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Des potagers dans les cités

Par Marie Le Marois, le 27 mai 2021

Journaliste

Sous l’impulsion de l’association Des Terres Intérieures, un potager collectif a pris racine sur le bitume de la cité de Frais Vallon, au nord de Marseille. Plus exactement sur un terrain vague au milieu de quatre barres d’immeubles. L’idée est d’essaimer ce concept dans d’autres cités, toujours en partenariat avec les habitants. Et avec le coup de pioche des enfants.

 

Équipés de binettes, Juliette, Banco et Zackaria grattent la terre dans la brouette. La trempent avec l’eau, la malaxent, forment des boules. Soudain jaillit un ver de terre. Sous les hurlements de joie, Juliette court chercher des loupes au local de l’association en bas d’une des tours. Un par un, les enfants observent l’animal onduler.

Pour rien au monde, ils ne manqueraient l’atelier jardinage du mercredi de l’association Des Terres Intérieures, gratuit et sans inscription. « Ils peuvent être cinq comme trente-cinq ! », souligne Jeanne Du Cos, la cofondatrice, mains calleuses et large sourire. Qu’il vente ou pleuve, cette jardinière diplômée d’un master en développement durable est toujours là. Avec Sophie Anquetil, son binôme.

 

Îlot de fraîcheur
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@Marcelle. À la recherche des vers de terre.

À l’origine, ce potager était un terrain vague au milieu de quatre barres d’immeubles. Il n’y avait rien. Jeanne a démarré en 2018 avec douze bacs sur le sol bétonné. Et une belle envie de valoriser cet endroit stratégique – « il est visible de beaucoup d‘appartements ».

Baptisé l’Îlot Potager de Frais Vallon, ce projet a tout de suite été bien accueilli par les habitants « mais certains craignaient que les dégradations de quelques-uns ne le mettent en péril ».

Trois ans plus tard, le jardin est toujours debout, avec 50 bacs et 300 ㎡ de culture en pleine terre. Il représente un îlot de fraîcheur dans cet ensemble bétonné de tours HLM construites au milieu des années 1960 et dont les plus grandes s’élèvent à 21 étages.

 

 

Lieu de vie
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@Marcelle. Sophie à gauche, Jeanne à droite.

Les deux jeunes associées n’ont pas débarqué dans la cité avec pelle et arrosoir « en mode, on va vous sauver », précise Jeanne.

Loin de la posture de savantes, elles animent ce jardin collectif de concert avec les habitants. « À chaque début de saison, avant de commander plants et semis, on demande leur avis. Nous avons ainsi planté cardons, lentilles, maïs, sorgho et mafanas, en plus de nos cultures habituelles ».

Ce bout de terre est devenu rapidement un lieu de vie. Les enfants de 2 à 12 ans vont et viennent, des mamans apportent des gâteaux, des jardiniers en herbe sèment. « Certains font des tests, parfois ça fonctionne, parfois non… comme la culture de l’ananas ! »

La liberté reste le maître-mot de ce jardin collectif. Chacun peut participer et se servir. « Rien ne nous fait plus plaisir qu’un habitant qui vient cueillir la tomate dont il a besoin ».

 

 

Jardin pédagogique
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@Des Terres Intérieures

Mai est un mois productif pour le jardin. Radis, carottes, piments, poivrons, tomates, patates douces, concombres, haricots et aromates émergent en quantité. Les enfants adorent bêcher, planter, repiquer, pailler, emmener des petits pots de semis à la maison, observer les légumes pousser et, bien sûr, récolter. En ce moment, c’est le tour des petits pois, fèves, salades, mâches et épinards.

De semaine en semaine, chacun peut observer le cycle de vie des plantes. S’apercevoir que la petite graine devient aubergine, que l’abeille tient un rôle essentiel dans la reproduction des plantes et que le ver de terre aère la terre avec ses galeries souterraines.

 

Gestion de l’eau et déchet

Des potagers dans les citésCet apprentissage sur le terrain est appuyé par des outils ludiques. Par exemple, les enfants découvrent à travers un jeu de cartes le nom des légumes, leur couleur, leur provenance et leur mois de cueillette. Ce jardin est également un support pour aborder la biodiversité, la gestion de l’eau, des déchets…

Début juin, le jardin accueille trois grands composteurs en bois collectifs fournis par le service Zéro Déchets de la métropole. Ils permettront aux familles d’y déposer épluchures et restes de repas. Jeanne, formée à l’art du compostage avec Cultures Permanentes, pourra aider les enfants à comprendre pourquoi et comment les déchets organiques sont une ressource pour le jardin.

 

 

Apprendre à aimer les légumes

Que fait l’association des légumes ? Des dégustations sont organisées sur place avec les habitants ou les enfants les ramènent tout fiers à la maison. Par le simple fait de cultiver, les petits jardiniers apprécient davantage les légumes et même ceux qu’ils détestaient, comme les épinards ou le chou-fleur. « Ils goûtent et tout à coup, adorent ! », se réjouit Sophie. Ils découvrent également les bienfaits de l’alimentation bio, locale et de saison. Cet été, ils pourront compléter leur savoir grâce à des ateliers nutrition le mercredi.

