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Fabrice Necas : l’entrepreneur cultive l’impact social

Par Antoine Dreyfus, le 22 avril 2021

Journaliste

Photo @Treizelux

Patron atypique, Fabrice Necas dirige Only Pro, la société fondée par le rappeur Soprano. Il partage avec lui des valeurs communes, comme le business social. Président de la Fondation de Marseille, qui réunit des chefs d’entreprise, il croit en l’investissement local. D’ailleurs, il a une idée folle : créer une foncière, pour que des milliers de Marseillais rachètent le Stade Vélodrome !

 

Covid 19 oblige, la poignée de main sera virtuelle, mais on la devine ferme. Logique. Fabrice Necas est un ancien athlète de haut niveau, dans le saut en longueur. Avec de belles performances et un niveau élevé, dans le top 5 des athlètes français. Le trentenaire est un entrepreneur atypique, énergique et plein d’idées. Difficile d’ailleurs de s’y retrouver avec toutes ses casquettes. La principale ? La direction générale de la société Only Pro. Un groupe d’entreprises multi-activités réunissant six filiales : immobilier, management d’artistes, hôtellerie et distribution de produits de prêt-à-porter urbain.

 

Avec Only Pro, l’immobilier et le social

Only Pro est la société créée par le rappeur Soprano avec trois autres associés (toujours les mêmes depuis le début). Fabrice Necas en assure la gestion et le développement. C’est d’ailleurs dans les locaux d’Only Pro qu’il nous reçoit, dans un immeuble cossu du Cours Pierre Puget. Sur les murs, entre deux meubles design, les disques d’or et de platine de Soprano. Et ceux d’autres artistes.

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Aux murs, disques d’or et de platine @Marcelle

Issu des quartiers nord, repéré par IAM, Soprano forme, avec trois autres copains, le groupe « Psy4 de la rime ». Puis, avec des textes positifs qui prônent l’espoir, la tolérance, la famille, il décolle dans sa carrière solo. Accédant aux meilleures ventes d’albums de rap. Mais le rappeur ne jette pas l’argent par les fenêtres. Fort de son expérience, il produit et conseille de jeunes pousses du même mouvement musical, dont certains deviennent des vedettes : Alonzo, L’Algérino, Dj Abdel, Hoos, etc. Only Pro investit aussi dans l’immobilier et l’hôtellerie, et distribue des marques de vêtements, du street wear principalement.

 

Avec Soprano, le partage de valeurs communes

Venu chez Only Pro pour une mission de conseil, Fabrice Necas est finalement resté et a pris la direction générale du groupe. Peut-être aussi parce que le jeune entrepreneur vient d’un milieu plutôt modeste. Il a retrouvé chez Soprano et ses associés des valeurs communes. « Ma famille est de la classe moyenne », confie-t-il. Père salarié d’EDF. Mère enseignante. Avec ses parents, ils vivent d’abord à Béziers (Hérault), à la lisière du quartier difficile de la Devèze. « Ce quartier concentre tous les maux : misère, trafics, précarité, etc. Et là-dessus, viennent se rajouter le racisme et les discriminations. Nous, on était les chanceux parmi les malchanceux. »

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Photo @Treizelux

De ses années d’enfance et d’adolescence à Béziers, Fabrice Necas garde des souvenirs amers. « J’ai n’ai pas aimé Béziers. C’est une ville dure, qui a très mal géré la mixité sociale. » À Aubagne, où son père est muté, il revit. Il a 15 ans. Il découvre Marseille, la ville rebelle et créative. « Je suis tombé amoureux de Marseille. Ici, j’ai la sensation que tout est possible. Tout. Il y a tant de choses à faire. La richesse et l’énergie de cette ville sont incroyables. » Très sportif, il mène alors à la fois une carrière d’athlète de haut niveau et d’entrepreneur, tout en poursuivant ses études supérieures (master de droit des affaires). Assez vite, l’entrepreneuriat le passionne. « Pourtant, je viens d’un milieu où l’entreprise n’est pas portée aux nues. »

 

Son premier business ? Vendre des jeux vidéo rétros 

Tout jeune, il monte un business d’achat et de ventes de jeux vidéo rétro (le rétro gaming) qui cartonne. « Avec les jeux vidéo, j’arrivais à gagner très bien ma vie, quand même. J’ai pu acheter un appartement. » À 24 ans, il devient directeur général d’un bureau d’études de 28 salariés, avec des bureaux à Montpellier et à Lyon. « J’ai beaucoup appris. Et très vite. J’ai appris notamment que les patrons ne sont pas obligatoirement les méchants et les salariés, les gentils. »

 

Une fondation pour créer des liens localement

En parallèle d’Only Pro, Fabrice Necas est agent professionnel de sportifs (il a passé sa licence professionnelle en 2020). Il a aussi lancé avec trois compères la Fondation de Marseille (lire en bonus). Un regroupement de patrons et d’entrepreneurs. Aujourd’hui, il y consacre aussi une bonne partie de son temps, ainsi qu’aux projets sociaux. « Notre volonté est d’aider les projets entrepreneuriaux existants, sans prise de participation au capital. Notre mission est de montrer que c’est possible. De soutenir ceux qui font et de soutenir ce qu’il manque. Pour l’heure nous ne sommes pas opérateurs, nous le deviendrons lorsque nous aurons les ressources pour cela », explique Fabrice Necas. Le but premier est « de créer des liens entre tout ce qui existe » de complémentaire sur le territoire. « C’est cela qui permet de concrétiser et pérenniser les actions engagées. Nous croyons fortement au mécénat de proximité. »

 

 

Si le territoire va, l’ensemble va bien

Fabrice Necas croit en l’investissement de proximité. Si le territoire va bien, c’est l’ensemble des composantes qui va bien. Il fourmille d’idées. « Pourquoi, les marseillais ne rachèteraient pas le stade Vélodrome ? avance-t-il. Nous pourrions très bien monter une foncière, où chaque Marseillais qui le souhaite serait propriétaire d’une part de cette foncière. Cela permettrait à tous les Marseillais de se réapproprier leur ville. Être propriétaire, ça implique des devoirs. » L’idée est en train de germer. Il discute avec la nouvelle municipalité. À voir.

 

Ne pas se substituer à l’État

Pour autant, Fabrice Necas ne veut pas, avec les autres entrepreneurs, pallier les carences institutionnelles. « Il faut que l’État joue son rôle. Et l’on ne s’interdit pas de dénoncer des situations. Dans les quartiers nord par exemple, et d’autres quartiers de Marseille, nous sommes dans des situations de pays en voie de développement. Et ce n’est pas à nous, entrepreneurs privés, de remédier à ça. Nous pouvons mettre en avant des idées. Des solutions. Mais nous n’avons pas les moyens de régler ces catastrophes sociales. Chacun son rôle. » ♦

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

 

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

Bonus

[pour les abonnés] Plus sur la Fondation de Marseille-  Les projets aidés – Only Pro –

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