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Inclusion sociale : quand le sport fait office de diplôme

Par Maëva Gardet Pizzo, le 15 octobre 2021

@Apels

Créée en 1996 à Paris avant d’essaimer sur tout le territoire français, l’Apels – ou Agence pour l’éducation par le sport- fait le pari du sport pour permettre l’insertion de jeunes plus ou moins éloignés de l’emploi. Parce que l’activité sportive offre une certaine hygiène de vie, tisse du lien social. Et révèle des qualités humaines insoupçonnées.

 

Solidarité. Persévérance. Maîtrise de soi. Sens du collectif. Esprit d’initiative. Capacité à élaborer une stratégie ou à conduire une équipe. Une séance de sport en dit parfois davantage sur nous qu’une classique présentation en trois minutes. Le sport est même pour certains plus valorisant qu’un CV encore bref, voire chaotique. Alors pourquoi ne pas inclure ce type d’activités dans le parcours d’insertion de jeunes plutôt éloignés de l’emploi ?

C’est le pari que fait l’Apels, créée en 1996 par Jean-Philippe Acensi et Jean-Claude Perrin (bonus). Une association qui préfère désormais se faire appeler École de l’inclusion par le sport -plus parlant-, et qui milite pour que le sport ait valeur de diplôme.

Parce que l’activité physique offre une hygiène et un rythme de vie plus propices à l’intégration dans le monde professionnel. Parce qu’il donne confiance en soi. Mais aussi parce qu’il valorise et cultive des qualités humaines de plus en plus plébiscitées par des entreprises bien conscientes que si les compétences s’acquièrent et se renforcent à tout âge, les savoir-être relèvent davantage de l’inné et de l’éducation.

 

Répondre aux besoins de recrutement des entreprises

Des convictions qui s’incarnent au travers des deux principaux dispositifs portés par la structure. Ceux-ci ont permis d’accompagner vers l’emploi 550 jeunes Français depuis 2015, dont 191 en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le premier d’entre eux, Déclics sportifs, consiste à « répondre à la commande d’une entreprise qui cherche à recruter un certain type de profil », explique Elie Acensi, chargé de mission au sein de l’Apels. L’enjeu est alors de détecter des talents correspondant aux besoins de celle-ci au sein des clubs de sport partenaires (soit un millier de clubs en France dont une trentaine à Marseille).

Les jeunes identifiés sont ensuite formés au sein de l’entreprise partenaire dans le cadre d’un contrat d’apprentissage s’étalant sur 12 à 18 mois. Au terme de cette formation, ils obtiennent un diplôme  leur permettant d’être embauchés en CDI dans l’entreprise formatrice. L’Apels continue de les suivre pendant deux ans. Ils sont par ailleurs épaulés par un parrain appartenant à la même entreprise, mais qui n’exerce pas d’autorité directe sur eux.

 

apels-seance-sport-jeunes
@Apels

Des partenaires parmi lesquels LCL et le Crédit Agricole

« Une promotion compte 10 jeunes, et souvent, ils ont des projets très différents les uns des autres ». D’où la nécessité de construire un réseau d’entreprises le plus diversifié possible. « Nous avons commencé avec le secteur bancaire grâce à LCL et le Crédit Agricole. Ils nous ont permis de mettre le pied à l’étrier ». Et ce, en leur offrant une confiance assez importante puisque dans le cas de LCL par exemple, 10 % du recrutement annuel est confié à l’Apels. « Pour les banques, l’intérêt est d’apporter de la diversité dans leurs effectifs d’autant qu’il y a d’importants enjeux de renouvellement des équipes alors que les départs à la retraite sont nombreux. Par ailleurs, elles ont à cœur de constituer des équipes qui ressemblent davantage à leurs publics. Et puis, c’est valorisant d’embaucher et de travailler avec un champion de karaté ou de rugby ».

Parmi les autres partenaires, on retrouve des acteurs de l’hôtellerie-restauration, du service à la personne, de la grande distribution, de la logistique ou encore des transports. « En France, nous avons une cinquantaine d’entreprises partenaires. À Marseille, où l’association n’est présente que depuis 2016, elles sont une dizaine ».

Un réseau qui devrait se muscler dans les mois et années à venir, d’autant que les résultats sont encourageants, avec un taux de sorties positives de 80 %.

 

« Pulse ton avenir »

Si Déclics sportifs s’adresse à des publics déjà plus ou moins sportifs et dont les freins vers l’emploi  restent relativement faciles à lever, le second programme, « Pulse ton avenir », vise quant à lui des jeunes de 16 à 25 ans faisant face à davantage d’obstacles. « Ce sont des jeunes sans emploi, sans formation, et sans vraiment de projet professionnel », détaille Elie Acensi. « Ils intègrent pendant 6 mois une promotion de 10 jeunes et reçoivent une somme d’argent correspondant au montant de la Garantie Jeunes (bonus) ». Un accompagnement qui repose sur un métier créé en 2017 par l’Apels : celui de coach d’insertion par le sport.

