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Superquinquin à Lille : l’épicerie où le client est à la fois acheteur et vendeur

Par Régis Verley, le 5 janvier 2021

Journaliste

Au large dans ses 400 m2, le nouveau « Superquinquin » vient d’ouvrir sur la rue principale de Fives, quartier populaire de la périphérie lilloise. Mais au lieu des réclames et promotions habituelles, la vitrine de la supérette affiche sa spécificité : « supermarché participatif et coopératif ». Chaque jour, environ 40 bénévoles s’y relaient pour faire tourner la boutique.

Superquinquin à Lille : l’épicerie où le client est à la fois acheteur et vendeur 1À l’intérieur, Sylvie, retraitée, tient la caisse. Dans la chambre froide, une autre bénévole découpe et pèse les fromages. Arnaud, intermittent du spectacle, est occupé à remplir les rayons. Pauline, comptable dans une start-up lilloise s’est, elle, inscrite dans l’équipe des administratifs. Elle attend l’inventaire. Pendant une journée de janvier un renfort de volontaires a été convoqué pour vider et noter les rayons avant qu’elle puisse attaquer les comptes 2020. Le slogan « Superquinquin : le supermarché dont tu es le héros » est donc parfait !

Tous font partie du millier de coopérateurs-acheteurs-vendeurs de ce supermarché pas comme les autres. Clients, ils sont d’abord coopérateurs et ont dû, pour accéder aux rayons, acquérir des parts sociales. 100 euros de participation de base, mais seulement 10 euros pour les étudiants et les allocataires sociaux. Chacun doit encore s’inscrire sur le planning pour consacrer au moins trois heures chaque mois à la gestion du magasin, tour à tour caissier, magasinier, affecté au rayon fromage ou à la pesée des légumes.

Chaque jour, environ 40 bénévoles se relaient pour faire tourner la boutique. « Avec le temps, note Nicolas Philippe promoteur et directeur, nous avons constitué des équipes de gens qui se connaissent, se relaient et s’échangent les rôles ». Bien souvent dans la bonne humeur. C’est souvent d’eux que viennent les initiatives, les idées nouvelles, les animations et les projets. Le chiffre d’affaires est en hausse à 1,2 million d’euros, malgré le Covid.

 

Un garage pour démarrer, 400 m2 aujourd’hui 

Superquinquin à Lille : l’épicerie où le client est à la fois acheteur et vendeur 2Superquinquin a donc fêté sa troisième année d’activité dans son nouveau local. Ce plateau de 400 m2 permet aujourd’hui l’installation de rayons et de présentoirs commodes et aérés, où les clients peuvent gérer les achats sans stress ni bousculade. L’expérience a débuté dans un simple garage, repeint et remis à neuf par les bénévoles coopérateurs, mais où les conditions étaient plus sommaires. Malgré l’inconfort, plus de 600 coopérateurs se sont inscrits et ont prouvé la viabilité de l’expérience. Lorsque l’opportunité d’achat d’un magasin à surface plus importante, bien situé au cœur du quartier, s’est présentée, la majorité des coopérateurs s’est déclarée favorable. Il a fallu réunir les 1,2 million d’euros nécessaires à l’achat et à l’aménagement. Ce qui n’était pas une mince affaire. « Nous avons eu du mal à convaincre les banques. Nous sommes liés par des prêts sur dix ans ce qui est lourd, mais par chance nous avons pu faire appel à des financements solidaires. Nombre de coopérateurs ont répondu et nous avons réuni un capital de 350 000 euros comme premier apport. Sans cela nous n’y serions pas arrivés ». La coopérative est aujourd’hui en dette vis-à-vis de ses souscripteurs : « Après cinq ans, nous commencerons à rembourser, mais cela nous aura évité une trop lourde charge au moment de l’installation ».

Dans un espace adapté, avec pignon sur une rue passante, la coopérative peut connaître un développement. « Nous sommes à ce jour 1 300 coopérateurs, nous espérons en avoir 1 500 bientôt, ce qui nous permettra d’atteindre le seuil de rentabilité ».

Le « Superquinquin » lillois emprunte au modèle de la « Louve » à Paris, elle-même dérivée du « Park Slope Food » à New York . Ce sont les clients qui sont propriétaires selon les principes de la coopérative, mais ils en sont également les employés, permettant ainsi de réduire les frais de fonctionnement. « Nous sommes à 15 ou 20% moins cher que dans un commerce traditionnel, note Nicolas Philippe. Nous nous fixons une marge de 20% sur les produits ce qui, avec l’apport des bénévoles, nous permet d’assurer les frais de fonctionnement ». Après trois ans d’exercice, le seuil de rentabilité est proche : « Nous ne sommes pas encore bénéficiaires mais nous ne sommes pas loin de l’objectif que nous nous sommes fixé, soit 180 000 euros de chiffre d’affaires par mois ».

