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Végétaliser, oui, mais pas avec n’importe quoi

Par Hervé Vaudoit, le 20 août 2021

Journaliste

Image @Pixabay

Cérès Flore, une jeune entreprise née dans l’Hérault, propose de privilégier les plantes locales dans les projets d’aménagements urbains ou de réaménagement des espaces verts. Pour en finir avec les plantes exotiques peu adaptées à notre environnement et parfois porteuses de maladies incurables ou de parasites qui s’attaquent à notre propre patrimoine végétal.

 

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette, la mondialisation touche aujourd’hui la quasi-totalité des activités humaines. Le commerce, les transports, la finance, l’alimentation, la mode… De même que les plantes devenues, au fil du temps et des modes, des marchandises comme les autres, sans lien avec le territoire d’où elles sont originaires, comme des apatrides végétales. Ainsi, qui sait encore que le yucca vient d’Amérique, que le ficus benjamina est né en Inde ? Que les espèces endémiques de bambous sont presque aussi nombreuses en Amérique qu’en Asie, mais qu’aucune n’a de racines européennes ?

 

Privilégier les espèces locales et adaptées
Végétaliser, oui, mais pas avec n’importe quoi 1
Arnaud Millon et Fabien Hanaï

Pour retrouver ce lien entre un végétal et sa terre d’origine, mais aussi pour combattre la perte de biodiversité associée à la mondialisation du marché des plantes, une « jeune pousse » installée à Lodève (Hérault) développe une démarche à la fois novatrice et très ancrée dans la réalité : créer de nouveaux jardins ou revégétaliser les villes en préférant toujours les espèces végétales locales à celles issues d’autres régions, d’autres continents.

« En analysant ce qui se passait sur le marché de la production horticole, explique Fabien Hanaï, fondateur et président de Cérès Flore, je me suis rendu compte que la plupart des plantes et des arbres disponibles pour les aménageurs et les particuliers provenaient de pépinières en Italie, en Espagne ou au Portugal. Et qu’il s’agissait le plus souvent d’espèces sélectionnées génétiquement pour leur rendement, mais rarement adaptées au terrain et au climat des lieux auxquels elles étaient destinées. »

 

Une question de bon sens

De son expérience de gestionnaire d’espaces naturels, Fabien Hanaï a également retenu que ces plantes d’importation survivent rarement là où on les installe, sans recourir à une batterie de soins spécifiques, coûteux et pas forcément très écologiques. « Sur la plupart des chantiers que j’ai connus, justifie-t-il, le programme de plantations prévoyait non seulement l’achat des pousses, mais aussi l’arrosage, les engrais, les produits phytosanitaires… Et même le remplacement des plantes qui n’allaient pas survivre, comme si c’était une fatalité, alors que les plantes endémiques n’ont en général pas besoin de tout ça pour se développer. Elles sont déjà adaptées au climat et aux conditions locales. » De surcroît, elles résistent évidemment beaucoup mieux aux pathogènes qu’elles sont susceptibles de rencontrer, qu’il s’agisse de champignons, d’insectes ou de micro-organismes générateurs de maladies.

 

Une technologie capable de multiplier rapidement les nouvelles pousses

Végétaliser, oui, mais pas avec n’importe quoi 3Sur la base de ce constat, le jeune homme commence, dès 2014, à réfléchir à une solution. « Le premier problème, explique-t-il, c’est qu’il n’existait pas de technique pour prélever des végétaux dans le milieu naturel sans impact sur ce même milieu et sans certitude sur l’état sanitaire réel des graines et des boutures prélevées. » Il met donc au point un protocole de prélèvement « doux », qui permet aussi de ne sélectionner que les plantes parfaitement saines. Et se penche sur la question de la reproduction. Pour être économiquement viable, son idée a en effet besoin d’une technologie capable d’assurer la multiplication rapide des nouvelles pousses à un prix concurrentiel.

Avec l’appui du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), il trouve finalement son bonheur en Belgique. Précisément au Centre Wallon de Recherche Agronomique, qui a mis au point une nouvelle technique d’optimisation du taux de multiplication des plantes en milieu protégé. Une technique qu’il lui a ensuite fallu réadapter aux végétaux prélevés dans le milieu naturel. L’intérêt est double. D’une part, cette technique permet d’obtenir un grand nombre de plants à partir d’une même souche, ce qui limite les besoins de prélèvement au strict nécessaire. D’autre part, elle permet de limiter le développement des maladies sur les jeunes plants.

 

Un chiffre d’affaires de 600 000 euros

Trois ans plus tard, les techniques sont au point. Le projet de Fabien Hanaï et de son associé, Arnaud Million, séduit la pépinière d’entreprises Sydel Cœur d’Hérault et l’incubateur de la société publique de transfert de technologie de la Végétaliser, oui, mais pas avec n’importe quoi 2région Occitanie, AxLR. Les deux jeunes entrepreneurs installent alors leur premier centre de multiplication de jeunes pousses à Lodève (Hérault). Dans la foulée, ils obtiennent une autorisation de prélèvement en milieu naturel dans leur département, puis dans le Gard et enfin dans la Vaucluse. Des autorisations ont également été demandées dans les Bouches-du-Rhône, le Var, l’Ardèche, les Alpes-Maritimes et l’Aude.

Les premières ventes interviennent deux ans après, en 2019, avec plus de 55 000 euros de chiffre d’affaires dès les premiers mois. « Cela nous a permis de valider la réalité de la demande et la pertinence de nos offres », assure le jeune patron, qui table sur un chiffre d’affaires de 600 000 euros en 2020 (malgré le confinement) et de 1,5 million d’euros en 2021, si rien ne vient entraver la marche en avant de l’entreprise. D’autant qu’un second centre de reproduction doit ouvrir ses portes fin août à Carpentras (Vaucluse), avec l’objectif d’atteindre une production d’environ 10 millions de plants sur les deux sites en 2022.

Sur le plan commercial, les deux associés ne se fixent aucune limite géographique. « Pour l’instant, on est surtout présent dans le sud, indique Fabien Hanaï, mais les problématiques de revégétalisation et de gestion des espaces verts existent partout. On a d’ailleurs déjà des demandes sur Rhône-Alpes et le Maghreb. » Preuve que le localisme n’est pas qu’une lubie française, mais bien un mouvement de fond. ♦

*article publié le 3 juillet 2020

 

Arracher les plantes exotiques envahissantes pour sauver la biodiversité

 

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