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Covid : quand la France snobe les savoir-faire de Marseille ! #3

Par Olivier Martocq, le 1 mars 2021

Journaliste

Un protocole "Covid free" permettra-t-il la réouverture ? @Marcelle

Nouvel exemple d’ostracisme avec la machine d’analyse salivaire pour détecter la Covid. Mise au point par l’IHU Méditerranée, elle pourrait permettre une réouverture des restaurants et autres lieux de culture. Mais les autorités sanitaires, une fois de plus, jouent la montre et regardent ailleurs !

 

Préambule – Écrire un article à quatre mains est un plaisir plutôt inaccoutumé. Hervé Vaudoit étant un des rares journalistes à pouvoir joindre Didier Raoult à peu près n’importe quand, c’est peu dire que sa contribution a été précieuse. 

 

La demande : tester un nouveau protocole sanitaire

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a reçu mercredi une demande formelle d’autorisation pour la réouverture en test de quelques restaurants de Marseille. Expérience qui s’inscrirait dans un nouveau protocole sanitaire élaboré par l’IHU Méditerranée Infection.

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Renaud Muselier et Martine Vassal @Région Sud

Cette demande a été adressée par Renaud Muselier, président (LR) de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Martine Vassal, présidente (LR) du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole. Tous deux avaient sollicité Didier Raoult et son équipe il y a quelques jours pour définir ce protocole. Avec l’espoir de démontrer qu’on pourrait, grâce à lui, rouvrir les restaurants sans risquer une nouvelle flambée épidémique parmi les clients.

Dans l’hypothèse où Olivier Véran autoriserait cette expérimentation, elle s’étalerait sur une semaine dans quelques établissements sélectionnés par l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) des Bouches-du-Rhône. Exclusivement sur Marseille.

L’objectif est de démontrer qu’en observant quelques précautions et en testant les clients à l’entrée, les restaurants seraient tout à fait en mesure de fonctionner en toute sécurité. Aussi bien pour la clientèle que pour le personnel.

 

Une technique d’analyse salivaire rapide et indolore
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Pour les restaurateurs, le temps s’est arrêté @Marcelle

Outre les mesures barrières que plus personne n’ignore, ce protocole s’appuie principalement sur un test salivaire rapide auquel seraient soumis les candidats clients avant d’entrer. L’analyse de la salive serait assurée par une machine de l’IHU dotée de la technologie RT Lamp (pour Reverse Transcription Loop-mediated Isothermal Amplification), qui permet de détecter des fragments d’ADN du coronavirus dans le prélèvement en dix minutes maximum, avec une efficacité estimée à 96%.

« Nous avons cette nouvelle machine que nous avons adaptée avec un système développé chez nous par le Service de Santé des Armées », explique Didier Raoult, le directeur de l’IHU. Selon lui, ce système « permet de récolter suffisamment de molécules avec un prélèvement salivaire pour obtenir une analyse fiable. » Avec deux avantages par rapport aux tests PCR classiques : la rapidité avec laquelle on obtient un résultat – « de 2 à 7 minutes en moyenne », assure l’infectiologue marseillais. Et la méthode de prélèvement employée, beaucoup plus confortable que l’écouvillon au fond des sinus.

 

 

Pour garantir des restaurants Covid free

« Il suffit de mâchonner quelques minutes un cylindre en coton, comme ceux que les dentistes vous mettent dans la bouche, pour faire le prélèvement », précise Didier Raoult. « De cette façon, poursuit-il, les personnels des restaurants peuvent se tester et se re-tester tous les jours pour être certains de ne pas être porteurs du virus. » Idem pour les clients, qui ne seraient admis en salle qu’après avoir été testés négatifs à l’entrée de l’établissement. « C’est une façon assez sûre d’avoir des restaurants « covid free » et de leur permettre de travailler », estime-t-il, sans préjuger de la décision que prendra in fine Olivier Véran.

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À 50 mètres du Vieux-Port @Marcelle

Pour vérifier que la méthode est fiable et que l’établissement est effectivement « covid free », le protocole prévoit également des analyses des eaux usées des restaurants impliqués dans l’expérimentation, voire des analyses des surfaces où le virus pourrait persister.

 

Les restaurateurs prêts à jouer le jeu

Mis dans la boucle, Bernard Marty est emballé. « On va le faire dans des conditions réelles. Avec des clients normaux. Dans une brasserie, une pizzeria, un restaurant plus huppé et pourquoi pas un bar ».

Pour le président en PACA de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), « l’objectif est de pouvoir enfin démontrer scientifiquement qu’avec un protocole strict, il n’y a aucun risque et que l’on peut rouvrir ».

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La foule sur le Vieux-Port ce week-end @Marcelle

Et Bernard Marty, responsable CGT à la SNCM dans sa vie antérieure, de retrouver rapidement l’accent des luttes difficiles : « Cette expérimentation est soumise à l’autorité de santé du pays donc la balle est dans le camp de l’État. Mais quand je vois qu’il est impossible de faire rouvrir les terrasses avec l’espacement d’un mètre entre les tables, et tout le protocole sanitaire déjà mis en place, je reste dubitatif. » L’exemple de la foule sur le Vieux-Port ce week-end ou les pique-niques à touche-touche sur les plages illustrent, selon lui, les aberrations de la politique de lutte contre la pandémie déployée en France. « Un carcan de règles administratives, détachées de toutes les réalités de terrain. De la vraie vie. Des vrais gens ! ».

 

 

Cette fois les politiques montent au créneau !

Un avis partagé par Renaud Muselier. « L’autorité sanitaire a mis six mois à reconnaître la pertinence de l’analyse des eaux usées développée ici par les marins-pompiers. À nouveau six mois pour autoriser les tests salivaires que je réclame depuis la rentrée de septembre alors que dès le mois de juillet on savait que ça marchait. Avec en plus des tests français développés par une société montpelliéraine ».

Et le président de la Région de conclure : « On voit que la doctrine sanitaire a évolué. On est en train de passer à une territorialisation et même, depuis ce week-end, au cas par cas. Et donc dans ce nouveau contexte, je demande que l’on puisse faire des expérimentations très encadrées. Je ne sais pas s’ils sont prêts à aller jusque-là. » 

Sans préjuger de la décision que prendra in fine Olivier Véran, la réponse de l’Agence régionale de santé (ARS Paca) confirme ce diagnostic. « Le département des Bouches-du-Rhône connaît actuellement une situation épidémiologique particulièrement préoccupante qui a amené le gouvernement à le placer parmi les 20 départements qui méritent un examen particulier en vue de prendre, le cas échéant, de nouvelles dispositions pour lutter contre la pandémie. Ce contexte ne permet pas la mise en application d’une telle expérimentation dans l’immédiat. L’idée est intéressante, elle reste hélas prématurée ». C’est ce qui s’appelle fermer la porte ! ♦

 

 

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