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Juste Bio : success-story au royaume des amandes et des cacahuètes

Par Nathania Cahen, le 28 avril 2021

Journaliste

Quand il était étudiant, Franck Bonfils vendait des cacahuètes pour les distributeurs des bars. Un quart de siècle plus tard, son entreprise Juste Bio est leader en Europe sur le marché du vrac de fruits secs bio. Cacahuètes comprises. Il milite pour une consommation plus responsable, lutte contre le gaspillage alimentaire et les emballages polluants.

 

Étudiant à Sc po Aix, Franck Bonfils arrondit ses fins de mois en vendant des cacahuètes pour les distributeurs installés dans les bars. Il bosse d’abord dans une banque avant de devenir chef de rayon cycles chez Decathlon. Il faut savoir que la petite reine est son dada, sa bouteille d’oxygène, son sport avec un S majuscule.

Juste Bio : success story au royaume des amandes et des cacahuètes
Franck Bonfils, Pdg de Juste Bio @Mona Grid

Quand on pédale, on a besoin de carburant. De fruits secs par exemple. Le cycliste mesure alors les bienfaits de ces mélanges pour l’organisme et pour la santé. Il commence par la cacahuète, qu’il a bien connue, s’installe à Carpentras (Vaucluse) et crée sa première marque : La Maison des Bistrots.

Le naturel est dans l’air du temps. Alors Franck Bonfils adapte ses produits : moins transformés, moins gras, moins salés, moins sucrés… L’amande frite et salée dans son emballage plastique se fait grillée et moins salée. Puis naturelle et en sachet recyclable. Pour finir Juste Bio et en vrac.

 

140 références de vrac

Le bio, c’est un gros coup de pédale en 2009. Six ans plus tard, un nouveau col est franchi avec le passage au vrac. Soit quelque 300 tonnes de plastique en moins chaque année… Il existe aujourd’hui 140 références de vrac, écoulées au travers de 6 000 points de vente, dans la grande distribution à 95%. En France essentiellement. Le chiffre d’affaires a lui aussi pris de la vitesse pour se monter à 80 millions d’euros en 2020. Il a été multiplié par cinq en 5 ans.

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La doseuse à amandes @Just Bio

« Nous prônons une consommation plus responsable en luttant contre le gaspillage alimentaire et les emballages polluants, confirme le PDG de Juste Bio. Question de logique et de bon sens. Pour autant, nous ne sommes ni des pionniers ni des intégristes sur ce sujet. »

Il glisse encore : « La crise sanitaire n’est rien en comparaison de la pandémie liée aux déchets qui s’annonce ». Avant de fustiger certains de ses acolytes cyclistes irrespectueux : « Les mecs montent le Ventoux et se prennent pour Contador. Ils pensent que la caravane va passer derrière eux ramasser ce qu’ils ont balancé ! »

Depuis 2020, 100% des derniers emballages du groupe Un Air d’Ici sont biodégradables et compostables. Les films plastique ont été remplacés par un matériau à base de cellulose (mis au point avec la start-up israélienne Tipa – voir bonus). Le scotch adhésif (2 000 km annuels auparavant) par de la colle. Les étiquettes ont cédé la place au marquage laser. « Des petits gestes, qui mis bout à bout donnent une petite révolution ».

 

Une usine de transformation zéro déchet
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La nouvelle usine, inaugurée à l’automne 2020 &Juste Bio

« Notre modèle est particulier, pointe Franck Bonfils. Nous sommes les seuls à gérer le vrac comme une filière. Nous maîtrisons nos approvisionnements. Effectuons les nombreux contrôles requis. Puis transformons tout ici, sur place, de A à Z. Remplissage des trémies, torréfaction, enrobage, mélange, conditionnement, traçabilité… » Charlotte sur la tête, masque sur le nez et blouse sur le dos, nous passons dans les coulisses de cette vaste usine toute neuve et… zéro déchet. Coût de ce équipement mod L’équipe a emménagé en décembre dernier dans ce bâtiment modèle, représentant un investissement de 16 millions d’euros. Et une capacité de quadrupler sa production, jusqu’à 28 tonnes annuelles.

