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Doc sur les victimes de violences conjugales

Par Marie Le Marois

Journaliste

[bref] Environ 220 000 femmes voient chaque année leur vie brisée par un conjoint violent. Cela concerne tous les milieux et principalement des mères. Marion Lary a rencontré trois d’entre elles – Betty, Walida et G. – à l’association SOS Femmes 13. La réalisatrice les a suivies avec sa caméra sur plusieurs années. Et nous offre un documentaire poignant, nourri de précieux témoignages sur le fléau des violences conjugales.

 

« Quand elles passent à l’action » est diffusé en replay jusqu’au 29 avril sur France 3 Provence-Alpes-Provence Côte d’Azur.

 

quand elles passent à l'action
Walida – Capture d’écran du documentaire  »quand elles passent à l’action ».

Sur la première image, on voit Walida boxer de toutes ses forces sur un sac de frappe. Elle évacue la colère emmagasinée par toutes ces années de violence subie. D’une voix nouée, la jeune femme confie à d’autres la chance qu’elle a eue de « réussir à s’échapper jeune ».

La caméra nous présente ensuite Betty. Emouvante Betty qui détaille son visage et les multiples tatouages qui cachent ses balafres : l’encre sur la joue gauche représentant la liberté, la larme sur la droite signifiant que sa plaie « ne se refermera jamais complètement ». Et sur la larme, un petit scintillement pour dire que « dans ma vie, malgré tout ça, j’avance quand même ».

 

 

« J’étais sa chose »

Betty confie qu’à l’extérieur de la maison, elle apparaissait aux yeux des autres comme une femme adulée par son conjoint. Qui l’habillait « comme une princesse ». Mais à l’intérieur, elle était devenue une serpillère. « Je n’avais plus de cerveau. Le cerveau, c’était lui ». Elle est devenue alcoolique pour supporter les coups. Oublier.

Le déclic est sa première rencontre avec SOS Femme 13 (voir bonus), – au bout de 17 ans. « J’ai compris que je n’étais pas sa femme mais sa chose. Et que ce n’était pas normal d’être la chose de quelqu’un ».

 

Le difficile dépôt de plainte
quand elles passent à l'action
G. – Capture d’écran du documentaire  »quand elles passent à l’action ».

La caméra nous présente enfin G. qui souhaite rester anonyme. Les mains nouées, elle confie que, la première fois, face à la violence de l’autre, « on est sidérée. Puis on s’habitue à des mots, des comportements. Puis à des coups, au final ».

Elle a mis 15 ans à « s’en sortir ». Lorsqu’elle a porté plainte, les policiers lui ont répondu, étonnés, qu’elle était éduquée, intelligente, donc capable de se défendre. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Cette mère de quatre enfants pensait qu’elle serait enfin « protégée, entendue, reconnue ». Mais non. « La victime devient l’accusée, ça rajoute une couche de culpabilité ». Les policiers concluent l’affaire par une querelle d’amoureux et la renvoient chez elle.

 

 

Des policiers pas encore assez formés à l’accueil des victimes

Maître Constance Damamme, avocate spécialisée en droit de la famille, n’est pas étonnée de la réaction déplacée des policiers. « C’est même classique ». Les victimes sont accueillies par des gens non formés. Et peu de commissariats sont dotés de médecins et/ou psychologues en interne. En outre, les dépôts de plainte donnent rarement suite. Sauf si les coups reçus par la victime sont visibles, et étayés de précédentes plaintes et mains courantes. « Mais heureusement, ça bouge, les policiers sont davantage formés. Même si c’est infime ».

 

Se mettre à l’abri en foyer protégé
quand elles passent à l'action
Betty – Capture d’écran du documentaire  »quand elles passent à l’action »

Arriver à porter plainte, à être écouter et entendue n’est que le début. Il faut parvenir ensuite à fuir. Se mettre à l’abri pour se protéger et protéger ses enfants.

Walida raconte, les larmes au bord des yeux, cette nuit où elle est partie avec ses enfants. « J’ai mis les affaires de mes filles dans un sac et on est parties, dans le noir ».

Elle a eu des moments de doute, « car tu ne sais pas, tu es perdue ». Avec SOS Femmes 13, elle a compris pleins de choses. La première étant que, oui, elle pourra s’en sortir. Mais, comme pour la plupart des victimes, il a fallu pour la jeune femme tout (ré)apprendre. « Je ne savais même plus mon tél ni mon mail ».

 

 

Un conjoint violent peut-il être bon parent ?

Les enfants sont « aussi perturbés, aussi traumatisés que nous », signale Betty. Elle raconte ce jour où elle s’est retrouvée allongée sur un brancard aux urgences, recouverte de sang, serrant sa fille contre elle. « Ils n’arrivaient pas à nous décoller parce que le sang s’était coagulé ».

Se pose la question du lien de l’enfant avec son père. Faut-il le maintenir à tout prix ? Peut-on dissocier conjoint violent et parent ? Emmanuelle Dufay, juge aux affaires familiales, explique qu’il n’y a pas de règles. Mais le père ne sera pas « invalidé » automatiquement « parce qu’il est un conjoint violent ». Ainsi, dans les situations où cela est possible, « il faut lui permettre de restaurer le lien ».

 

La lente reconstruction
quand elles passent à l'action
G. – Capture d’écran du documentaire  »quand elles passent à l’action »

Toute la difficulté enfin est de parvenir à se reconstruire. Walida a peu à peu repris confiance en elle, grâce à Claude Donadio, entraîneur au club Legend boxing. Cet homme incroyable anime des ateliers de boxe dans le service addictologie de l’hôpital de jour d’Allauch. Désormais, Walida suit une formation pour devenir traductrice et « aider les migrants et les réfugiés ».

G. s’en est sortie grâce aux travaux dans sa maison effectués de ses mains, « comme si je réparais quelque chose à l’intérieur de moi ». Mais aussi à l’écriture qui « a donné du sens à ma vie, à mes pensées et donné un peu de lumière à tout ça ». Elle voit son futur avec l’écrit – de la fiction et d’autres histoires « car il n’y a pas que du laid dans ma vie, il y a de belles choses aussi ».

 

 

La liberté n’a pas de prix
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Walida – Capture d’écran du documentaire  »quand elles passent à l’action »

Entre le début du documentaire et la fin, il s’est déroulé cinq ans. Cinq ans où Betty a gagné confiance en elle et quitté définitivement l’alcool. Elle se sent tellement « mieux dans sa tête » qu’elle s’est délestée de ses kilos en trop et de la déco surchargée de son appartement.

S’adressant à son ex-mari, via la caméra, elle martèle qu’elle n’a plus peur de rien. Elle se sent « libre et indépendante ». L’avenir pour elle ? Organiser des « meetings contre les violences, même contre toutes sortes de violence ».

Une des dernières images est celle de Walida roulant à vélo sur la corniche à Marseille, le long de la mer. Une image remplie d’espérance. « La liberté, ça n’a pas de prix. Une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus retourner à l’enfermement ». ♦

 

Bonus

  • « Quand elles passent à l’action« . Un film de 52’ écrit et réalisé par Marion Lary.
    Une coproduction France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / Les Films de l’Aqueduc, en replay ici

 

Accueil et accompagnement des victimes

Ateliers d’expression

Foyer d’hébergement et aide à la recherche de logement

Formation et sensibilisation des professionnels en contact avec ce public.

 

  • Retours visuels sur les chiffres clés, tirés du rapport de l’observatoire des violences conjugales de Solidarité Femmes.