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33 grands prix historiques, 32 victoires contre des pilotes valides

Par Olivier Martocq, le 11 avril 2022

Journaliste

« Quand je gagne c’est que je suis le meilleur. Mon handicap ne peut être une excuse ! » © DR

Vincent Tourneur est le champion incontesté de ces dernières années dans les courses automobiles classiques. En fauteuil roulant après avoir chuté dans l’escalator d’un aéroport, ce cadre supérieur a vécu le cauchemar d’une vie qui bascule. Une très longue et douloureuse rééducation et la perte de son travail. Pour se relancer psychologiquement, il a choisi d’assouvir une passion pour les sports mécaniques qu’il vivait en dilettante. Et de gagner des courses. Pour commencer, il a dû inventer un système lui permettant de piloter sans ses jambes paralysées.

 

La première passion de Vincent Tourneur, c’est la voile. Dans ce domaine, déjà, c’est un compétiteur. Il participe à de nombreuses régates en tant que barreur. « Aujourd’hui, sauf sur un voilier de 30 mètres ou à la rigueur un catamaran, c’est impossible en fauteuil roulant. En tout cas, en compétition », regrette-t-il. L’homme est un pragmatique lucide. Sa vie a basculé en 2003. Il est alors cadre supérieur dans le groupe Ricard, en charge des achats et du développement. Une vie trépidante et fatigante qui le mène aux quatre coins du monde. C’est en rentrant d’un voyage d’affaires qu’il rate une marche en haut de l’escalator de l’aéroport de Marseille-Provence. De cette chute il ne garde que le souvenir de l’acier qui rebond après rebond lui tranche le dos.

 

Une vie à réinventer

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Vincent Tourneur a reçu le soutien de l’Automobile Club de France © DR

Coma profond, moelle épinière atteinte, Vincent Tourneur va passer deux ans à la clinique Saint-Martin, un établissement dédié à la rééducation des sportifs. « Je dois tout aux équipes qui m’ont pris en charge. Au-delà du travail sur le physique qui est très pénible, il y a le travail psychologique, raconte-t-il. Il faut comprendre que la vie ne sera plus jamais la même, mais que la nouvelle vie peut permettre de faire des tas de choses. À condition de nourrir de nouveaux projets ».

Le déclic pour sa nouvelle passion se fera grâce à l’ancien vice-champion du monde de formule 1, Clay Reggazoni, victime d’un accident en grand prix en 1980, qui lui rend visite à la clinique. Toujours passionné par son sport, il avait néanmoins repris la compétition dans des courses d’endurance comme le Dakar. « Il débarque dans ma chambre quand, sur le plan moral, j’étais au plus bas. M’assurant, pour me motiver, que j’allais remonter fissa dans mes voitures et reprendre la compétition. Il me met la pression ! » En 2007, Vincent Tourneur prend le départ du Monte-Carlo historique et parvient à franchir la ligne d’arrivée après de multiples péripéties.

 

 

Adapter le véhicule à son handicap 

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Vincent Tourneur a imaginé un bras directement relié aux pédales d’accélérateur et de frein © Marcelle

Traditionnellement, les systèmes de conduite pour les personnes handicapées des jambes se situent au niveau du volant. Ce dernier est comme doublé par un autre que le conducteur pince plus ou moins d’un côté pour accélérer. Tandis que le levier de freinage se trouve de l’autre côté. Vincent tourneur qui entend piloter sur des circuits ne trouve pas le système ergonomique.

Ses études d’ingénieur refont alors surface ! Il cogite sur un bras directement relié aux pédales d’accélérateur et de frein placées à gauche sous le volant. L’autre main s’occupant du volant. « J’ai travaillé avec des mécaniciens qui parlaient le même langage que moi. On teste, on essaie, on repart à l’atelier pour améliorer. Une fois la partie mécanique résolue, c’est moi qui ai dû apprendre à doser avec le bras gauche jusqu’à ce que ça devienne le même automatisme qu’avec les pieds ».

Quand on voit l’engin, on se dit que c’est impossible de réapprendre une conduite totalement différente. « C’est une erreur, assure Vincent Tourneur. Rappelez-vous la première fois que vous êtes monté dans une voiture. Coordonner les pieds sur les pédales de frein, d’accélérateur, d’embrayage. Bien doser les appuis. Ça n’a pas été facile ! Eh bien notre cerveau enregistre puis passe en mode automatique. » Aujourd’hui l’équipement qu’il a inventé est vendu par une marque italienne. Équiper une voiture de série ne coûte que 1500 euros. « Beaucoup moins cher que d’acheter une voiture spéciale handicapé ».

 

Rester dans la vie active !

Aujourd’hui à la retraite, l’ingénieur/pilote reste dans la vie active en donnant du conseil en management à de jeunes entrepreneurs. « J’ai trouvé intéressant de transmettre un savoir qu’un jour on m’a transmis. Et surtout d’aider dans le domaine qui est le mien, comme on m’a aidé quand je me suis retrouvé dans une détresse absolue ». Outre une formation d’ingénieur pluridisciplinaire, Vincent Tourneur a un diplôme d’HEC. Sa carrière commencée dans l’aéronautique, s’est poursuivie dans l’industrie de l’aluminium et le groupe Pechiney. Puis le groupe Ricard. « J’apporte le recul. Beaucoup de jeunes entrepreneurs ont une vision mais ne maîtrisent pas l’administratif, le financier et tout ce qui accompagne. Je fais du mentorat pour qu’ils dominent l’ensemble des facettes du monde de l’entreprise ».

 

 

Le Dakar comme nouveau défi 

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En 2022, un deuxième Dakar Classic pour Vincent Tourneur © Marcelle

Le Dakar Classic (avec les voitures de la première génération ayant participé à ce raid mythique), a connu sa première édition l’an dernier. Vincent Tourneur a convaincu un mécanicien qui avait 24 Dakar à son actif de lui faire confiance et de devenir son copilote. Ils ont franchi la ligne d’arrivée, ont partagé les mêmes bivouacs que les pilotes de l’épreuve-reine qui se joue en même temps. « Dans une voiture de course, que l’on ait des jambes ou pas, on est sanglé, on a des harnais, des sièges baquets. Il n’y a pas de différence. On a les mêmes chances qu’un valide. C’est ça peut-être qui explique que je me sois donné corps et âme à ce sport. Quand je gagne c’est que je suis le meilleur. Mon handicap ne peut être une excuse ! ».

Pour l’édition 2022, Vincent Tourneur a intégré la team Ralliart Off Road Classic. L’écurie française a décidé de profiter du retentissement de cette course pour faire passer un message sociétal : « Malgré le handicap on peut repousser ses limites ». Parmi toutes les luttes qu’il a engagées pour que la société arrête de le voir autrement, le pilote paraplégique veut que l’on revienne sur une loi qui oblige la personne atteinte d’un handicap du jour au lendemain de repasser le permis de conduire : « C’est humiliant, évidemment qu’en fonction du handicap la personne va prendre des cours pour s’adapter ! ». ♦

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