Reste que, comme partout, l’année 2020 a été difficile même s’il a été possible de tenir le magasin ouvert pendant toute la durée du confinement.

 

Une consommation responsable

Superquinquin à Lille : l’épicerie où le client est à la fois acheteur et vendeur 3Cinq salariés assurent la permanence de l’activité. Ils gèrent les achats principalement auprès d’une soixantaine de fournisseurs. Une tâche qu’il est difficile de concéder à des intermittents. « Un seul de nos rayons est autogéré, c’est celui du vin, où trois bénévoles se relaient. Nous avons donné notre accord en précisant qu’il ne s’agissait pas seulement de rencontrer les producteurs et de courir les dégustations, mais qu’il fallait assurer le suivi des commandes, la réception et la mise en rayon. Et ça marche ». Sur les autres produits, ce sont les bénévoles qui sur leurs trois heures mensuelles assurent la mise en rayon, la vente et la facturation sur le trio de caisses installées au cœur du magasin, où se relaient caissières et caissiers improvisés.

Bien sûr la coopérative est forte de ses adhérents. Les commissions œuvrent dans l’ombre pour les achats, le test des produits, l’animation et la communication. Le client-coopérateur a son mot à dire sur les achats. Ici, pas de tête de gondole, pas de promotions, par d’achats d’impulsion. La coopérative respecte les principes dictés par ses propriétaires : des produits locaux chaque fois que c’est possible et dans le respect des principes éthiques. « Nous ne voulons toutefois pas privilégier le bio. Pour nous, ajoute Nicolas Philippe, ce qui compte c’est de donner le choix à chacun. Autant que possible nous proposons côte-à-côte le produit classique et le bio. C’est au consommateur et non à nous de décider ce qui est bon pour lui ». Sur chaque produit, la transparence est une règle incontournable. « Nous n’avons pratiquement pas d’invendus, lorsqu’il nous reste des produits frais sur les bras, un simple appel aux coopérateurs suffit en général à les écouler. »

 

Principal commerce plutôt que commerce d’appoint

Superquinquin à Lille : l’épicerie où le client est à la fois acheteur et vendeur 4Le confinement de 2020 a sensiblement freiné l’évolution qu’on aurait espéré plus rapide. « Nous sommes reconnus commerce essentiel, et donc nous avons pu rester ouvert, mais avec le confinement, il a été difficile de faire appel aux bénévoles, raconte Nicolas Philippe, et durant le premier confinement ce sont les salariés qui ont assuré l’accueil. Pour le deuxième, les bénévoles ont répondu présents, mais c’est un peu plus compliqué à gérer ». Après le « trou » du premier semestre, le chiffre d’affaires est reparti à la hausse. « Non seulement le nombre des coopérateurs est en progression, mais nous voyons que le panier moyen augmente régulièrement, ce qui démontre que le supermarché n’est plus utilisé en appoint, mais devient le principal fournisseur de denrées pour un grand nombre d’usagers ».

Une opération « portes ouvertes » organisée en septembre à la rentrée a attiré plusieurs centaines de nouveaux clients. En majorité des habitants du quartier venus en curieux découvrir ce magasin pas comme les autres. « C’est intéressant, estime le directeur. On nous accuse d’être des bobos-écolos, mais nous nous enracinons dans un quartier populaire. Nous ne visons pas la clientèle des hyper traditionnels mais nous voulons être lieu d’accueil pour tous ceux qui s’intéressent à une consommation responsable ».

Voilà pourquoi, à côté de la vente proprement dite, la coopérative et ses diverses commissions proposent des animations, des réflexions autour de la nourriture, des échanges, des pots d’accueil et des rencontres avec les producteurs. Au fond du nouveau magasin, une porte donne sur un jardinet encore en friche. Un futur bar occasionnel ? Toute proposition qui renforcerait les liens entre coopérateurs sera bienvenue ! ♦

 

Bonus

  • Le Superquinquin mode d’emploi – Devenir sociétaire est une obligation : montant minimum dix parts soit 100 euros ou une part soit 10 euros pour les étudiants et les allocataires sociaux. Valable à vie et remboursable en cas de sortie de la coopérative. Il faut assurer 3 heures de service toutes les 4 semaines. Participer à la vie de l’entreprise et de son conseil de gouvernance. Un membre = une voix.

 

  • À Paris, la Louve premier supermarché coopératif de France fonctionne avec 3 000 souscripteurs. Il est devenu bénéficiaire avec un chiffre d’affaires de 7,2 millions d’euros en 2019. À New York, le Park Slope Food ouvert en 1970 est l’ancêtre et le modèle des supermarchés coopératifs avec 18 000 membres actifs.

Super Cafoutch en mode coopérative

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