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Covid : quand la France snobe les savoir-faire de Marseille ! #2

Par Olivier Martocq

Journaliste

Nathalie Hagege présente son biocide et ses masques

Ce deuxième focus concerne une société privée spécialisée dans les biotechnologies appliquées aux textiles. À Marseille, Proneem a en effet mis au point une technologie qui détruit le virus du Covid présent sur les tissus comme sur les masques. Informé de cette découverte, le gouvernement préfère attendre que son fournisseur habituel trouve la parade… qui ne sera pas homologuée avant juin !

Notre premier volet concernait le bataillon des marins-pompiers rattaché au ministère de la Défense et plus spécifiquement à la Marine nationale. Une entité publique reconnue et louée pour ses interventions. Ce qui n’empêche cependant pas l’ostracisme sur la méthode qu’il a déployée pour anticiper les évolutions locales de la pandémie de Covid.

 

 

Là encore, je ne me suis pas retrouvé en terre inconnue quand un communiqué de presse m’a informé d’une nouvelle technologie appliquée aux tissus qui permettait de limiter la transmission de la Covid par le contact. Car j’avais déjà effectué un reportage chez Proneem en février 2019… La société marseillaise était à l’époque le seul laboratoire au monde à avoir décroché une AMM (autorisation européenne de mise sur le marché) pour un produit 100% naturel destructeur d’acariens et autres punaises de lit. Quatre années d’instruction avaient été nécessaires pour obtenir ce précieux sésame européen. Un long combat administratif avait précédé, nourri d’une centaine d’études et publications. Mais l’enjeu était de taille car, avec cet agrément, sa palette de traitements s’apparente désormais à la famille des médicaments.

 

Un agent actif qui détruit la membrane de la Covid-19
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Fabio Puga de Freitas, ingénieur-chimiste en charge de la recherche @Proneem

Forte de cette reconnaissance et des technologies mises au point pour tuer les insectes qui s’attaquent à l’homme, Proneem se lance dans la recherche d’un agent actif conte le SARS-CoV-2. Car aux yeux des chercheurs de son laboratoire, ce n’est qu’un nano-insecte de plus. L’objectif est de détruire le virus lorsqu’il est présent sur une surface, afin d’empêcher sa transmission par le contact. Or, les ordres et contrordres des autorités de santé sur le port du masque illustrent à quel point le sujet est sensible. En France, le dernier en date concerne les écoliers et l’interdit des « masques maisons ». Tandis qu’aux États-Unis, les autorités sanitaires préconisent désormais d’en superposer deux !

 

Un actif 100% naturel

Concernant la transmission, les académies de médecine sont au moins d’accord sur un point. Le fait de toucher son masque, puis ensuite de porter sa main à son nez ou à sa bouche augmente le risque, pour peu que l’on ait croisé une personne positive. « On a travaillé sur un actif dérivé d’argent donc 100% minéral naturel », explique Fabio Puga de Freitas l’ingénieur chimiste en charge de la recherche chez Proneem. Le scientifique parvient à se faire comprendre des néophytes en employant des mots simples et des images fortes. « On imprègne au cœur des textiles les fibres avec une solution de microcapsules. Au contact du virus, elle interagit avec sa membrane et la déstructure. Le virus meurt ! »

Des tests ont été faits sur les tissus pour savoir la durée d’efficacité de l’agent actif et sa résistance aux lavages. « On a été au-delà de cinquante lavages à 60°. Il n’y a eu aucune déperdition », affirme Fabio Puga de Freitas.

 

Pas la moindre preuve d’intérêt pour « Viral Stop »
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Spray et masques Viral Stop en vente sur le site de Proneem

Voilà pour « l’invention » baptisée « Viral Stop ». Elle est importante car elle limite la contamination du virus par contact indirect. La période d’essais terminée, Proneem a fait connaître courant novembre le résultat de ses recherches aux différentes administrations compétentes. Aucun retour ! Aucune marque d’attention ! « Ce type de recherches est très encadré. Il y a des normes internationales ISO qui ont déterminé ce qu’était un tissu antiviral. Il y a des tests effectués dans des laboratoires labellisés qui disent quand un tissu est antiviral ou quand il ne l’est pas », analyse froidement Nathalie Hagege, la fondatrice de Proneem.

Et cette docteure en biologie d’expliciter une méthodologie longue, qui passe par des étapes très structurées et documentées. « On prend une charge virale importante, on la met sur un tissu traité et un tissu non traité. Puis on récupère la charge virale après des temps d’exposition établis et on la met dans des conditions d’infection avec des cellules humaines pour voir si le virus est capable d’infecter ou pas la cellule humaine », détaille la scientifique. « Notre traitement Viral stop a passé toute cette phase de tests avec succès. Au bout de 15 minutes, on constate 97% d’efficacité sur le virus qui meurt. Et au bout de 30 minutes 100% du virus a disparu, comparé à un tissu non traité ». 

 

Une méthodologie très encadrée

En France comme en Europe, les biocides sont encadrés par des règlements qui normalisent et standardisent. Proneem est une société spécialisée dans le tissu fonctionnel, « le tissu intelligent ». C’est même devenu une référence depuis la découverte puis le développement de nouvelles technologies qui débouchent sur des produits antiacariens, anti-punaises de lit, anti-moustiques. « On est reconnu sur ce métier pour l’innocuité de nos produits sur les humains. Et, au-delà, pour l’environnement », poursuit Nathalie Hagege. Et de préciser que Proneem ne fabrique pas de tissus et que son traitement contre la Covid est à la disposition des fabricants de tissus ou de masques. « Nous avons sorti une série de masques sous notre marque, juste pour le faire savoir. Mais notre métier est d’inventer des process pour les tissus pas de les fabriquer ».

 

 

Un fournisseur de l’armée en passe de remporter la mise ? 
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Viral Stop équipe bien sûr les marins-pompiers de Marseille

Depuis le 11 février, l’information fait le tour des rédactions. Paul Boyé Tchnologies est un fabricant de tenues de protection pour l’armée et la police qui a réalisé 60 millions de masques FFP2 et chirurgicaux depuis le début de l’épidémie. Il vient de concevoir un masque biocide testé avec succès contre une souche du coronavirus par la DGA (Délégation générale à l’armement). Ce masque sera commercialisé d’ici juin quand les tests d’innocuité seront terminés.

La seule évocation d’un test réalisé par un service de l’État a propulsé le fournisseur de tissu de Labarthe-sur-Lèze en Haute-Garonne à la Une des médias français. Et ce, alors que son produit n’a même pas encore reçu une autorisation de mise sur le marché. « Il n’aura pas répondu à la batterie de tests que nous avons passé avant juin. Notre produit est disponible pour tous les fabricants qui le souhaitent. Il peut sauver des vies. Ralentir la diffusion de la pandémie. Encore faut-il qu’il reçoive l’onction des pouvoirs publics ». Deux poids deux mesures qui excède Nathalie Hagege. « La réalité c’est qu’être Marseillais aujourd’hui constitue un frein au niveau du lead national ! » ♦

 

*  La data au secours de la biodiversité 7 Le CEA Cadarache parraine la rubrique « Recherche» et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus
  • Une start-up israélienne n’a pas connu l’omerta dont est victime la start-up marseillaise !Sonovia fabrique un masque biocide depuis la mi-2020 en intégrant dans le tissu, grâce à des ondes sonores, des nanoparticules d’oxyde de zinc qui éliminent 99% des virus et des bactéries.