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« Un enfant qui plante un légume va forcément le manger ! »

Par Agathe Perrier, le 14 mai 2021

Journaliste

© L'école comestible

Camille Labro a créé L’école comestible, pour que l’alimentation devienne une matière scolaire à part entière, au même titre que le français ou les maths. Les ateliers potager et cuisine (re)connectent les enfants à la nature et à l’importance du bien manger. Après Paris, bientôt la Provence !

 

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Camille Labro, fondatrice de L’école comestible © DR
L’école comestible, c’est quoi exactement ?

C’est une association née en octobre 2019 (bonus). Le principe repose sur des interventions en milieu scolaire, en présence de l’enseignant, sur des thématiques axées sur le vivant, le végétal, de la terre à l’assiette, l’anti-gaspi, le bien manger à la portée de tous… On montre aux enfants qu’il est facile de mieux manger et que c’est bon. Surtout, on leur fait faire. À chaque atelier, ils plantent, sèment, observent… Ou transforment, coupent, écrasent, malaxent, goûtent. On colle aux valeurs et programmes de l’Éducation nationale mais en sortant de son cadre poussiéreux, en rendant la chose ludique.

 

Plus concrètement, comment cela se matérialise-t-il ?

On propose deux programmes. Un « complet », où la majorité des classes d’une école font des ateliers, et un « mobile » quand seulement une classe d’un établissement veut en organiser. Chaque classe en suit une poignée dans l’année, d’une durée de 1h à 1h30. Certains ateliers ont lieu dans le potager que l’on crée dans l’école, pour faire pousser des herbes aromatiques et quelques légumes. D’autres sont l’occasion de découvrir les épices, les légumes de saison, les goûts primaires. De cuisiner (sauces, salades crues, junkfood maison, recettes d’ailleurs) ou de se cultiver (le corps et le ventre, les légumes migrateurs). La liste comprend également des sorties à l’extérieur, à la rencontre par exemple d’un maraîcher, d’un artisan ou à la découverte d’une ferme urbaine.

 

 

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L’école comestible propose différents ateliers dans les établissements scolaires, et notamment autour d’un potager © Cindy Geng 27
Il est important à vos yeux que les enfants mettent la main à la terre… et à la pâte?

C’est l’essentiel. Les ateliers démarrent toujours par un temps d’échange et d’explication. Puis place à la pratique. Les enfants touchent à tout : à la bouffe, au couteau – pas très Covid sur le papier mais on fait super gaffe ! –. Cette importance du contact, du toucher et du faire est fondamentale. On en est complètement sortis aujourd’hui. Or, un enfant qui va planter une graine, cueillir le légume, le transformer pour le rendre meilleur… va ensuite le manger. À chaque atelier, on voit des gamins manger des légumes crus ! Ils refusent rarement de goûter. C’est là qu’on voit que le faire est super important.

 

On imagine que l’impact est moindre si à la maison tout est différent ?

Notre objectif est d’avoir un impact durable sur les enfants mais aussi sur leur famille. On propose toujours que deux ou trois parents viennent aux ateliers pour aider, encadrer ou même seulement observer. C’est parfois plus subliminal : les enfants ramènent par exemple les surplus chez eux lorsqu’il y en a. Un pesto, une vinaigrette, un cake aux légumes antigaspi, des boulettes végétales, du pain… Quand leur enfant rentre avec quelque chose, les parents sont à minima obligés de goûter ! La plupart du temps de toute façon, ils s’intéressent, sont contents de voir que leur enfant mange des légumes, veut aller au marché. On fournit également beaucoup de matériels aux parents via les enseignants, comme les recettes faites pendant l’atelier, qu’ils refont ensuite ensemble à la maison. On appelle cela la pédagogie inversée. Ce n’est pas le plus gros de notre action, mais ça y participe.

 

  • Soutenir L’école comestible – Par un don, en devenant bénévole ou mécène. Plus d’informations en cliquant ici.

 

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Lors des ateliers, les enfants mettent la main à la pâte © Manon F. et Léa E. – Huan Cupillard
Où intervenez-vous actuellement et combien cela coûte-t-il ?

Dans une dizaine d’écoles environ en région parisienne. Le double sans doute l’année prochaine. Deux établissements « pilotes » suivent le programme complet. À Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), cela représente 18 classes et plus de 100 ateliers sur une année !

Niveau tarif, on facture aux écoles uniquement les denrées alimentaires. C’est de l’ordre de 20 à 30 euros. De notre côté, un atelier nous coûte entre 180 et 250 euros. Pour les financer, on est constamment en recherche de donations, de subventions et on répond à des appels à projets (bonus). On souhaite par la suite récolter des fonds via du crowdfunding ou des banquets caritatifs. On s’interdit par ailleurs tout financement de l’agro-industrie.

 

 

Verra-t-on bientôt une école comestible à Marseille ou en Provence ?

Oui, L’école comestible Provence, antenne à Aix-Marseille, est prévue. Ce sera la première ! Notre objectif est d’essaimer au maximum, via des porteurs de projets locaux qui créent le miroir de notre association sur leur territoire. Concernant cette antenne provençale – son nom est encore en pourparlers – elle fonctionnera dans un premier temps avec deux écoles pilotes, l’une à Marseille et l’autre à Aix-en-Provence. L’équipe espère pouvoir démarrer au début de l’année scolaire 2021. À mon avis, ce sera courant 2021-2022. Et ce n’est pas grave d’ailleurs si jamais c’est plus tard ! Il faut avoir conscience que c’est long à mettre en place. Qu’il vaut mieux le faire doucement et bien plutôt que de travers et dans la précipitation. On a de l’expérience maintenant et on connaît les erreurs à éviter. Une expertise qu’on va évidemment leur transmettre ! ♦

 

LE ZEF, parrain de la rubrique « Éducation », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus 

[pour les abonnés] – The Edible Schoolyard comme modèle -AliceWaters-

  • La genèse de L’école comestible. Si les premiers ateliers ont démarré à l’automne 2019, l’idée est plus ancienne. Camille Labro, auteure et journaliste culinaire, a été inspirée par The Edible Schoolyard, initiée par Alice Waters en 1995 aux États-Unis, à Berkeley (Californie). Cette femme engagée a créé un potager dans un collège avec une cuisine attenante. Les adolescents y suivaient leurs cours ordinaires en faisant du jardinage ou de la cuisine, considérés comme des enseignements principaux. Une évidence pour la Française. « Je ne comprends pas pourquoi les maths sont si importantes et pourquoi on n’apprend pas à manger », s’exaspère-t-elle. C’est pourquoi elle a décidé d’agir en lançant L’école comestible, pour que l’alimentation s’inscrive dans les programmes comme n’importe quelle autre matière scolaire.

 

  • Alice Waters. Celle qui est à l’origine de de plusieurs projets tels que le Edible Schoolyard Project, visant depuis 1995 à donner une éducation culinaire aux enfants dans les écoles américaines, ou encore le Rome Sustainable Food Project à l’Académie Américaine de Rome en 2007 avait également créé un restaurant couru baptisé Chez Panisse. Cet article de la Harvard Business Review nous en dit plus sur cette icône.

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