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La coopérative d’Estandon plante 670 arbres dans ses vignes

Par Nathania Cahen, le 20 février 2020

Journaliste

L’agroforesterie vient à la rescousse de la vigne pour amortir le changement climatique. 670 arbres et arbustes vont ainsi être plantés sur trois exploitations viticoles varoises pour fournir aux sols davantage de biodiversité, de fraîcheur et d’eau. 

 

Le jour de mon reportage, nous avons rendez-vous chez Patrick Tochou, sur le domaine de l’Éouvière, à côté de La Celle. Ce viticulteur fait partie d’Estandon Vignerons, union de huit caves coopératives et dix caves particulières. Il a prévu de planter 340 arbres dans l’année, notamment sur cette parcelle d’environ 13 hectares, dotée d’un sol limoneux et même fertile, si le sous-sol fonctionne bien. Car il connaît deux problèmes : la nappe est peu profonde donc vite asphyxiée en cas de pluies abondantes. Et vite asséchée quand sévissent de fortes chaleurs.

 

« Laisser la nature travailler est l’évidence »

Les nouveaux arbres et arbustes vont permettre à la vigne d’aller puiser plus profondément. Car le système racinaire va ouvrir le sol et permettre une meilleure circulation de l’eau. Également favoriser une diversité de la faune (les insectes notamment) et de la flore.

agroforesterie-vigne-cooperative-estandon« Tout cela est logique, approuve Patrick Tochou. On comprend que laisser la nature travailler est l’évidence. Les engrais chimiques existent sous une forme naturelle et les éléments fertilisants se trouvent déjà dans la terre. De plus, quand on travaille moins le sol, on utilise moins le tracteur et on consomme moins de gasoil ».

Autre viticulteur branché agroforesterie, venu en voisin, Laurent Nicolau a lui entamé des essais sur deux de ses seize hectares du domaine de Valgencelle, avec de jeunes vignes plantées l’an dernier. « Ma famille a toujours été à l’avant-garde. Premier tracteur. Premières vignes palissées (le palissage consiste à lier certains rameaux à un tuteur et joue sur la forme que l’on veut donner au pied de vigne – Ndlr). Aujourd’hui, l’enherbement pour moins abîmer les sols et éviter de prendre le tracteur. Du compost et pas d’engrais chimique. Du coup, il y a davantage de fleurs pour les abeilles – trèfle, colza, espères melliflues car les abeilles pollinisent les fleurs de la vigne. Tout est lié ! ».

 

Amortir les variations climatiques

La coopérative d’Estandon plante 670 arbres dans ses vignes 1Pour le choix des essences, Estandon Vignerons se fait accompagner par l’association gersoise Arbre et Paysage 32. Florine Routier est venue pour l’occasion. À l’Éouvière sont prévus l’implantation d’un bosquet de lilas et tilleuls. Mais aussi une rangée en cœur de parcelle dont elle supervise la plantation, qui va s’intercaler entre deux rangs de vigne (2,50 mètres les en séparent). « Troène des bois, noisetier, sureau noir, fusain d’Europe, aubépine monogyne et cornouiller sanguin. Ces La coopérative d’Estandon plante 670 arbres dans ses vignes 3jeunes plants d’un an vont s’adapter tout de suite au sol. Ils vont rejeter l’humidité sur les vignes quand il fera trop chaud et limiter le gel en cassant les courants d’air quand il fera trop froid. » L’équipe s’attaque ensuite à une future haie dessinée en lisière, alternant là encore les variétés : mûrier blanc, frêne commun, saule marsault, peuplier noir et érable champêtre. Je plante un mûrier blanc, n°15 dans sa rangée, dont Marcelle sera la marraine.

