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L’agrivoltaïsme fait le bonheur des asperges !

Par Hervé Vaudoit, le 14 avril 2021

Journaliste

Photo PixaBay

Tenergie, deuxième acteur français de l’énergie solaire, est en passe de réussir un pari pris en 2017 avec un agriculteur de Mallemort : produire de belles et de bonnes asperges sous une serre photovoltaïque. Jusque là, la plupart des tentatives se sont soldées par des succès énergétiques mais des fiascos agricoles.  

De prime abord, l’idée semble si bonne qu’on se demande bien pourquoi il n’en a pas poussé partout, des serres comme celles-là. Pensez donc : produire au même endroit et en même temps, de beaux légumes bien frais et de la bonne énergie verte semble, par les temps qui courent, une espèce de Saint-Graal. Une formule magique qui démontrerait à elle seule qu’économie et écologie peuvent faire bon ménage. Mais aussi enclencher un cercle vertueux profitable à tous.


Stratégie gagnant-gagnant

C’est en tout cas le sentiment qu’on peut avoir après la visite du domaine de Saint-Vincent, à Mallemort. Dans ce village blotti sur la rive sud de la Durance, un agriculteur, Laurent Chabert, et une entreprise spécialisée dans la production d’électricité photovoltaïque, Tenergie (1), ont uni leurs efforts (et leurs moyens) pour donner corps à ce nouveau concept, l’agrivoltaïsme.

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Deux immenses serres équipées en toiture de 8027 panneaux photovoltaïques @DR

En 2017, ils sont tombés d’accord sur une formule qu’ils espéraient gagnante. Le maraîcher mettait ses terres à disposition du producteur d’énergie. En retour, ce dernier acceptait de construire sur 3,3 hectares – et à ses frais – deux immenses serres équipées en toiture de 8027 panneaux photovoltaïques.

Répartis sur un peu plus d’un tiers de la surface de la serre, ils sont capables de produire plus de 3 GWH d’électricité. Soit l’équivalent de la consommation annuelle moyenne de 700 foyers, hors chauffage.
Quatre ans plus tard, l’heure des premiers bilans a sonné pour les deux partenaires. Et ils confirment la pertinence du modèle. Car non seulement la serre Tenairlux© (c’est son nom) a produit plus d’énergie qu’attendu, mais elle a également répondu aux attentes de Laurent Chabert, ravi des rendements et de la qualité des produits qu’il y a fait pousser.


Bon pour l’énergie, bon pour les légumes
L'agrivoltaïsme fair le bonheur des asperges !
Nicolas Jeuffrain @DR

« Depuis le démarrage, nous sommes entre 105 et 107% de nos objectifs initiaux en matière de production énergétique », se félicite ainsi Nicolas Jeuffrain, cofondateur et président de Tenergie. « Nous sommes très satisfaits de notre production d’asperges vertes, une spécialité du domaine depuis plus de 40 ans », ajoute de son côté Laurent Chabert. Qui souligne la « qualité exceptionnelle » de sa récolte, toujours très prisée des restaurateurs étoilés et des gastronomes. « Du fait des démarches administratives très longues et des difficultés financières rencontrées ces derniers temps, nous avons dû attendre cette année pour faire notre première tentative », explique le maraîcher.
Coup d’essai, coup de maître, puisque ses asperges ont poussé bien droit et en nombre. Sous leur nouvel abri, elles n’ont manqué ni de lumière, ni d’eau, ni de chaleur. « Les rendements sont corrects pour une première année, indique-t-il. Nous sommes à 4 tonnes à l’hectare et j’espère 9 tonnes l’année prochaine. » Un niveau envisageable, justement parce que la serre Tenairlux© privilégie les aspects agronomiques à la production électrique pure. « C’est elle qui a été adaptée à la production d’asperges et pas l’inverse », insiste Laurent Chabert. Selon lui, avec les modèles qui maximisent la surface de panneaux, « les rendements et les calibres ne sont pas au rendez-vous. »

 


Efficace contre la canicule… et le gel

Parmi les enseignements tirés de ces premières récoltes et de 4 ans d’utilisation de son nouvel outil, le maraîcher a aussi constaté qu’il parvenait « à bien réguler la température à l’intérieur de la serre. L’été, il n’y fait pas plus de 35°, contre plus de 50° sous les tunnels classiques, grâce à la gestion optimisée de la ventilation. » Les toitures ouvrantes et les panneaux latéraux mobiles permettent en effet de réguler les courants d’air, donc la température.

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Nicolas Jeuffrain et Laurent Chabert @DR

C’est un avantage l’été, mais aussi l’hiver, comme on a pu le voir lors de la vague de froid qui a touché presque toute la France en ce début avril. Malgré les – 3 à – 5° enregistrés sur les champs limoneux des bords de Durance la nuit la plus froide de la semaine, Laurent Chabert a pu maintenir des températures positives dans ses serres.
Pouvoir réguler le climat interne des « chapelles », comme les appellent les ingénieurs, a aussi une incidence sur l’irrigation et les intrants. « J’ai consommé 30% d’eau en moins par rapport à ce que je fais en tunnels, annonce l’agriculteur. Et en maîtrisant la température et le taux d’humidité, je n’ai pas eu besoin d’utiliser de fongicides ou de pesticides. »

Moins d’eau, moins de phyto, c’est aussi moins de dépenses, donc des coûts de production mieux tenus. Et cela « répond aux enjeux auxquels doivent faire face les producteurs d’énergie que nous sommes et les agriculteurs », souligne Nicolas Jeuffrain. Et de citer « la décarbonation des modes de production, la restauration de la biodiversité et la volonté des consommateurs de manger bon, sain et local. »


Double usage du foncier
Soleil, asperges et mégawatts
Tenairlux©, la serre photovaltaïque qui couve les asperges.

