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Des conservatoires pour les cépages

Par Frédérique Hermine, le 12 août 2021

Journaliste

Conservatoire de Plaimont @ F. Hermine

[redif en lecture libre] Ils fleurissent dans toute la France pour préserver la biodiversité, miser sur des cépages identitaires, chercher des solutions aux problèmes liés au réchauffement climatique et mieux répondre à la demande de vins plus légers et moins chargés en alcool : les conservatoires de cépages. Petit tour en Gascogne.

 

Il semble loin le temps où les vignerons faisaient la course aux rendements et aux degrés dans une logique de produire toujours plus. On se préoccupait moins il y a quelques décennies d’élaborer des bons vins que de faire pisser la vigne. Car seuls les volumes payaient. Dans l’Hexagone, le vin était souvent considéré comme un aliment ; on buvait plus et moins bon. L’importance du bien-être et de la santé ayant changé les mentalités et les comportements, les vignerons se préoccupent davantage d’élaborer des jus de qualité pour une consommation de plus en plus occasionnelle. Et suivant l’adage « à bon raisin, bon vin », ils cherchent à mieux exploiter leur vignoble. Apprennent à mieux connaître leurs terroirs et leurs cépages (les variétés de raisins).

Le réchauffement climatique aidant et le goût général évoluant de plus en plus vers des vins fruités et légers à moindres degrés, la filière viticole s’est attachée à travailler avec d’autres cépages. À moins pousser les maturités pour limiter le degré. Éviter qu’il ne dépasse trop souvent les 14,5-15. À moins extraire les tannins… Les vignerons se sont donc replongés dans leurs manuels d’agronomie avec des ampélographes passionnés, ces spécialistes des cépages.

 

Retrouver des cépages autochtones
Des conservatoires pour préserver la biodiversité des cépages 1
@F. Hermine

Dans le Sud-Ouest sont apparus plusieurs conservatoires visant à mieux étudier les caractéristiques des cépages autochtones. D’abord pour élaborer des vins différents et identitaires selon les appellations, afin de préserver la biodiversité et le patrimoine viticole. Mais également pour dompter certains cépages comme le malbec, le tannat, le fer servadou. Ces cépages qui produisent souvent des vins rouges puissants, tanniques et rustiques.

Également pour mieux lutter contre le réchauffement climatique qui génère souvent un stress hydrique épuisant la vigne. Et pour tenter de trouver des solutions à des maladies menaçant la production du vignoble et l’économie viticole. Dues à de méchants petits champignons (oïdium, mildiou, esca) ou de vilains insectes (flavescence dorée).

 

Chercher des cépages moins fragiles
Des conservatoires pour préserver la biodiversité des cépages 3
@F. Hermine

L’union coopérative des vignerons de Plaimont (200 vignerons, 1 250 hectares) va de la Gascogne au piémont pyrénéen en passant par la vallée de l’Adour. Et surtout dispose désormais de trois conservatoires de vieux cépages dans le Gers. La parcelle de Sarragachies, aux cépages endémiques ayant résisté au phylloxera et avec des vieilles vignes de plus de 60 ans, est la seule en France classée aux Monuments historiques (depuis 2012). Elle s’étend sur 22 ares avec une vingtaine de cépages. Celui de Pouydraguin, le plus grand agréé dans l’Hexagone, est constitué de sélections de cépages moins sensibles aux maladies et d’autres récupérés çà et là dans de vieilles parcelles, oubliés voire inconnus (comme le tardif, le dubosc, le pedebernade et d’autres encore non baptisés).

« Après avoir fait l’inventaire, nous avons replanté 300 pieds des 12 cépages identifiés comme prioritaires car moins sensibles aux maladies et moins riches en alcool, explique le directeur du groupe, Olivier Bourdet-Pees. Nous avons alors pu faire des micro-vinifications pour voir ce que ça pouvait donner en termes de vin. Seuls ou en assemblage avec d’autres cépages ». Ces micro-vinifications ont ainsi permis ces dernières années de renouer avec le manseng noir qui a déjà fait l’objet de deux nouvelles cuvées.

Le dernier individu était caché dans une forêt de tannat et aurait pu disparaître dans l’anonymat si un chasseur de cépages ne l’avait pas déniché dans les environs de Madiran. Après l’avoir étudié pendant quelques années, Plaimont a constaté qu’il donnait des vins moins tanniques que son cousin, le bien nommé tannat (cépage roi dans les appellations Madiran, Saint-Mont et Côtes-de-Gascogne) et qu’il dépassait rarement les 12 degrés. Raison pour laquelle nos grands-parents l’avaient sans doute abandonné.

Le dernier conservatoire vient de voir le jour près du monastère de Saint-Mont, propriété du groupe depuis trois ans et restauré pour développer l’œnotourisme. Plutôt à vocation pédagogique, il est axé sur les cépages prioritaires de l’appellation Saint-Mont. Notamment le tannat et le pinenc (fer servadou) en rouge, les mansengs et l’arrufiac en blanc. Avec également quelques lambrusques, des vignes sauvages retrouvées dans les environs.

 

Produire des vins plus frais et légers
Des conservatoires pour préserver la biodiversité des cépages 2
@F. Hermine

À Saint-Sulpice (81), devant le nouveau et imposant bâtiment certifié HQE (Haute Qualité Environnementale) du groupe coopératif Vinovalie (400 adhérents, 3 800 ha), un conservatoire a été créé il y a trois ans. Il héberge 36 cépages dont 26 oubliés, à raison de 350 pieds par cépage. Une initiative du directeur Jacques Tranier, inspiré par un vigneron gaillacois passionné de vieux cépages depuis plusieurs décennies, Robert Plageoles. Avec le soutien et la caution scientifique de l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) et de son ampélographe spécialisé Olivier Yobrégat. Ainsi que le pépiniériste Philippe Daydé, le reproducteur des individus retrouvés.

 

Un chai expérimental

« Nous avons commencé à vendanger avec nos salariés les 8 000 pieds face à la cave. Ces cépages devraient nous servir à faire évoluer les vins de Cahors, Fronton et Gaillac vers des jus plus légers avec de l’acidité et davantage de fraîcheur », commente Jacques Tranier. Sur les trois hectares du Conservatoire, on trouve également des cépages résistants aux maladies et des lambrusques récupérées dans la forêt de Grésigne, l’une des rares forêts primaires de France située au nord du Tarn. Les premières micro-vinifications commenceront en 2021; un chai expérimental et un parcours œnotouristique sont prévus à terme dans le projet.

Il existe plus de 180 conservatoires de cépages disséminés dans les régions viticoles françaises. Ils eprésentent plus de 20 000 pieds de vigne différents, suivis par les viticulteurs en partenariat avec des chambres d’agriculture, des interprofessions, l’IFV et l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). En Provence, la Maison des Coteaux Varois abrite un conservatoire depuis 1995 derrière l’abbaye de la Celle. Elle compte 88 cépages provençaux (à visiter). L’appellation Bandol et la Chambre d’Agriculture du Var suivent également une centaine de clones différents de mourvèdre, hébergés au domaine de La Bégude, au Castellet (83). ♦

*article publié le 1er septembre 2029

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