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À Nîmes, une recyclerie fait les beaux jours du centre-ville

Par Agathe Beaudouin, le 15 avril 2022

Journaliste

Julie Claverie espère tisser des liens afin de créer une filière réelle et concrète de la récupération et de réduction des déchets © Agathe Beaudouin

Habituellement, les dépôts-ventes s’installent dans les quartiers périphériques des villes. À Nîmes, l’association Greenouille, qui s’active depuis plus de dix ans dans des projets d’économie solidaire, a pris le contre-pied et prouve que cette initiative est appréciée des citadins.

 

Les allées-venues se succèdent. Les habitués saluent Julie, maîtresse des lieux, et échangent trois mots. Les élèves du lycée voisin espèrent trouver le maillot de l’équipe de hand locale, aspect vintage, à leur taille. Une artiste vient, comme chaque semaine, inspecter les « nouveaux trésors » mis en rayon. Une autre, couturière à ses heures perdues, repère un pantalon en cuir d’agneau ; le met dans son cabas.

À Nîmes, l’essor d’une recyclerie de plein centre-ville
Dans cette boutique d’un autre genre, les « clientes » parlent spontanément entre elles, sans forcément se connaître © AB

En quelques semaines, la P’tite Recyclerie de Greenouille, ouverte à deux pas des arènes de Nîmes, a déjà séduit une clientèle hétéroclite. Comme le veut le concept, ici, on dépose ce que l’on n’utilise plus chez soi, ou on achète à petits prix des perles rares. La force de cette nouvelle boutique, organisée autour d’un comptoir en bois (le lieu était auparavant un bar) ? Sa position avant tout ! La rue Reboul est bien connue des Nîmois pour ses nombreuses adresses gourmandes. Pour être très animée également, et pas seulement pendant les ferias.

 

Faire sens avec les commerces voisins

Julie Claverie lui trouve d’autres qualités encore : être situé juste en face de la boutique Artisans du Monde, à deux portes du bar Le Prolé et à peine plus loin d’un restaurant atypique et social, le Caboulot de la Sérendipité, qui ne travaille exclusivement que du local et du bio, et s’émancipe du fonctionnement de la restauration traditionnelle.

« Pour moi, ici, ça a du sens. C’est vrai, ce genre de lieu ouvre plutôt en périphérie, moins souvent en centre-ville. Mais je m’aperçois que la demande est grande », observe Julie Claverie. « Pour de nombreux citadins, c’est très pratique de venir déposer ses sacs et cartons sans prendre la voiture ! ».

 

Greenouille, précurseur en économie solidaire

En matière d’économie solidaire, Julie Claverie n’est pas une débutante. La quarantenaire pimpante a déjà fondé, il y a plus de dix ans, des paniers bios ainsi que le premier magazine consacré au circuit court dans la préfecture gardoise. Un gratuit, mensuel, proposant des solutions déclinées dans des rubriques variées : l’alimentation, les cosmétiques, la culture, le jardinage… « Le modèle économique n’était pas bon, je me suis trompée sur ce point-là », reconnaît celle qui, après son bac, s’est lancée dans une prépa HEC suivie d’une école de commerce. « J’ai vite compris que ce n’était pas mon univers », ajoute la jeune femme. Plutôt que de se lancer dans une carrière dans une grande entreprise, elle a préféré la vie de voyageuse au long cours, posant entre autres ses valises en Argentine durant plusieurs années. Mais de ses études, Julie Claverie a conservé le goût d’entreprendre.

À son retour en France, elle fonde Greenouille, une association gardoise clairement engagée en faveur d’un autre mode de vie, une consommation plus respectueuse des hommes et de l’environnement. Sa fondatrice se dépense sans compter pour donner vie à ses projets. Cette recyclerie en cœur de ville, elle y passe des journées entières : recevoir les sacs et trier les dons, accueillir les passants et raconter l’économie solidaire, expliquer aux plus anciens le fonctionnement d’une recyclerie, loin d’être entré dans les mœurs…

 

 

Trouver un modèle rentable

À Nîmes, l’essor d’une recyclerie de plein centre-ville 1
Le magasin reçoit de nombreux lots et cartons livrés par la population urbaine © AB

Julie Claverie veut tisser des liens, entrer en contact avec d’autres structures (par exemple des foyers d’accueil pour enfants) afin de créer une filière réelle et concrète de la récupération et de réduction des déchets. Elle imagine aussi fonder un tiers-lieu d’un nouveau genre. Des projets, elle n’en manque jamais, de l’énergie, non plus, mais il faut bien l’avouer : le salaire qu’elle s’octroie à la fin du mois est dérisoire si elle compte toutes ses heures.

