Fermer

« Des étoiles et des femmes » : l’émancipation par la cuisine

Par Agathe Perrier, le 15 avril 2021

Journaliste

La promotion 2020-2021 du programme Des étoiles et des femmes de Marseille © Caroline Dutrey

Le programme Des étoiles et des femmes permet chaque année à des personnes éloignées de l’emploi de se réinsérer grâce à la cuisine. En plus d’un avenir professionnel, c’est aussi de la confiance en soi que Wahiba a trouvé. Tant et si bien qu’elle porte désormais le projet de se lancer comme traiteur à son compte. Rencontre avec une battante.

 

wahiba-etoiles-femmes-marseille
Wahiba, stagiaire du programme Des Étoiles et des Femmes 2019-2020 © DR

La cuisine, Wahiba l’a dans le sang. Il faut dire qu’elle la pratique depuis l’âge de huit ans. C’est en Algérie, où elle est née, qu’elle l’a découverte. Une cuisine chaleureuse, pleine de saveurs, à l’image des plats orientaux qui regorgent d’épices. « Une cuisine du cœur », comme elle aime à le dire. Pourtant, lorsqu’elle arrive en France à l’âge de 18 ans, elle choisit d’abord le social. Mais sous les conseils de ceux qui la suivent dans son parcours professionnel, elle répond à l’appel à candidatures du programme Des étoiles et des femmes. Un dispositif qui, sur un an, couple formation au métier de cuisinière et accompagnement socioprofessionnel pour lever les freins à l’emploi (bonus). Et c’est ainsi qu’elle rejoint le petit cercle des 12 recrues de la saison 2019-2020.

 

Découverte d’un rythme intense

La formation démarre en octobre 2019. Nul n’imagine alors qu’elle prendra un virage à 360 degrés cinq mois plus tard. Pour Wahiba et les autres stagiaires, c’est rendez-vous tous les matins à 8 heures tapantes dans les cuisines du lycée hôtelier de Marseille. « On arrivait aux vestiaires à 7 heures pour se mettre en tenue. C’était la course avec nos grosses mallettes », se souvient-elle. La recette du jour et ses différentes étapes sont inscrites sur un grand tableau. Dispatchée en binômes ou trinômes, la brigade d’aspirantes cuisinières se met alors au travail, sous l’œil avisé du chef à la double casquette de professeur.

À ces travaux pratiques matinaux succède une après-midi de cours théoriques, ou inversement. Français, anglais, hygiène – « Avec madame Microbe comme on l’appelait, ça la faisait rire d’ailleurs ! » – et même confiance en soi. Un rythme intense pour Wahiba, confrontée à des problèmes de dyslexie. Battante, elle ne lâche rien. Et peut compter sur le soutien de ses camarades. Un groupe soudé s’est créé au fil des jours. « On mangeait ensemble tous les midis. C’était souvent des sandwichs achetés au supermarché ou dans un fastfood. Ça nous faisait rigoler pour des cuisinières », se remémore-t-elle, un brin nostalgique. Des moments de partage où chacune en profitait pour souffler, partager ses erreurs, trouver du réconfort.

formation-cap-cuisine-marseille
© Caroline Dutrey

 

couscous-formation-cuisine-marseille
Couscous réalisé par Wahiba, l’une de ses spécialités © DR
La confiance s’affirme

Deux semaines par mois, chaque participante est en stage dans un restaurant marseillais. Aux côtés d’un chef, elles mettent en pratique les apprentissages acquis dans les cuisines du lycée hôtelier. Pour Wahiba, c’est aux Grandes Tables de La Criée. Elle y fait ses armes avec Arlette Fletcher et Charlotte Baldaquin. Elle en garde un souvenir en particulier : sa rencontre avec le chef Emmanuel Perrodin. Ce jour-là, elle avait préparé un couscous, sa spécialité, clin d’œil direct à ses origines. Un plat dont elle maîtrise la moindre étape.« Il m’a dit que c’était l’un des meilleurs qu’il ait goûté et que, si j’ouvrais mon resto, il viendrait une fois par semaine pour en manger un ». Le plus beau des compliments et une sacrée reconnaissance.

Un déclic aussi. Car au fur et à mesure des semaines de cours et de stage, Wahiba s’affirme et prend confiance. C’est ce qu’elle retient le plus de son passage à Des étoiles et des femmes. « Grâce aux cours, je sais mieux doser les épices, réussir les cuissons, accorder les aliments entre eux. Les chefs m’ont surtout beaucoup encouragée et m’ont permis de me rendre compte de ce dont je suis capable », confie-t-elle humblement. Mais alors que les apprentis cuisinières commencent à réellement prendre leur aise, le confinement tombe. Et place sous cloche leurs ambitions en même temps que le reste du pays.

 

formation-cuisine-restaurant-marseille
Une partie de la promo 2019-2020 avec Wahiba à droite © DR
Cuisiner en distanciel

Brutal, triste, dépression… Les mots employés par Wahiba pour décrire les semaines d’arrêt du printemps 2020 montrent la difficulté qui en a découlé. La fermeture soudaine des établissements entraîne la fin des stages et des cours en présentiel. Les chefs ne lâchent cependant pas leurs recrues ; ils créent un groupe WhatsApp où elles doivent poster chaque jour la photo d’un plat réalisé chez elles. Pas de recette imposée, juste de la pratique quotidienne. Certains cours sont également assurés en visio. Wahiba regrette malgré tout cette fin brutale. « On est restées sur notre faim. On aurait aimé aller jusqu’au bout et montrer davantage ce qu’on savait faire ». Un petit goût amer, édulcoré néanmoins par l’obtention de son CAP, à l’instar de l’ensemble de sa promo.

Les mesures sanitaires n’ont pas fait qu’impacter la formation de Wahiba. Elle avait aussi décroché une promesse d’embauche dans un restaurant italien à Marseille. Envolée avec la crise. Un nouveau coup dur qu’elle a su encaisser : elle envisage désormais de cuisiner à son compte.

 

 

cap-cuisine-marseille
Si Wahiba réfléchit encore à la carte de son futur concept, une chose est déjà sûre : tout sera fait maison © DR
Des rêves d’indépendance

Wahiba planche actuellement sur un projet qu’elle espère concrétiser en septembre 2021. Dans un premier temps, il s’agira de ventes de plats orientaux et européens à emporter. Un mélange de cuisines et de cultures pour plaire au plus grand nombre et se faire connaître. Couscous, tajine, chorba pourraient côtoyer quiche, poulet chasseur ou canard à l’orange.

Pour créer son concept, Wahiba est accompagnée par l’association Positive Planet (bonus). Une chose est d’ores et déjà certaine : tout sera fait maison. « Je sais que ça demande beaucoup de temps mais je ne me vois pas travailler autrement », glisse-t-elle. À terme, elle rêve même de proposer un service traiteur. De belles ambitions pour celle qui, il y a encore un an, manquait terriblement d’assurance. À suivre… ♦

 

*Tempo One, parrain de la rubrique « Solidarité », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus 

[pour les abonnés] La génèse et les antennes en France – Les chiffres – Positive Planète

Ce contenu est réservé à nos abonnés. Soutenez-nous en vous abonnant !.
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous.

Vous rencontrez un problème ?

Nous avons apportés quelques améliorations techniques sur Marcelle.media. 

Si vous rencontrez des problèmes, n'hésitez pas à nous envoyer un message.

Vous rencontrez un problème ?