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À Grenoble, un « parrainage solidaire » pour rompre l’isolement des jeunes

Par Zoé Charef, le 29 avril 2022

Journaliste

À Grenoble, Parrainage solidaire a déjà débouché sur la création de 55 binômes © Pixabay

Pour lutter contre l’isolement des étudiants et des jeunes adultes depuis le deuxième confinement, la ville de Grenoble et ses habitants ont imaginé Parrainage solidaire. Cette plateforme internet met en relation des filleuls et « parraineurs » pour tisser un lien social et assurer un soutien moral. Rencontre.

 

Dans la charte de l’initiative Parrainage solidaire, l’objectif est clair : « combattre l’isolement et créer des liens d’échange, de réciprocité, de solidarité, de fraternité, d’entraide et de respect mutuel entre les parrains/marraines et les étudiants /jeunes. » Ramzi Ben Amor, directeur de l’Action Territoriale à la ville de Grenoble, précise que ce n’est pas un parrainage matériel et financier, mais « vraiment de la présence, de la convivialité, de la découverte, de la culture, de la visite… Ça peut être une présence physique, comme juste s’appeler. » Mamba, 28 ans, est en master Génie civil à la faculté de Grenoble. Il raconte, un sourire dans la voix, son expérience avec Anouck, sa marraine de Parrainage solidaire : « C’est un moyen de se rapprocher des personnes généralement différentes des amis qu’on côtoie à l’université. C’est une façon de connaître un peu plus la culture française. Je peux avoir des conseils si je me retrouve confronté à une situation nouvelle, ça me permet aussi de m’intégrer en France. »

 

«On a constaté ce problème d’isolement des jeunes »


À Grenoble, parrainage solidaire pour rompre l’isolement des jeunesLors du premier confinement (mars 2020), la ville de Grenoble a créé la plateforme « Voisins Voisines » pour favoriser l’entraide de voisinage. « Les habitants se connectaient pour demander de l’aide ou en proposer. Les services de la ville et du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) proposaient également des missions. La distribution de masques et de gel hydroalcoolique notamment. » Cette initiative s’est ensuite enrichie de nouvelles missions. Par exemple, des appels à volontaires de la part d’associations grenobloises… Puis Parrainage solidaire au début du deuxième confinement.

Ramzi se souvient : « Quand on a lancé la plateforme, on s’est rendu compte qu’il y avait ce problème d’isolement des jeunes. Ils se retrouvaient désœuvrés, en souffrance. Bloqués depuis des mois sur le campus, à suivre des cours en distanciel. On a donc créé ce nouveau service. » Et la bonne chose, c’est que « ça va dans les deux sens ! », se réjouit Ramzi. Parrainage Solidaire bénéficie aussi aux parraineurs. « On a également des Grenoblois.es qui sont isolés et qui souhaitent partager des choses avec des personnes plus jeunes. »

Anouck, mère de famille, a découvert cette initiative par le bouche-à-oreille. « Je cherchais à aider des étudiants pendant cette période compliquée », précise-t-elle. Laurine, une autre marraine âgée de 19 ans, est tombée sur le programme « via les réseaux sociaux de la ville de Grenoble. » Mamba, lui, l’a découverte à travers l’association des étudiants guinéens de Grenoble « et grâce à des affiches sur le campus. » Ramzi explique que l’équipe de Parrainage solidaire est en lien avec des associations étudiantes et des services jeunes. « Le cabinet du maire s’est saisi de cette question, on a interpellé des assos étudiantes, on s’est rencontrés et on a monté cette plateforme ! »

 

 

Des rencontres variées, en fonction des besoins de chacun

« Je l’ai contacté et je l’ai invité dans notre famille pour dîner, raconte Anouck. J’ai de jeunes enfants, donc je me suis dit que ça serait aussi sympa de leur montrer l’entraide durant cette période [la crise du Covid, ndlr]. Je trouvais ça chouette d’avoir cet échange culturel entre plusieurs générations. Ça ne va pas que dans un sens. » Même s’ils ne se voient pas beaucoup, Anouck et Mamba sont en relation depuis un an. « Notre lien est basé sur le respect et l’amitié. Je suis son parcours étudiant, je lui demande s’il a besoin de contacts. Je procure un soutien ! Et je trouve que c’est vraiment une belle rencontre », ajoute-t-elle.

