Fermer

Contre la peur de l’autre, provoquer la rencontre

Par Marie Le Marois, le 19 novembre 2021

Journaliste

Les clichés ont la peau dure à Marseille. Entre le Nord et le Sud, les habitants se croisent mais se mélangent peu. Pour dépasser la peur d’autrui, le collectif d’acteurs engagés du territoire Marseille Fraternelle a initié le « Grand Bain’’. L’idée ? Jumeler cinq écoles avec des réalités sociales diverses. Marcelle a assisté à la journée pilote.

 

ballon
Jeu de ballon @Marcelle

Une centaine de gamins occupe la plage des Prophètes. Un groupe de CM1-CM2 joue au sand-ball –sorte de hand-ball, un deuxième participe à un atelier secourisme et un troisième, à un échange avec les policiers. Un peu plus loin, des CE1-CE2 ramassent des objets sur le sable avec l’association Naturoscope, pour distinguer les corps naturels des déchets.

Les activités tournent mais les équipes restent. Elles sont composées d’élèves de cinq classes différentes et se distinguent par des gilets de couleur. Jaune, rouge, orange. Ce jeudi-là, ils ne sont plus les élèves du primaire Félix Pyat – situé dans l’un des quartiers les plus en difficulté de Marseille. Ou de l’école privée d’Endoume (dite Bensa) – dans le quartier bobo de la ville. Mais des gamins, heureux de partager de bons moments sur la plage durant le temps d’école.

 

Des débuts timides

apprendre à se connaître
Jeu du  »Qui suis-je » @MarseilleFraternelle

Pourtant, rencontrer d’autres enfants n’était pas évident pour certains élèves. « Au début, je croyais que ça allait mal se passer. Je pensais que si je disais mon prénom, ils allaient partir », confie Zoubida, demoiselle de 9 ans de Félix Pyat. Son instituteur confirme : « Ils avaient envie de découvrir les autres mais, arrivés sur les lieux, ils étaient stressés ». Côté Endoume, même appréhension. « J’étais un peu perdu au début, après j’ai fait connaissance », sourit Pierre.

Les barrières sont tombées une à une grâce à un jeu inspiré du ‘’Qui suis-je’’. Les enfants avaient préparé la journée en amont en écrivant des fiches descriptives et anonymes sur eux.

À l’arrivée, ces fiches ont été distribuées aux autres écoliers. L’objectif était, ensuite, de retrouver le propriétaire de la fiche. Et bien sûr, « découvrir les élèves d’autres quartiers », souligne l’instituteur.

 

Une initiative #MarseilleFraternelle

Naturoscope
Ramassage d’objets @MarseilleFraternelle

Ce professeur des écoles, comme ses pairs, a été embarqué dès le départ dans cette aventure initiée par le collectif MarseilleFraternelle (voir bonus). Pour faire court, c’est une fabrique de projets créée par Tarik Ghezali (La Fabrique du Nous) et Nathalie Gattelier (Apprentis d’Auteuil).

Ces agitateurs du vivre ensemble mobilisent régulièrement une centaine de ‘’créateurs de liens’’ issu(e)s de tous horizons : social, entreprise, culture, éducation ou médias (dont Marcelle). Et parviennent à faire jaillir du jeu collectif de supers idées.

« Marseille Fraternelle,c’est une dynamique informelle et sans chichi pour démultiplier les rencontres qui font du bien. Et fabriquer plus de ‘’Nous’’ à Marseille », résume le duo. Son objectif ? « Recréer du lien dans notre ville fracturée ». Une vingtaine de projets ont déjà été menés ou sont en cours (voir bonus). ‘’Le Grand Bain’’ est l’un d’entre eux.