Comment faire de cette nouvelle économie émergente un modèle viable ? « Je suis certaine qu’il existe des solutions pérennes », commente la responsable. Elle sait qu’elle devra encore faire preuve de patience. Mais voir cette boutique vivre et s’animer la motive plus qu’une fiche de salaire. Et puisque l’équipe s’étoffe un peu, Julie Claverie savoure.

Sur place, entre les étagères de livres qui ne cessent de se remplir et un rayon chaussures bien achalandé, une chose est sûre : les habitudes se prennent vite. La P’tite Recyclerie bénéficie aussi d’un effet mode. « Les jeunes aiment venir dénicher des vêtements d’occasion. C’est la grande tendance du moment. » Ça tombe bien, il y a un lycée juste à côté ! Marion et Lilou disent y passer une ou deux fois par semaine. « On ne s’habille qu’en vêtement d’occasion. Et en centre-ville, il n’y a pas beaucoup de boutiques en ligne. On adore Emmaüs mais c’est vraiment trop loin sans voiture. » 

 

« Un lieu de rencontre »

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C’est dans les pièces voûtées et autour du comptoir en bois d’un ancien bar que la recyclerie a trouvé refuge © AB

Ce lieu n’est pas comme ces boutiques de seconde main qui se spécialisent dans les vêtements d’occasion de grandes marques. Livres, abat-jours, vaisselle, petits meubles, tapis, machines à café… Ici tout ou presque est à vendre contre une poignée d’euros. Une cliente est même repartie avec le Bouddha porte-bonheur de Julie Claverie ! « Une erreur, il n’était en réalité pas à vendre, mais heureusement, on me l’a rendu. »

Très spontanée et naturelle dans les échanges, la « commerçante » passe de longues minutes à expliquer cette nouvelle économie, autour d’un café ou d’un thé. Des qualités de pédagogue qui rendent beaucoup plus concrets le don et l’achat d’occasion pour les néophytes. Dans son magasin viennent des personnes de tous âges, mais aussi de toutes catégories sociales. « Mon ambition est de faire de la recyclerie un lieu de rencontre », affirme celle qui, en avril, lance ses premières Nocturnes, avec un DJ aux platines et des produits locaux et bio à consommer sur place.

Alors que les concept stores se développent dans les villes, avec une tendance ultra bobo et des prix qui ne draguent guère les moins aisés, la recyclerie de Nîmes, elle, teste aussi la multidisciplinarité accessible à tous. ♦

 

La p’tite recyclerie. 18, rue Jean Reboul. Nîmes (30). Du mardi au samedi 10 h – 19 h + nocturnes les vendredis et samedis.

 

Bonus
  • L’étonnante Factory verte de Bessèges. Le lieu est atypique : dans d’anciens hangars industriels, la Factory Verte est une véritable caverne d’Ali Baba située un peu loin de tout, à Bessèges, aux pieds des montagnes cévenoles. Nous sommes ici entre Gard et Ardèche. Dans cette commune isolée et économiquement sinistrée des Cévennes, où de nombreux sites industriels sont désaffectés, cette association à but non lucratif a investi un immense entrepôt.

On y dépose des dons en tout genre, minuscules comme très encombrants, qui sont revendus à petits prix, où chacun paye ce qu’il souhaite. En 2017, cette initiative a surpris dans la ville. Mais, cinq ans plus tard, la Factory Verte est une réussite. Visant à réduire les déchets et à intégrer, dans les habitudes de la population, la réutilisation de l’ancien pour une démarche raisonnée, la Factory verte est à l’épicentre d’un secteur qui a fait du consommer autrement son leitmotiv : une micro-brasserie artisanale, une épicerie solidaire, une adresse gourmande circuit court…

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