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À Marseille, l’eau de mer sert aussi de chauffage… et de clim’ !

Par Nathania Cahen, le 19 janvier 2022

Journaliste

En 2016, le Grand Port Maritime de Marseille a accueilli la première centrale dédiée de l’hexagone @Thassalia

À Marseille, l’énergie calorifique contenue dans la mer Méditerranée alimente aujourd’hui en énergie durable 500 000 mètres carrés d’un quartier de la ville. Installée sur le Grand Port Maritime de Marseille, la centrale de géothermie marine « Thassalia » (filiale d’Engie) a été la première en France et en Europe à utiliser cette énergie thermique marine pour fabriquer de la chaleur et du froid. À la clé : de conséquents bienfaits pour la planète !

 

On connaissait les vertus du bon air iodé. Un peu moins celles de l’eau de mer. Car, quand on parle énergie renouvelable, on pense d’abord solaire et éolien. C’est mal connaître toutes les ressources à notre disposition. La géothermie marine (ou thalassothermie), encore trop peu utilisée, en est une autre.

À Marseille, l’eau de mer sert aussi de chauffage
Ce projet privé de 35 millions d’euros alimente en chaud et en froid l’ensemble des bâtiments raccordés grâce à un réseau de tuyaux de 3 km @Thassalia

En 2016, le Grand Port Maritime de Marseille a ainsi accueilli la première centrale dédiée de l’hexagone. Un projet privé de 35 millions d’euros, qui alimente en eau chaude l’ensemble des bâtiments qui lui sont raccordés grâce à un réseau de 3 km, soit quelque 500 000 m² situés dans l’éco-quartier Euroméditerranée. En eau froide aussi : « Ça n’est pas uniquement synonyme de confort, précise Patrick Berardi, directeur général de Thassalia. Le process est indispensable pour certaines infrastructures, à commencer par les hôpitaux ou les archives. Cela permet par exemple de réguler l’hygrométrie – le taux d’humidité des pièces ».

 

Des réseaux urbains inédits


Un rapport des Nations Unies pointait déjà en 2015 que « le développement de réseaux urbains modernes et performants est l’une des façons les moins chères et les plus efficaces de réduire les consommations d’énergie primaire et émissions de gaz à effet de serre ».

Dans la thalassothermie, l’eau de mer est captée entre 12 et 25°C. Selon la saison, elle réchauffe ou refroidit un circuit d’eau douce via des échangeurs thermique. À même de fabriquer une chaleur jusqu’à 61°C et de descendre à 4°C pour du froid.

 

 

Visite guidée

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De gros tuyaux en résine ou en inox transportent l’eau de mer @ Marcelle

Casque dûment vissé sur la tête, nous voilà cheminant dans le ventre de cette centrale épurée. Il n’y a personne, tout est parfaitement entretenu, semble presque neuf. « Deux techniciens suffisent à veiller au bon fonctionnement du système et à sa maintenance. Le plus contraignant étant les deux nettoyages annuels, pour débarrasser les appareils des algues et des mollusques ». De gros tuyaux en résine ou en inox transportent l’eau de mer qui s’y déverse par gravité. Garnis de flèches portant mention « eau de mer », « eau chaude », « eau glacée », ils traversent une enfilade de salles, montent et descendent.

« On va pomper la mer dans deux bassins, à 7 mètres de profondeur. Elle est ensuite filtrée, puis irrigue le réseau à partir de 4 tuyaux. Sans recourir à l’électricité », explique Patrick Berardi. Résultat : 70% d’émissions de gaz à effet de serre et 40% d’électricité en moins. Mais aussi une consommation d’eau réduite de 65 à 100%. Pour un coût inférieur de 5 à 10% au prix marché des énergies plus classiques. C’est également un gain de place car l’équipement est beaucoup moins volumineux qu’une chaudière traditionnelle.

 

Des habitations, des administrations, une école, des tours…

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Patrick Berardi, directeur général de Thassalia @ Marcelle

Quelles sont les infrastructures qui profitent de ce système durable couvrant 70% de leurs besoins énergétiques ? Elles sont de toutes natures. Le parc habité d’Euroméditarranée, l’école primaire Ruffi, la tour La Marseillaise, les Docks, Euromed Center (qui compte un cinéma et deux hôtels), l’immeuble Le Castel (ex-siège de la SNCM), le tribunal administratif, les douanes. Tout récemment, c’est le centre commercial Les Terrasses du Port qui s’est raccordé. Et dans les prochains mois, la Cité scolaire internationale de Marseille, la future tour La Porte Bleue, l’IMVT à venir (Institut méditerranéen de la ville et des territoires)…

« C’est beaucoup ? », s’enquiert-on. « Pas du tout, c’est un bébé réseau comparé aux 400 km de réseau chaud de la CPCU, Compagnie parisienne de chauffage urbain », sourit Patrick Berardi.

 

 

D’autres quartiers, d’autres réseaux, d’autres villes…

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Une installation peu invasive.

Le réseau est donc appelé à se prolonger plus loin, dans deux directions au moins dans les cinq années à venir. Au-delà de la Porte d’Aix, vers La Belle-de-Mai et vers le Vieux-Port « C’est une opération à très long terme, nous disposons d’un bail qui court jusqu’en 2048 », confirme notre guide.

Marseille compte d’ailleurs depuis 2019 un autre réseau, baptisé Massileo. Appartenant à EDF (au travers de sa filiale Optimal Solutions), il est dédié à l’éco-quartier Smartseille et ses 58 000 m² de bâtiments. Ailleurs, plus loin, Monaco, Barcelone ou encore la Suède explorent également les ressources de la géothermie marine.

Avec plus de 40% de la population mondiale installée à moins de 100 km de la mer (ce qui représente 2,4 milliards d’habitants), la géothermie marine apporte en effet une réponse intéressante à l’explosion démographique. « Mais nous privilégions toujours l’énergie la plus vertueuse, glisse Patrick Berardi. S’il y avait mieux, nous changerions ! » ♦

 

Bonus 
  • Les différentes énergies bleues. Le terme « énergies marines » (également « thalasso-énergies » ou « énergies bleues ») est utilisé pour désigner toutes les formes d’exploitation des ressources renouvelables issues du milieu marin : marées, courants, vagues, chaleur, salinité, biomasse et enfin vents.

La planète est recouverte à plus de 70% par les océans et les mers. Ceux-ci recèlent d’énormes quantités de flux énergétiques qui ont deux origines. D’abord l’énergie solaire, qui est à l’origine des vents, de la houle, des grands courants marins et des différences de température de la mer. Ensuite la variation de la gravitation due aux positions respectives de la Terre, de la Lune et du Soleil, qui engendre les marées.

Dans la recherche de nouvelles sources d’énergie n’émettant pas de gaz à effet de serre, les énergies marines contribuent à diversifier le bouquet énergétique mondial.

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