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Entre handicapés et valides, l’aviron ne fait pas de distinction

Par Agathe Perrier, le 31 mai 2021

Journaliste

© DR

Pratiquer l’aviron quand on est handicapé ? C’est possible ! À Marseille, depuis la création de L’avi Sourire, première association d’aviron de France à destination de ce public, les « handis » côtoient et rament avec les valides. Tout n’est qu’une question d’adaptation !

 

C’est un sport qui souffre de nombreux a priori. Notamment celui d’être tellement physique qu’il serait réservé aux seuls initiés. L’aviron est pourtant à la portée de tous, y compris des personnes en situation de handicap. « Cela nécessite juste de l’adaptation », glisse Dominique Guende. Passionnée, cette ancienne championne a créé en 2003 L’avi Sourire, « le seul club d’aviron en France à destination des personnes en situation de handicap avec une section pour les valides ». « À l’inverse des autres, souvent conçus en premier lieu pour les valides puis ayant adjoint une section handi », ajoute la présidente. Et c’est bien ensemble, à la force de leur corps, que valides et handicapés glissent sur l’eau chaque semaine.

 

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L’avi Sourire est le premier club de France créé pour les personnes en situation de handicap © DR
L’aviron pour mieux vivre son handicap

S’il est un a priori néanmoins vrai sur l’aviron, c’est qu’il s’agit d’un sport confidentiel. Dont les personnes en situation de handicap ont été exclues jusqu’au milieu des années 2000. C’est notamment ce qui a motivé Dominique Guende à monter son association.
« J’étais à l’époque aide-soignante en réanimation à l’hôpital et je rencontrais souvent des personnes devenues handicapées à la suite d’un accident. Elles avaient du mal à faire leur deuil de leur condition précédente et j’étais convaincue que le sport pouvait les aider », explique-t-elle. Elle se tourne naturellement vers l’aviron, qu’elle pratique depuis l’âge de 16 ans. Un sport complet et porté, à savoir non violent pour les muscles et les articulations.

Pour sensibiliser le grand public sur la carence de l’accueil de personnes handicapées au sein des clubs d’aviron, Dominique Guende se lance un défi en 2004 avec sa binôme Karina. Traverser la Méditerranée en aviron, entre Hyères (Var) et Calvi (Corse). Un challenge qu’elles avaient déjà relevé trois ans plus tôt pour un autre projet. 230 kilomètres au total, parcourus en 41 heures. De quoi susciter l’intérêt. « Deux femmes qui créent leur club d’aviron, dans un milieu plutôt misogyne, ce n’était pas commun », lâche non sans fierté la quinquagénaire. L’avi Sourire prend alors réellement son envol.

 

 

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Les sorties en bateau sont mixtes entre personnes en situation de handicap et valides © DR
Des sorties et défis mixtes

Qu’il soit handicapé ou valide, chaque adhérent vient pratiquer l’aviron quand bon lui semble. « On rame avec qui est là. Ça peut être à deux ou cinq par séance, avec des personnes de handicap varié et de tout âge. On s’adapte et on se coordonne », confie Isabelle, à la silhouette musclée et élancée. Elle aime le club pour son ambiance « familiale et solidaire ». « Ce n’est pas simple pour les personnes handicapées, reconnaît-elle. Mais c’est beau à faire ensemble ». Médecin à la ville, elle a été contactée par l’association en 2017 pour superviser une nouvelle traversée continent-Corse. 285 kilomètres sans escales, cette fois entre Marseille et Calvi. Dominique Guende les a effectués en 52 heures avec 21 rameurs, dont la moitié en situation de handicap.

L’association organise ou participe d’ailleurs régulièrement à des défis. Dernier en date, celui lancé par la Fédération Française d’Aviron aux clubs de la France entière, dans le cadre des prochains Jeux olympiques de Tokyo. L’enjeu : parcourir collectivement 9 710 km, distance séparant Paris de la capitale japonaise, en embarcation individuelle, sur 9 jours. 28 membres de L’avi Sourire – 10 en situation de handicap et 18 valides – en ont réalisé 1 083, soit 10% du total. Parmi les prochains challenges de l’association : le tour de la Corse en aviron, espéré pour 2023.

