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À Marseille, l’économie circulaire a son premier QG

Par Guylaine Idoux

Journaliste

Au rez-de-chaussée, l’espace commun en travaux. À terme, il sera la vitrine des savoir-faire de chacun.

Un monde meilleur à tous les étages, grâce à l’économie circulaire ? Fédérées par Synchronicity, quinze structures -dont Marcelle- ont emménagé dans deux immeubles au cœur de Marseille. Recyclage, traitements des déchets, lutte contre la pollution, journalisme de solutions… Chacun poursuit son activité propre, avec l’ambition de coopérer sur des projets de plus grande ampleur.

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Marseille : L’économie circulaire a son premier QG 4
L’un des témoignages d’un passé fastueux : un angelot portant la rambarde de l’escalier principal (c) GI

Une grande cuisine en sous-sol. Hier, les employés de maison y œuvraient au seul régal des riches familles qui vivaient là. Aujourd’hui, c’est économie circulaire au menu. Dans la salle à manger commune, ça parle «mobilité décarbonée», «hub cyclo-logistique» et «leadership environnemental». Vous n’y comprenez rien? A vrai dire, au début, nous non plus. Mais Marcelle a désormais ses bureaux ici. Alors nous sommes, nous aussi, régulièrement autour de la table. Les discussions s’y croisent et s’entremêlent. Les explications aussi. Et puis, pourquoi pas, des projets communs. « C’est le principe d’un tel lieu, rappelle Vincent Gay, initiateur du projet avec Maxime Ducoulombier. Permettre à de petites structures de tous bords de coopérer, pour prospérer à long terme ».

Ici, aucune réunion obligatoire mais des relations qui se tissent au fil des espaces partagés selon les besoins. Certains bureaux abritent une seule entité. D’autres sont en coworking, adaptés aux petites structures. Tout le monde partage la cuisine (au sous-sol), la salle d’exposition (au rez-de-chaussée), la salle de réunion (au 1er)… Étagé sur 600 m2, relié par un entrelacs d’escaliers, l’ensemble respire la splendeur fanée. Des stucs surgissent sous les faux plafonds 1970. Un angelot veille à côté de la cage d’ascenseur. Une marqueterie apparaît sur un sol en marbre.

 

[à lire aussi : « Maxime Ducoulombier, fédérateur de la cause environnementale »]

 

Même lieu, même vision

Et voilà les deux bâtisses désormais bien réveillées par les structures installées ici depuis décembre 2020. Elles partagent aussi – et surtout- une même vision, celle d’un avenir durable. Principaux leitmotivs ? Optimisation de la gestion des déchets, développement du circuit court, mobilité décarbonée et coopération des acteurs.

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Le bureau de 1 Déchet par Jour, où transitent jusqu’à 15 à 20 bénévoles (c) Un Déchet par Jour

En fait, certains occupants sont déjà bien connus dans le petit monde de l’économie circulaire. A commencer par 1 déchet par jour et ses actions de sensibilisation aux détritus sauvages. Aircarto et ses capteurs open source pour mesurer la qualité de l’air. Recyclop et ses mégots transformés en source d’énergie. Yoyo et ses systèmes de consignes positives. Soft Mobility et ses flottes partagées de vélos électriques. Et puis nous, Marcelle, le média innovant qui zoome sur les actions utiles à la société…

Au total, ce « QG » (c’est son nom) rassemble plus d’une cinquantaine de personnes, fédérées à l’initiative de Synchronicity, une SCIC créée le 30 septembre 2020 par le duo Ducoulombier-Gay, à l’origine du lieu. L’objectif de Synchronicity : être « catalyseur d’économie circulaire ». Montée en quelques mois seulement, le QG en est un premier exemple abouti.

 

De l’espace pour grandir
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Vincent Gay, cofondateur, avec Maxime Ducoulombier, du QG de l’économie circulaire de Marseille. Leur bureau est l’ex- siège de campagne de Jean-Luc Mélenchon. @GI

Pour mieux comprendre, revenons aux débuts de l’histoire. Que faire de ces deux bâtiments au cœur de la ville, rachetés par l’Établissement Public Foncier (EPF), en attente d’une nouvelle destination ? Synchronicity convainc l’organisme public de les lui confier temporairement (au moins deux ans tout de même). En échange de ce bail dit précaire, les prix restent bas. Ils sont accessibles à des initiatives éparses, certaines encore balbutiantes.

