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Hub.cycle : un Tinder pour les déchets des industries

Par Maëva Gardet Pizzo, le 15 février 2021

Sous la coquille de la fève de cacao, une pellicule hyper puissante en arômes © Hub.cycle

Les usines propres carburent au dioxyde de carbone 5

Julien Lesage est un des 9 speakers de l’édition 2021 du TEDx Canebière, dont Marcelle est partenaire.

À Avignon, Julien Lesage a créé Hub.cycle, une plateforme qui permet de valoriser des déchets (épluchures de fruit par exemple) en les mettant à disposition d’autres industries grâce au recyclage. Après quatre années de mise en place, le dispositif va pouvoir passer à la vitesse supérieure. Et ainsi prouver à chacun que la lutte contre le gaspillage n’est pas qu’une contrainte, mais bien une opportunité.

Écorce d’orange fraîchement pressée recherche tisane à parfumer. Mais elle finira très probablement à la poubelle, comme 10 autres millions de tonnes d’aliments produits annuellement en France pour la consommation humaine.

D’après l’ONU, la moitié des fruits et légumes se perdent entre la ferme à l’assiette. Pourtant, selon la même organisation, il faudrait augmenter de 70% la production agricole d’ici 2050 pour nourrir les 9 milliards d’habitants que comptera la planète. Avec les conséquences environnementales que l’on devine : tensions sur l’eau, déforestation, pollution. L’équation est complexe, et la lutte contre le gaspillage apparaît comme une clé majeure pour la résoudre. Reste à la penser et à l’organiser, au-delà d’initiatives individuelles.

 

Un « matching » pour donner une seconde chance aux déchets des industries

C’est dans cette démarche que s’inscrit le projet Hub.cycle (ex GMR), construit par Julien Lesage. En 2015, alors qu’il poursuit un master de chimie en ingénierie des cosmétiques, il effectue un stage au sein d’une parfumerie grassoise et l’idée commence à germer.
« Quand on fait un parfum, on n’utilise qu’une petite partie des molécules d’un produit. Je me suis dit que dans ce qu’il en reste -les déchets- il y a peut-être des choses qui pourraient intéresser d’autres industriels ». Et d’illustrer : « Avec la peau de citron, on peut faire des arômes pour l’agroalimentaire. L’eau de cuisson des pois chiches est utilisée dans les sphères véganes pour confectionner des mousses au chocolat. Autre exemple : quand on utilise une fève de cacao, on retire une pellicule qui est hyper puissante en arômes. »

Au terme d’une première phase d’identification des gisements (synonyme optimiste de déchets), Julien Lesage se convainc du potentiel d’un tel projet et se lance. À partir d’une base de données, il est en mesure de faire du « matchmaking » qui consiste à associer à chaque fournisseur de sous-produit un client et une utilisation potentielle. « On est un peu le Tinder des déchets », résume-t-il.

 

 

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Julien Lesage, président de Hub.cycle © Hub.cycle
200 gisements retenus comme valorisables

Une fois le « match » effectué, l’entreprise se charge de toutes les étapes qui conduiront à la rencontre entre le coproduit et son destinataire, à savoir : « comment livrer à l’industriel un matériau qui soit soluble, stable, exploitable dans les conditions qu’il attend … ? »

Un travail sur mesure rendu possible par des commandes en gros volumes. « Cela nous permet de prendre le temps de le faire, en étroite relation avec les services recherche et développement de nos clients ».

Des clients, l’entreprise en référence pour l’heure 140, pour 80 fournisseurs. « On a travaillé sur 420 gisements dont 200 ont été retenus comme valorisables. » Et chaque fois qu’une procédure est mise en place pour arriver d’un coproduit A à une matière première B, elle est réplicable pour d’autres clients, ce qui permet de fluidifier l’activité sur la durée.

 

 

Des économies pour tous les acteurs de la chaîne

Pour être viable, l’entreprise a conçu un modèle économique proche de celui des sociétés de l’agroalimentaire. Le produit est acheté au fournisseur à un prix relativement élevé. « Souvent, lorsqu’une structure récupère des gisements, elle ne rémunère pas sa source d’approvisionnement. Nous avons choisi de faire autrement ». Qui plus est, les charges qui incombent à ce fournisseur sont faibles, se limitant au conditionnement des gisements. « Il peut ainsi générer une marge ». Un atout pour susciter l’intérêt et convaincre des industriels dubitatifs de franchir le pas. Cela leur permet par ailleurs de communiquer sur la valorisation des déchets à laquelle sont de plus en plus sensibles les consommateurs.

Une sensibilité qui vaut aussi du côté des clients de Hub.cycle, soucieux de communiquer sur la récupération de produits destinés à la poubelle et de réaliser des économies. Car même achetés à un prix juste, les coproduits restent moins chers que leurs équivalents premium. Tout le défi pour Hub.cycle est de fournir des garanties suffisantes quant à la qualité des matières. « C’est un gros sujet auquel nous consacrons un tiers de notre budget. Il faut donner à nos clients la preuve que c’est exploitable puis rédiger les process ».

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Une fois pressées, les oranges peuvent être valorisées dans l’industrie des arômes et parfums © Hub.cycle
Recruter pour accélérer

Pour convaincre plus de clients et les satisfaire, l’équipe souhaite s’armer de bras supplémentaires. Composée de deux personnes, Hub.cycle prévoit de recruter une dizaine de personnes courant 2021, pour le développement de la vente et le suivi qualité. « Cela me laissera plus de temps pour prendre de la hauteur sur la gestion globale, le sourcing, les ventes complexes, et la recherche de partenaires », prévoit Julien Lesage.

Pour financer cet agrandissement, Hub.cycle compte organiser une levée de fonds. « Cela nous permettra aussi d’augmenter le budget dédié à la recherche sur les co-produits ».

En 2020, année du lancement commercial, l’entreprise a généré un chiffre d’affaires de 200 000 euros. Cette année, grâce aux commandes déjà passées -il faut compter 12 à 24 mois entre un « matching » et la mise à disposition d’un sous-produit-, elle envisage de franchir le cap du million d’euros. La levée de fonds devrait l’aider à accélérer encore plus fortement ensuite. Preuve s’il en fallait que la lutte contre le gaspillage n’est pas qu’une affaire morale ni même une simple contrainte. Elle constitue une opportunité capable de créer de la richesse et ce, sans accroître la pression sur la planète. ♦

 

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