Volubile, notre patron responsable mène la visite, pioche dans un toboggan de noisettes chocolatée, hèle ses employés, interpelle le robot qui circule, et détaille toutes les technologies dont son usine est équipée.

 

Contribuer à l’économie locale

À aucun moment Franck Bonfils n’a envisagé de quitter le Vaucluse. Il a grandi à Gigondas, a installé son entreprise à Carpentras. « D’abord, j’adore ma région. Mon vélo en connaît toutes les routes, assure le quadra en jetant un coup d’œil sur le paysage provençal qui se dessine dans sa fenêtre. Et j’avais envie de contribuer à l’économie locale ». Il a de fait créé 140 emplois directs, et estime qu’une centaine d’autres dépend indirectement de son activité.

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Meuble-distributeur @Juste Bio

Créer sa propre entreprise a toujours été son idée. « J’en ai une vision positive. Très challengée. En tant que sportif, j’ai toujours envie de pousser le curseur plus loin », avoue-t-il. Parmi ses défis récents, le made in France. Source au plus proche, favoriser les productions nationales valorisées dans une nouvelle gamme baptisée Cocorico.

« Rien d’évident, concède-t-il. Il faut chercher – et trouver- des filières et des structures produisant des volumes importants. Difficile de rivaliser avec l’amande de Californie par exemple ». L’Europe reste un moindre mal, et 75% des fruits secs proviennent ainsi d’Espagne.

 

Un mélange nommé « Générosité »

Le social est aussi une dimension importante. L’entreprise épaule les associations portées par ses salariés, les opérations solidaires dans les supermarchés des environs… Un mélange « générosité » a même vu le jour : à chaque kilo écoulé, un euro est mis de côté pour une association. « Laquelle ? » s’enquiert-on. « Nous ne savons pas encore. Dans l’environnement ou la culture. Nous allons nous rapprocher d’une fondation pour nous aider à choisir. Et nous associerons les salariés à notre choix », commente Franck Bonfils. Il y a aussi l’Esat de l’Hermitage, juste à côté, dont les salariés handicapés étiquettent et conditionnent les petites séries.

Et maintenant ? « C’est toujours la même question : est-ce que je me rapproche ou est-ce que je m’éloigne de mes rêves ? Une chose est sûre, je suis toujours passionné ». ♦

 

Bonus

Chaque salarié s’implique dans son domaine pour assurer la qualité des produits : approvisionnements, stockage des matières premières, recherche et développement, fabrication, conditionnement, contrôle qualité et expédition.

L’origine du nom ? Les coquelicots (« gaugalin » en provençal, prononcer « gaogaline ») ne poussent que dans des champs non traités, ce qui est le cas des champs de céréales bio. Le nom « coquelicot » s’est donc imposé, naturellement.

 

  • Le plastique recyclable de Tipa. La plupart des plastiques ne sont pas recyclables, notamment celui qui enveloppe tout, du muesli bio aux chaussettes. D’où l’idée d’un emballage entièrement biodégradable, commercialisé par une entreprise israélienne depuis 2016. En détail grâce à la lecture de cet article du Figaro ici.

 

  • L’amande de Californie mieux que la provençale ? Laissons les chiffres parler. Chaque année, les cultivateurs d’amandes de Californie en récoltent plus de 815 000 tonnes, qui poussent sur plus de 344 000 hectares. Cela permet à l’industrie de l’amande de soutenir l’économie californienne en générant plus de 21 milliards de dollars de revenu brut. Et en ajoutant 11 milliards de dollars à l’économie totale de l’État. Plus de 2,5 millions de dollars de fonds sont investis chaque année dans la recherche nouvelle génération pour soutenir l’innovation continue en matière de culture durable d’aliments nutritifs.

La France n’en produit pas 1000 tonnes. La Provence n’est donc pas en mesure d’alimenter le débit d’une entreprise locale comme Juste Bio.

L’amande de Provence à la relance

 

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