 

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L’avi Sourire dispose aussi d’ergomètres (des rameurs) pour apprendre la technique et s’entraîner © DR
Tout est question d’adaptation

L’avi Sourire compte aujourd’hui 76 adhérents, dont 36 en situation de handicap. Beaucoup sont novices à leur arrivée et découvrent l’association grâce au bouche-à-oreille. Comme Pascale, sa fille Maëlle et son fils Lilian. Chez eux, l’aviron est désormais affaire de famille ! « J’ai connu le club par hasard, lorsque je cherchais une activité pour Maëlle qui est atteinte d’une maladie dégénérative. À force de l’accompagner, de voir les bateaux, je me suis prise au jeu et m’y suis mise aussi », sourit la maman.

Idem pour Lilian qui n’a pas hésité à plaquer 14 ans d’équitation pour l’aviron. Il lui a fallu une année pour acquérir la bonne technique du rameur. Qu’il transmet désormais aux autres puisque le jeune homme se forme pour passer un brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS), certification qui atteste d’une connaissance approfondie d’une spécialité et de sa capacité à l’utiliser dans le cadre d’une pratique professionnelle. « Le maître-mot c’est l’adaptation en fonction des personnes et de leur handicap. Et de prendre le temps, car un rameur en situation de handicap équivaut à trois rameurs valides », souligne-t-il.

 

 

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L’avi Sourire compte 80 adhérents en 2021 dont 36 en situation de handicap © DR
Le juste équilibre entre handis et valides

Jusqu’à cette année 2021, les adhérents handis étaient majoritaires chez L’avi Sourire. La Covid-19 a chamboulé les choses. « De nombreuses personnes handicapées sont restées à la maison. Comme les autres clubs d’aviron de Marseille s’orientent beaucoup vers la compétition, les personnes valides souhaitant pratiquer en loisir sont venues vers nous. Si bien que je les refuse maintenant pour garder un équilibre entre les deux publics et coller aux valeurs de l’asso », expose Dominique Guende. Se privant par là même d’une manne financière.

Côté budget, justement, L’avi Sourire fonctionne grâce aux cotisations des adhérents, à des subventions et des mécènes. Elle cherche néanmoins à développer ses activités afin d’être le plus autonome possible sur le plan financier. C’est ainsi qu’elle a créé le dispositif Sports Handi Nautiques Corbières en 2013. Deux matinées par semaine, entre avril et novembre, diverses pratiques sont proposées aux personnes en situation de handicap. Aviron bien sûr, mais aussi paddle, kayak, escalade… (bonus). Elle espère également lancer prochainement de l’ « avi fit », de l’aviron orienté fitness. Toujours sans distinction entre handicapés et valides. ♦

 

Bonus 
  • Adhérer à L’avi Sourire – Initiés comme novices sont les bienvenus. L’année coûte 240 euros pour une à deux séances par semaine. Chaque nouvel adhérent est évidemment formé à la technique de l’aviron sur des ergomètres (des rameurs). Il faut compter 3 heures par séance (comprenant le volet logistique, manutention, nettoyage). Les jours de mauvais temps, les séances se font sur terre sur les ergomètres.

 

  • Plus d’infos sur le dispositif Sports Handi Nautiques Corbières – Il s’adresse aux populations qui rencontrent des difficultés pour accéder à une pratique sportive adaptée, notamment celles issues d’institutions spécialisées et individuels isolés. Il a pour but l’éveil, l’initiation et la découverte de sports tels que l’aviron, l’ergomètre, l’escalade, le kayak ou la voile. L’adhésion individuelle coûte 20 euros pour la saison (d’avril à novembre) puis 7 euros par séance. Plus d’infos sur le site de L’avi Sourire en cliquant ici.

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