Le patron de Tenergie se félicite également de répondre, avec sa Tenairlux©, à une critique récurrente des sceptiques et autres opposants aux serres photovoltaïques : celle de pousser les agriculteurs à se satisfaire des revenus électriques et d’abandonner les terres sous les panneaux, faute de lumière et de rentabilité suffisante.

« Nous ne remplaçons pas une activité par une autre sur une parcelle de terre, nous passons d’un mono à un double usage du foncier agricole sur lequel nous installons nos serres », plaide-t-il. Aucune chance que l’agriculteur renonce à ses cultures, puisque ce n’est pas lui, mais Ténergie, qui encaisse le prix de la revente de l’électricité produite. Il était donc « important de prendre en compte les impératifs agronomiques pour dessiner un modèle vertueux. Qui permette d’équilibrer les revenus. »


6 millions d’euros d’investissement, au moins 20 ans d’exploitation

Après avoir investi 6 millions d’euros, avec une participation de la Banque des Territoires, Ténergie prévoit d’amortir l’installation sur 20 ans, soit la durée du contrat signé avec EdF. Mais elle a été « dimensionnée pour 25/30 ans », assure Nicolas Jeuffrain. À Mallemort, Laurent Chabert ne serait d’ailleurs pas contre une extension de ses chapelles. Elles occupent pour l’heure 3,3 hectares sur les 16 que compte le domaine Saint-Vincent. Reste un problème d’inondabilité sur une partie des terres. Preuve que l’on peut faire de l’agrivoltaïsme en contentant l’agriculteur et l’énergéticien. ♦


(1) Partenaire de Marcelle.


Bonus

[pour les abonnés] – Tenairlux©, innovante à tous les étages – Agriculture en ligne en temps de Covid – Tenergie en chiffres –

  • Innovantes à tous les étages. Les serres Tenairlux© installées chez Laurent Chabert mettent en œuvre plusieurs solutions inédites. Elles ont été mises au point par les ingénieurs de Tenergie, sur la base des impératifs de l’agriculteur. Ainsi, les ouvrants en toiture sont tous orientés vers le nord – dans le sens du Mistral – et pivotent en pied, afin que l’air puisse s’échapper verticalement. Les panneaux photovoltaïques dont elles sont équipées ne projettent donc leur ombre que sur 36% de la surface cultivée, contre plus de 50% pour les serres photovoltaïques standard. Et sans effet « damier », les surfaces translucides étant recouvertes de polycarbonate et non pas de verre. « Ce qui permet une meilleure diffusion de la lumière au niveau du sol », souligne Nicolas Jeuffrain. Construites en chapelles, comme les usines du XXe siècle, elles possèdent une armature en acier galvanisé, drainent et récupèrent les eaux de pluie, possèdent leur système d’irrigation.

 

  • Covid réactifs. Confrontés, comme tous leurs pairs, aux rigueurs de la pandémie de Covid, Laurent et Carole Chabert ne sont pas restés les bras croisés en attendant que le virus passe. Ils ont en effet ouvert une boutique sur l’exploitation. Développé la vente en ligne et à emporter. Proposé leurs produits en bord de route et sur les marchés de producteurs… Bref, ils ont surfé sur la vague favorable aux produits locaux et aux circuits courts, sans négliger leurs clients traditionnels. À commencer par les grands chefs, friands de leurs asperges.
L'agrivoltaïsme fair le bonheur des asperges ! 1
Christophe Sapet, chef de La Petite Maison @DR

Comme Christophe Sapet, le chef de « La Petite Maison », à Cucuron (une étoile au Michelin), qui les connaît de longue date. « Elles sont d’une qualité rare », convient-il, conseillant de « juste les éplucher un peu et les faire cuire légèrement pour en apprécier le croquant et la saveur. Certaines années, poursuit le chef, Laurent commence à en produire avant Noël et là, c’est le bonheur. » Son restaurant fermé, Christophe Sapet a continué de proposer des asperges du domaine Saint-Vincent dans ses menus… à emporter. On peut être étoilé sans être dans la lune.

 

  • Tenergie continue de se développer. Partenaire de Marcelle depuis l’origine, Tenergie est né en 2008 pour produire des énergies renouvelables. Installée à Meyreuil, en bordure de Nationale 7, l’entreprise compte aujourd’hui 120 collaborateurs. En 2020, son chiffre d’affaires s’est monté à 220 millions d’euros. Elle détient et opère aujourd’hui plus de 1000 centrales d’énergies renouvelables dans tout le pays, pour 615 MW de puissance installée. Ce qui en fait le 2e acteur de l’énergie solaire en France – derrière Engie. Elle a été fondée par l’Aixois Nicolas Jeuffrain, déjà à l’origine de la création de voyageprivé.com.

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