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La souffrance étudiante se manifeste

Par Guylaine Idoux

Journaliste

[au fait !] Un manifeste pour témoigner de la souffrance des étudiants ? Lancé en janvier sur les réseaux sociaux, il a eu des vertus thérapeutiques.

 

Elles n’en pouvaient plus : « On a réalisé qu’il y avait une détresse généralisée autour de nous, en médecine, aux Beaux-Arts, dans des écoles d’ingénieurs… Partout, des étudiants disaient avoir l’impression de ne pas compter dans la gestion de la crise », se souviennent Anouk Ampe et Clara Porter, toutes deux étudiantes en 4e année à Sciences-Po Aix.

Alors, voilà quelques semaines, les deux jeunes femmes ont lancé un « manifeste  de témoignage participatif » sur les réseaux sociaux. C’est une sorte de cahier de doléances , où chaque étudiant peut évoquer sa souffrance liée à la fermeture des facs au temps du Covid.

 

Plus de 160 témoignages

Clara a écrit le premier message : « [Avec la fermeture des universités], j’ai développé des comportements insomniaques dont j’ai peur de ne jamais me débarrasser. Constater que des milliers de jeunes de mon âge ont le désespoir pour seul horizon me révolte. Je veux que nous retrouvions une voix au milieu d’un chaos sanitaire qui n’en finit pas. »

 

Souffrance étudiante Covid confinement
Depuis le mois d’octobre dernier, ce genre de cours, en présentiel, n’a plus lieu (DR).

Très vite, ce manifeste de la souffrance étudiante prend de l’ampleur, plus de 160 témoignages aujourd’hui. Partout en France, de semblables initiatives naissent au même moment. Les lire est éprouvant, l’ensemble dessinant la souffrance des étudiants heurtés par les conséquences sanitaires du Covid. Ils devraient être en train de vivre des années enrichissantes, épanouissantes, joyeuses.

 

Un double effet thérapeutique

Or, ce manifeste devient celui de la souffrance étudiante. Ils parlent « crises d’angoisse », « perte de motivation », « envie de tout quitter », « insomnies », « troubles anxieux généralisés », « désespoir », « disparition d’ambitions »… La suite de témoignages est un crève coeur . C’est une plongée dans un monde étudiant désespéré d’avoir perdu tout contact direct avec ses pairs, et avec ses professeurs.

Maigre consolation : « Ce manifeste a eu un double effet  thérapeutique, à l’écriture et à la lecture, assurent les deux étudiantes. Cela nous a rassuré de voir que nous n’étions pas seules. Mais cela nous a bouleversées de voir autant d’étudiants en détresse ».

 

Maintien du cap sanitaire

Aujourd’hui, elles espèrent surtout des mesures, dont la réouverture des facs en présentiel, « a minima une semaine sur deux ». Pour l’instant, le gouvernement conserve le cap de la priorité sanitaire.

Seule une journée en présentiel a été annoncée, pour les premières années. Autres mesures : des repas à 1 euro dans les restos U et la mise en place de chèques psy. C’est maigre. Mais elles ne perdent pas espoir : « Quand on voit les magasins bondés, on se dit que c’est injuste de ne pas pouvoir retourner en cours, dans le respect des gestes barrières ». Message transmis. ♦

 

Bonus

(Re)lire notre article La détresse psychologique des étudiants