L’atelier jardinage n’est pas la seule activité du jardin pour les enfants. Ils construisent également mangeoires à oiseaux et bacs potagers à base de palettes pour l’école maternelle d’à côté.

 

 

Créateur de lien social dans la cité
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@Des Terres Intérieures

Les seuls dégâts observés proviennent des plus petits qui « parfois cueillent la tomate en arrachant le pied ». Tous les résidents font preuve de bienveillance.

Même les jeunes, souvent présents aux abords du potager et sans un intérêt évident pour le jardinage, donnent un coup de main. « Ils nous ont aidés par exemple à fabriquer des cages de foot ».

Ce potager crée du lien dans la cité entre les enfants, entre enfants et parents mais aussi entre habitants. « On a d’ailleurs mis en place avec les habitués du mercredi des ateliers d’écriture pour réaliser la gazette du jardin et la distribuer aux familles avant l’été ». La plus grande fierté de Jeanne et Sophie ? « Quand des enfants expliquent aux nouveaux comment pailler ou faire des semis ».

 

Et entre écoles
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@Des Terres Intérieures. A la recherche de broyât.

Des Terres Intérieures crée également du lien entre les écoles. En février, par exemple, elle a remis en culture les bacs potagers de l’école maternelle Rose Frais Vallon Sud grâce à des graines de fèves et de petits pois issus du potager de l’école élémentaire de la Pointe-Rouge. Une école située à l’autre extrémité de Marseille, dans un arrondissement privilégié.

L’association attend des financements pour travailler dès septembre avec quatre autres écoles maternelles et primaires de Frais Vallon pour y développer des espaces de culture et faire venir les élèves au jardin collectif. L’idée est de faire du lien « entre les différentes écoles du quartier. Et à moyen terme faire du lien avec d’autres établissements de la ville ».

 

  • Campagne d’adhésion ici pour aider l’association.

 

Jardin partagé pour les habitants
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@Des Terres Intérieures

Parallèlement, Jeanne et Sophie, désormais salariées grâce à une subvention de la Politique de la Ville, œuvrent sur un projet d’épicerie solidaire avec plusieurs structures locales de Frais Vallon et l’aide prochaine de La Fabrique à Initiatives. Elles accompagnent également les habitants désireux d’avoir leur propre jardin, dans la création d’un jardin partagé dans la colline.

Il fait partie d’un projet global sélectionné par le plan national des Quartiers fertiles, qui comprend un parc municipal et une micro-ferme. L’objectif des Quartiers fertiles, lancés par l’Agence Nationale de Renouvellement Urbain (ANRU), a pour objet de déployer l’agriculture urbaine au cœur des quartiers prioritaires de la ville.

 

Renouer avec son passé 

Avant la construction de la cité, Frais Vallon abritait des hectares de maraîchage. Cette idée de renouer avec ce passé anime les fondatrices Des Terres Intérieures, plus que jamais convaincues de la nécessité de développer l’agriculture urbaine et de végétaliser le béton. Elles caressent d’ailleurs le rêve de pouvoir un jour créer et animer des jardins collectifs dans d’autres cités marseillaises. Il suffit d’observer Juliette, Banco et Zackaria, couverts de terre et yeux pétillants, pour comprendre leur désir. ♦

 

Bonus
  • Origine de l’association Des Terres Intérieures – Autres jardins dans les cités marseillaises – Des Terres Intérieures chez les particuliers.
  • Origine de l’association Des Terres Intérieures; Après son BTS dans l’hôtellerie restauration, Jeanne Du Cos a travaillé pendant cinq ans dans la restauration. Puis cette petite fille de paysans est partie en Nouvelle-Zélande travailler dans des fermes et jardins potagers via le WOOfing (le voyageur est nourri et logé gratuitement contre de petites tâches au sein d’une exploitation agricole biologique).

À son retour en France, la jeune femme a repris ses études en Master II développement durable et environnement et travaillé bénévolement pour Heko Farm, association qui agit pour une agriculture urbaine innovante. La Politique de la Ville a contacté Heko en 2018 pour valoriser la friche de la cité de Frais Vallon. Jeanne s’est chargée du projet, avant de créer sa propre association Des Terres Intérieures.

Sophie Anquetil l’a rejointe en 2018 dans le cadre de sa licence professionnelle ‘’conduite de projets territoriaux durables’’ après deux ans de vie à Bristol en Angleterre, ville pionnère de l’agriculture urbaine en Europe.

 

  • Il existe d’autres jardins dans les cités marseillaises. Mais partagés (chacun cultive son lopin de terre) : « La Savine, Sainte-Marthe, Font Vert, bientôt Airbel… », égrène Jeanne.

 

  • Des Terres Intérieures propose également création et entretien de jardins comestibles ou ornementaux chez les particuliers.

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