 

 

Un projet porté par l’association CitizenCorps

Jeu collectif autour de la nature
Jeu collectif autour de la nature @MarseilleFraternelle

Pour parvenir à construire ce programme, Tarik Ghezali et Nathalie Gattelier ont rassemblé à trois reprises les écoles intéressées (Cours Julien, Félix Pyat, Parc Bellevue, Breteuil et Bensa) et fait émerger les désirs et idées du corps enseignant. Ils se sont également appuyés sur CitizenCorps, association dont le but est de ‘’permettre aux ados de prendre confiance en eux et en leur capacité à changer les choses pour devenir acteurs de la société’’.

Enfin était présente, lors des échanges, la députée Cathy Racon-Bouzon qui mène des travaux à l’Assemblée nationale sur l’amélioration de la mixité sociale à l’école.

 

Une feuille de route simple mais élaborée

MarseilleFraternelle
@MarseilleFraternelle

Il en est ressorti une feuille de route simple mais suffisamment élaborée pour que la relation entre les élèves impliqués dans le projet soit durable et ancrée. L’idée donc est de jalonner l’année scolaire de plusieurs rencontres encadrées par leur enseignant.

Lors de ces journées, ils partageront des « expériences fédératrices et créatrices de lien », autour du sport, de l’art, de l’environnement, du patrimoine… Il s’agit de « faire vivre cette mixité via des expériences et apprentissages partagés, au bénéfice de tous ».

L’objectif est aussi de développer les compétences du 21e siècle : créativité, empathie et coopération.

Plusieurs partenaires associés

Police
Echange avec les policiers @Marcelle

Pour cette première journée pilote, outre l’association Naturoscope, le Centre de Loisirs Jeunes Police Nationale de Marseille avait répondu présent. Leur objet depuis 20 ans est aussi d’abattre les clichés, en favorisant la communication entre agents des forces de l’ordre et jeunes, dans le respect et le sport.

Différents modules peuvent être abordés à la carte, tels le racket, le harcèlement ou la laïcité. Lors de la journée fraternelle, les questions ont principalement porté sur le métier de policier. Ce sont également eux qui ont animé l’atelier secourisme. D’ailleurs, Gabriel, le petit garçon a trouvé très intéressant de savoir comment intervenir en cas d’étouffement.

 

Des enfants avant tout

fraternelle
@M

La mayonnaise a rapidement pris entre les enfants – 111 exactement, « comme les 111 quartiers de Marseille, c’est un signe ! », souligne l’enthousiaste Tarik Ghezali. Il fallait les voir faire corps dans leur équipe. Se passer le ballon, apprendre ensemble les premiers secours, poser les mêmes questions aux policiers, dévorer cakes et bonbons à l’heure du goûter. Ils se sont rendu compte qu’ils avaient les mêmes délires, le même attrait pour le rappeur JUL ou les joueurs de l’OM.

Cette journée pilote a donné lieu à un débrief en classe, avec le même canevas pour les cinq école. L’idée est de construire un programme pédagogique sur toute l’année, avec d’autres activités – cuisine, poterie, patrimoine, découverte des quartiers respectifs… Et d’autres partenaires comme Les Docks, Acta Vista ou le Château de Creissauds.

 

Une ambition pour la région et ailleurs

Ce projet a vocation à s’inscrire dans la durée et mobiliser progressivement d’autres écoles pour les prochaines années scolaires. « L’ambition à terme est qu’à Marseille, le jumelage devienne banal », souhaite Tarik Ghezali, porté par l’espérance.

Le collectif Marseille Fraternelle voit grand et compte capitaliser cette expérience pour la développer à plus grande échelle, dans toutes les écoles du rectorat Aix-Marseille et ailleurs en France. ♦

 

*Tempo One, parrain de la rubrique « Solidarité », partage avec vous la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Marseille Fraternelle : les 15 autres projets de la fabrique – Citizen Corps – 

Ce contenu est réservé à nos abonnés. Soutenez-nous en vous abonnant !.
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous.

Vous rencontrez un problème ?

Nous avons apportés quelques améliorations techniques sur Marcelle.media. 

Si vous rencontrez des problèmes, n'hésitez pas à nous envoyer un message.

Vous rencontrez un problème ?