 

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Apporter beaucoup humainement en faisant peu © UGA

Ce qui anime Laurine, la marraine d’une étudiante de 18 ans, c’est de se dire qu’elle peut apporter beaucoup humainement en faisant peu. « Un appel, ça ne coûte rien et les mots ont le pouvoir de construire ou détruire quelqu’un. En étant à la maison, on a tous eu un peu plus le temps d’appeler d’autres personnes. Chaque expérience permet aussi de développer des compétences d’aide, de se mettre à la place de l’autre », considère-t-elle. Laurine et sa filleule se sont appelées plusieurs fois avant d’aller manger ensemble. Mais, « quand les gens sont en souffrance au-delà du covid et du confinement, le dialogue est complexe, souligne la jeune femme. Il faut vraiment avoir de l’inspiration pour tenter de discuter, pour les aider et être présents pour eux. Mais ma filleule sait qu’elle peut m’appeler quand elle en a envie ou quand elle en a besoin ! »

 

Davantage d’étudiants étrangers

Ces binômes font partie des 111 inscrits (chiffres de début février 2022) au système de parrainage. Les jeunes hommes sont plus nombreux à s’inscrire que les femmes (respectivement 75% contre 25%). Mais les marraines sont majoritaires par rapport aux parrains (73% contre 27%).

Le point décisif reste plutôt de trouver une langue commune entre le filleul et son parrain. « Le cœur de cible de l’association s’avère être les étudiants étrangers », spécifie Ramzi. « Les Français ont réussi à s’organiser, à quitter le campus, à mettre en place des stratégies pour pallier tout ce que le confinement a pu produire de négatif. Mais les étudiants étrangers sont isolés et ne connaissent personne. »

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Le premier échange a lieu au téléphone, sur les réseaux sociaux ou en visio © Pixabay

Binômes aléatoires mais…

Tous les participants ont rempli un formulaire, comme l’explique Ramzi : « Les gens s’inscrivent, parrains comme parrainés, et leurs informations sont rentrées dans un fichier Excel. Mais la composition des binômes n’est pas basé sur les critères du profil, malheureusement. Les assos étudiantes souhaiteraient les caractériser un peu plus. Mettre en relation les gens en fonction de leurs spécialités, des études suivies, des centres d’intérêt… » Pour des raisons d’efficacité, la mise en lien se fait plutôt en fonction de l’historique d’inscription. « En pratique, avec les messages que les uns et les autres laissent, j’essaye néanmoins d’arranger les choses. »

L’équipe s’est beaucoup questionnée sur la mise en place de protections pour les parrainés et leurs parraineurs. « On est des facilitants, mais la responsabilité est bien la leur. On leur propose quand même un protocole pour remédier à d’éventuelles déviances. Le premier échange se fera au téléphone, sur les réseaux sociaux ou en visio. La seconde fois, on leur suggère de se rencontrer dans un lieu public, etc. Mais chacun fait comme il le sent. De manière générale, sur les missions ou le parrainage, c’est très bienveillant ! »

En mettant en valeur les relations humaines du quotidien, Parrainage solidaire a pu créer 55 parrainages à ce jour. « C’est notre petite contribution », conclut Ramzi. ♦

 

Bonus
  • Parrainage solidaire est née d’une initiative de la ville de Grenoble, main dans la main avec l’Université Grenoble Alpes et l’Interasso (la fédération des étudiants de Grenoble).
  • Pour devenir filleul ou « parraineur », rendez-vous sur cette page.

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