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À Nantes, les légumes des espaces verts nourrissent les plus défavorisés

Par Paola Da Silva, le 16 mai 2022

Journaliste

Les bénéficiaires du projet les « Paysages nourriciers » ont été recensés dans chaque quartier par les CCAS et les référents ©Céline Jacq

Des périodes de crise naissent parfois les meilleures initiatives. À Nantes, lors du premier confinement, les jardiniers municipaux se sont trouvés pour partie en arrêt forcé. Mais ils ont fait germer l’idée de dédier certains espaces verts non entretenus à la plantation de légumes. Les récoltes étaient ensuite distribuées aux populations les plus défavorisées. Ce projet, les « Paysages nourriciers », que la ville a souhaité pérenniser, vient de remporter le Prix Citoyenneté des Trophées Éco Actions, remis par l’association Les Éco Maires.

 

Il suffisait d’y penser. Depuis le printemps 2020, la ville de Nantes fait profiter de légumes frais et de saison environ 1 500 personnes défavorisées. Des légumes plus que locaux, puisqu’ils poussent en effet… dans les parterres et jardins de la ville. « Nous disposons désormais de 24 sites avec des potagers structurés, sur lesquels un travail a été réalisé afin d’assurer une parfaite innocuité des sols », explique Elsa Nédélec, cheffe du projet « Les paysages nourriciers » au sein de la ville de Nantes.

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L’association La SAUGE, Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée, participe au projet Paysages nourriciers saison 2. Pierre Bruneau et Zoé Larose accueillent des bénévoles square Jean-Baptiste-Daviais. ©Céline Jacq

Ce projet a vu le jour lors du premier confinement, au printemps 2020. « La crise sanitaire était en train d’accentuer certains déséquilibres sociaux. La ville avait alors organisé des distributions alimentaires en faveur des plus défavorisés. Romaric Perrocheau, directeur des services espaces verts et jardins, constatant que certains espaces verts étaient délaissés, a proposé d’y planter des légumes locaux. Quelques jours après, la Maire donnait son accord ».

 

Élargir le champ de compétences des jardiniers

Ce sont donc près de 19 tonnes de légumes de saison qui ont été produites depuis 2020, ainsi que des aromates et de petits fruits (framboises, mûres, etc.), dans tous les quartiers de la ville. Au bord des routes donc, mais aussi auprès des écoles, devant les bâtiments administratifs, dans les parcs, au pied des musées…

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Les légumes sont cultivés sur certains parterres de la ville ©Rodolphe Delaroque

« Les jardiniers utilisent toutes les méthodes du bio, dont certaines issues de la permaculture », précise Elsa Nédélec. Un travail d’un nouveau genre pour ces employés de la ville, d’habitude plutôt accoutumés à entretenir des parterres fleuris. « Ce projet leur a demandé une grande réactivité lors de son lancement car il leur a fallu penser le paysage urbain différemment et se former à de nouvelles pratiques. On peut dire qu’ils ont dû élargir leur champ de compétences ! ». Les jardiniers qui s’occupent désormais des potagers en retirent une grande satisfaction, cette nouvelle mission ayant donné un sens différent à leur travail.

 

 

Recréer du lien avec les Nantais

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Une cinquantaine de personnes par quartier reçoivent un panier de légumes frais par semaine ©Céline Jacq

Les légumes produits et récoltés depuis 2020 ont donc été distribués aux personnes les plus démunies. La plupart du temps par le biais d’associations, qui ont reçu le projet très favorablement. « Un recensement des bénéficiaires a été organisé dans chaque quartier, notamment par les CCAS et les référents », relate Elsa Nédélec. Environ 50 personnes par quartier reçoivent désormais un panier de légumes frais par semaine.

« Il faut également signaler que la moitié des parcelles a été laissée en gestion aux habitants, même si ce sont les jardiniers qui les préparent. Ce fonctionnement a permis de rassembler des habitants autour du projet, qu’ils soient bénéficiaires ou non. » Les potagers permettent ainsi de créer un lien plus étroit entre jardiniers et Nantais, mais aussi entre Nantais… et Nantais ! « Nous recevons parfois des témoignages assez forts autour de ce lien. Dans le quartier de la Crapaudine, les bénéficiaires aident à la récolte. Une dame a un jour exprimé aux jardiniers que ce lien était désormais psychiquement vital pour elle.» 

 

Essaimer dans d’autres villes

Ce projet fort de sens vient de recevoir le Prix Citoyenneté des Trophées Éco Actions remis par L’association Les Éco Maires. Un prix qui valorise l’exemplarité locale en matière d’environnement et de développement durable. « On espérait ce prix, on est donc heureux de l’avoir remporté », s’enthousiasme Elsa Nédélec. « Il est important, car c’est une vraie reconnaissance externe, qui met en lumière les efforts que nous faisons en matière de transition écologique et de participation citoyenne. »

Le projet a donc de beaux jours devant lui. Preuve de son intérêt, d’autres villes commencent à le reproduire, Tours par exemple. « Leurs représentants étaient venus voir comment nous travaillons. Nous sommes ravis, à disposition d’autres territoires pour essaimer ! » ♦

 

Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « Alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Les Paysages nourriciers en chiffres –

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