Ici, elles trouvent de l’espace pour grandir. Avec le QG, et son « écosystème », elles ont aussi la possibilité de coopérer à des projets plus ambitieux. Qu’elles n’auraient pu gérer seules. « Nous remercions Claude Bertolino, la directrice de l’EPF, de sa confiance, salue Vincent Gay. Avec ces compétences rassemblées, nous pouvons répondre à des appels d’offres beaucoup plus importants ». Dans cette optique, « Synchronicity » est une sorte de chef d’orchestre. Règle de base : joue qui veut.

 

Des outils communs
À Marseille, l’économie circulaire a son premier QG
les Earthship Sisters sur le point de métamorphoser leurs bureaux

Et beaucoup le veulent ! La vision, la convergence (et les tarifs) séduisent. Mais aussi le parfum de liberté qui flotte à tous les étages: « Ce qu’on fait du lieu appartient à tous. Cet esprit nous plaît beaucoup », résume Alexandre Mounier, président de 1 Déchet Par Jour (voir nos bonus). Alexandre fut l’un des premiers à répondre à l’appel de Synchronicity. Depuis, il reste l’un des plus actifs quand il s’agit de rendre les lieux plus compatibles à une vie de bureau. Réglage du wifi, récupérer des meubles de bureau, repeindre… Tout est à faire. Comme Vincent et Maxime, Alexandre donne de son temps sans compter.

Très vite, les quatre étages se remplissent. « Notre équipe grandissait. Nous avions besoin d’un bureau, explique Deborah Pardo, de Earthship Sisters (voir nos bonus). « Parmi plusieurs lieux, nous avons choisi celui-ci pour sa dynamique très hétérogène. Les défis du futur seront très complexes. Nous ne pourrons les surmonter qu’en coopérant avec des gens qui partagent notre vision du monde, qui ont des approches complémentaires et qui ont la même vibe ».

Les outils aussi sont communs : au rez-de-chaussée, une imprimante 3D sera à disposition, bien utile, entre autres, à Paul Vuarambon, d’Aircarto (voir nos bonus) : « Ici, nous pourrons recevoir du public et organiser des ateliers de construction de nos capteurs de qualité d’air en open source ». À ses côtés, une autre jeune pousse, Aircitoyen, un peu moins avancée. « Nous partagerons nos locaux pour qu’elle puisse décoller tranquillement ».

 

Microclimat marseillais
Marseille : L’économie circulaire a son premier QG 1
Economie circulaire toi-même : des meubles récupérés ici et là ont permis d’équiper le QG en quelques jours (c) GI

De fait, d’autres se sentent pousser des ailes, tel Éric Brac de la Perrière, le créateur de l’application Yoyo (voir nos bonus) : « On avait déjà des synergies avec Max et sa bande : la rue de la République Zéro Déchet, des ateliers dans les écoles… Avec sa concentration unique d’acteurs, ce lieu nous donne encore plus d’inspiration. Nos structures sont légères, nous sommes très réactifs, agiles, prêts à dire « Ok, on y va ».

Pour Xavier Corval, le fondateur d’Eqosphère (voir nos bonus), la réussite du QG devrait aussi beaucoup à une sorte de microclimat marseillais, une sociabilité qui, selon lui, allie les sphères professionnelles et amicales comme il l’a rarement vu ailleurs. « J’ai vécu dans plusieurs pays et c’est l’une des premières fois que je trouve une telle sociabilité, à la fois amicale et professionnelle. Le QG en est le meilleur exemple ».

Ainsi, pour sa première réunion plénière, ce vendredi, le QG fait carton plein. Aucune structure n’a voulu manquer le rendez-vous. Synchronicity invite chacune à se présenter à celles qui ne les connaîtraient pas encore. Et plus si affinités. ♦

 

Bonus – Parmi les occupants du QG :

  • Synchronicity – Le catalyseur de l’économie circulaire et de la mobilité, créé par Vincent Gay et Maxime Lecoulombier. Son portrait dans Marcelle, à lire ici.

 

  • AirCarto – Ce projet citoyen propose à tous d’aider à mesure la pollution de l’air avec des capteurs en open source.

 

  • Earthship SistersCe centre de formation pas comme les autres -en partie sur un bateau- accompagne les femmes portant un projet environnemental.

 

[lire aussi : « Au nom du fils », un portrait de Georges-Edouard Legré, un des pères fondateurs de 1 déchet par jour]

 

  • Eqosphere – Une start-up spécialisée dans la lutte contre le gaspillage (alimentaire mais pas que), de la réduction à la valorisation.

 

  • Recyclop – Collecte et revalorisation des mégots en circuit court en local.

 

  • Soft Mobility CompanyIssue d’Aix-Marseille Université, cette start-up promeut les mobilités douces et durables, à commencer par le vélo électrique.

 

  • Yoyo – Cette plateforme récompense le tri (bouteilles et flacons en verre), en particulier dans les quartiers populaires.