Les canettes de soda, chez le producteur de lingots d’aluminium Sadillek.

« Nous pilotons sans intermédiaire la politique déchets de nos clients, jusqu’à intervenir sur la réduction des gisements à la source », poursuit Guillaume. Dans le hangar où il les invite à visualiser concrètement la logistique, un showroom montre l’étendue des moyens déployés : poubelles spécifiques à chaque déchet, messages de sensibilisation ciblés, exemples de valorisation… « Nos audits permettent d’identifier là où des campagnes de sensibilisation ont le plus de chance d’avoir du succès, là où se nichent les erreurs de tri, là où performer sur la collecte. Notre objectif est de gagner la confiance des consommateurs dont beaucoup ont été échaudés par le manque de transparence des filières de récupération historiques », plaide le responsable.

 

Le projet d’un espace partagé, dédié à l’économie circulaire

L’activité est porteuse : malgré la crise sanitaire, Lemon Tri a réalisé 4 millions d’euros de chiffre d’affaires avec un rythme de croissance de 15%. L’ensemble du groupe intervient auprès de près de 500 clients en opérant environ 80 collectes quotidiennes, et un tiers de cette activité est désormais réalisée à Marseille. Cette montée en puissance s’accompagne de « rapprochements écosystémiques ». À l’étroit dans cette location éphémère, Lemon Tri prévoit de déménager dans un espace dix fois plus grand qui impliquera d’autres acteurs de l’économie circulaire et inclusive. Baptisé Le Phare, il jouera les complémentarités avec des associations et entreprises opérant dans le recyclage des décors de spectacle, le compostage des déchets ménagers, la récupération des déchets marins ou encore la valorisation de chantiers de démolition. Guillaume Pellegrin l’assure : « C’est un collectif surperformant dans l’économie circulaire qui est en train de voir le jour ». ♦

 

Bonus
  • Chiffres clés du recyclage des emballages ménagers en 2019 – Estimé à 70% fin 2018, le taux de recyclage des emballages ménagers a été révisé à 68% en 2019. Une variation qui s’explique par la hausse de 79 000 tonnes des mises en marché de verre, liée principalement aux consommations pendant la Coupe du monde de football. L’estimation réalisée à fin 2019 voit repartir le taux de recyclage à la hausse, de 68% à 70%.

Comment Lemon Tri dope l’insertion sociale grâce au recyclage 3 L’augmentation des tonnes recyclées enregistrée en 2018 se poursuit en 2019, avec 104 000 tonnes de plus, pour des mises en marché stables. Tous les matériaux d’emballage progressent : +3 points de recyclage pour l’aluminium, +3 pour les papiers-cartons, +2 pour les plastiques au global, dont +3% pour les bouteilles et flacons qui atteignent 61% de taux de recyclage. Cette progression s’explique par le renforcement du geste de tri grâce à l’amélioration constante du dispositif de collecte, la simplification du geste de tri et les actions de mobilisation auprès des citoyens. Davantage de données avec cette étude signée Citeo.

 

 

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