Sabrina Armani occupe cette fonction depuis début 2021. Sportive – ceinture noire de karaté et passionnée de badminton – elle travaille depuis plus de dix ans dans le champ de l’insertion. Prise en charge de jeunes en décrochage dans le 15e arrondissement de Marseille pour le compte de l’Éducation nationale. Conseillère éducation et citoyenneté au sein du centre Epide (Établissement pour l’insertion dans l’emploi, à Marseille). Puis quelques mois comme conseillère à l’Afpa avant de tomber sur une offre d’emploi de l’Apels. Une offre qui semble écrite pour elle, parfaite symbiose entre sa volonté d’aider les jeunes à trouver leur voie et son goût pour le sport.

« Je trouve que c’est une belle approche car on est un peu moins dans le sérieux. Le sport c’est une forme de jeu et on ne se rend pas compte de toutes les compétences qu’il permet de développer. Les jeunes se découvrent des qualités qu’ils ne pensaient pas avoir et ils gagnent en confiance. Ils découvrent qu’ils sont des pépites et cela provoque des déclics ».

 

Inclusion sociale : quand le sport fait office de diplôme 1
L’association organise aussi des événements mêlant sport et rencontre avec des recruteurs. Pour créer du lien entre deux mondes qui ont a priori parfois du mal à se comprendre. @Apels

 

Détection, motivation, accompagnement

En tant que coach, elle doit tout d’abord constituer son équipe. Pas facile puisqu’il s’agit de détecter des jeunes éloignés de tous dispositifs. Plus compliqué encore lorsque l’épidémie de covid-19 a eu pour effet d’isoler bon nombre de jeunes, ceux-ci devenant ainsi très difficiles à toucher pour les professionnels de la jeunesse. D’autant que les clubs sportifs, partenaires historiques de l’association, sont fermés lorsqu’elle entre en fonction. « Je me suis donc appuyée sur les autres partenaires de l’Apels et sur les jeunes que je connaissais déjà grâce à mon parcours. J’ai aussi misé sur le bouche-à-oreille, et je suis allée rencontrer les publics sur leur lieu de vie, aux heures où ils vivent. C’est-à-dire tard ».

Une fois l’équipe au complet, reste à motiver les troupes. Sa clé : le sport. À raison de deux fois 1h30 par semaine. « L’idée, ce n’est pas juste de faire un petit match de basket. On est dans le dépassement de soi avec des séances de cardio intenses. Pour se décrasser, pour réfléchir, pour gagner de la confiance en soi ». S’ajoute à cela un stage en internat de quatre jours en tout début de programme. Quatre jours très intensifs qui permettent de fédérer un collectif, de trouver un nouveau rythme et de provoquer des déclics.

 

Coaching complet

S’ensuit, en plus du coaching sportif, un accompagnement à 360° pour construire un projet professionnel et lever les différents obstacles. Qu’il s’agisse de problèmes familiaux, de logement, d’addiction ou encore de mobilité. « Ce qu’il y a de spécifique à l’Apels, c’est que même quand un jeune fait des erreurs, on reste là pour lui alors qu’ailleurs, on aurait tendance à lui dire : tant pis pour toi ».

Elle cite avec une certaine émotion l’exemple d’un jeune « au fond du trou quand on l’a rencontré. Il avait de gros problèmes d’addiction au cannabis et à d’autres choses. Il fumait toute la journée. Si on ne le sortait pas de là, on le perdait à tout jamais. Vraiment. Son projet, c’était de trouver une alternance en mécanique poids lourd. Il a fait beaucoup de sport et parfois, il nous a fait des cacas comme rater un entretien. Mais on ne l’a pas lâché et on lui a donné une deuxième chance. Finalement, il a pu faire ce qu’il voulait ».

Sur les 15 jeunes qu’a accompagnés Sabrina, 13 ont intégré une formation ou trouvé un emploi. Globalement, le taux de sorties positives pour ce programme est de 70 %.

Des coachs comme Sabrina, l’association en a formé 150 depuis 2019. Ceux-ci peuvent être salariés de l’Apels ou rattachés à des clubs sportifs partenaires. « Dans ce cas, on paie le club pour qu’il rétribue le coach. Celui-ci consacre un tiers-temps pour encadrer une promotion du programme Pulse ton avenir », explique Elie. Et une récente commande de l’État permettra à l’Apels de former d’ici fin 2022 un total de 700 coachs. Pour qu’essaime la démarche, et que l’insertion par le sport révèle les talents de toujours plus de jeunes, dans toujours plus de territoires. ♦

 

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 


Bonus

[pour les abonnés] Histoire de l’Apels – Les financements – L’équipe – Le dispositif « garantie jeunes » –

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