J’en profite pour questionner Florine Routier sur l’agroforesterie. « Cela englobe toutes les pratiques agricoles qui intègrent l’arbre. Ces techniques combinent innovation, savoir-faire et retour au bon sens, décline la chargée d’étude. Les systèmes agroforestiers sont ancestraux, variés, présents partout dans le monde, aujourd’hui nous les adaptons aux techniques actuelles et au matériel agricole moderne. »

 

Les nouveaux défis de l’agriculture

Les prémices du projet remontent à 2018 et une prise de conscience accrue des nouveaux défis de l’agriculture. Estandon Vignerons adhère alors au mouvement Pour une agriculture du vivant (bonus), qui fédère l’ensemble des acteurs de la chaîne agro-alimentaire pour accélérer la transition agro-écologique. Des agronomes viennent dispenser une première session de sensibilisation et de formation. Deux pistes sont retenues : la couverture des sols et des cultures pour les protéger contre l’érosion et les aléas climatiques. Et donc l’agroforesterie, ce mode d’exploitation des terres agricoles qui associe arbres et cultures.

agroforesterie-vigne-varPhilippe Brel, directeur d’Estandon Vignerons (bonus) se réjouit : « C’est beaucoup de bonheur d’imaginer ensemble un domaine de l’agriculture qui sera durable. Les arbres vont permettre au sol de vivre de façon plus intense et nous pourrons transmettre à nos enfants des parcelle vivantes ». Et d’ajouter : « De plus, c’est beau et esthétique. Cela souligne le paysage de vignes ». Mais il reste modeste : « Nous avons mis la pichenette pour enclencher le processus. Avec la volonté d’accompagner et de monter un réseau efficace ». Ce réseau passe par l’entreprise d’agrofournitures Racine, qui mène notamment une réflexion poussée sur le couvert végétal : il faut croiser expériences et résultats, trouver des modèles solides et reproductibles, monter en compétences sur le sujet.

 

Un projet pilote

« On projette notre agriculture à 30 ou 40 ans, explique Stéphan Reinig, conseiller technique chez Estandon. Rien ne sera vraiment visible avant 10 ans. Mais il est important d’anticiper car le changement climatique va amener le sol à jouer de plus en plus le rôle de tampon, d’éponge. Et il est important entre autres, de rendre le sol plus perméable à l’eau pour qu’elle puisse y être stockée ».

Coût du projet ? Une quinzaine d’euros par arbuste planté soit entre 6 000 et 7 000 euros pour dix hectares, à la charge des viticulteurs qui ne perçoivent aucune aide. Mais investissent à bon escient, et avec humour : « On pourrait au moins nous rémunérer pour le stockage de carbone ! » Car le stockage de carbone dans les sols par des pratiques agricoles vertueuses (bonus) diminue les émissions de gaz à effet de serre. Qu’on se le dise ! ♦

 

* Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « agriculture – alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *

 

Bonus [Pour les abonnés] – Estandon Vignerons – Manifeste « Pour une agriculture du vivant » – Le stockage du carbone dans les sols –

  • Estandon Vignerons – Première entreprise viticole de Provence, Estandon Vignerons est installée à Brignoles (Var), produit 10% des vins de cette région, regroupe huit coopératives représentant 300 viticulteurs (Les Caves de Provence, ancien et grand concurrent, est entré dans le groupe en 2005), ainsi que dix caves particulières, et met chaque année sur le marché l’équivalent de 20 millions de bouteilles (du rosé à 86%) dont 65% en AOC. Environ 80 salariés y sont rattachés. Nous avions consacré un article à la méthode managériale qui y a cours, l’holacratie.

 

  • « Pour une agriculture du vivant », le manifeste – En voici le début : « La transition agricole et alimentaire est désormais en marche. De nombreux agriculteurs font évoluer leurs pratiques vers l’agroécologie. Les citoyens changent leurs habitudes et sont aujourd’hui attentifs aux qualités nutritionnelles, aux impacts environnementaux et à l’empreinte territoriale de leur alimentation. La fertilité des sols est au centre de cette spirale vertueuse. C’est pour cette raison qu’une agriculture des sols vivants, qui fait le lien entre la qualité des sols et la qualité des aliments, entre le stockage de carbone et la lutte contre le changement climatique, entre la réduction des intrants et la qualité de l’eau, est une agriculture qui garantit à tous de vivre durablement mieux. Pour une Agriculture du Vivant a pour mission d’accélérer ce mouvement et de le faire changer d’échelle en consolidant ses bases agronomiques et en acculturant l’ensemble des parties prenantes à ce nouveau paradigme […] La suite du manifeste est en ligne, sur le site de ce mouvement.

 

  • La séquestration du carbone dans les sols – Le stock de carbone dans le sol résulte d’un équilibre entre apports de débris végétaux et d’autres matières organiques (fumier, etc.) et pertes dues à la décomposition de cette matière organique… En effet, au cours du phénomène de photosynthèse, permettant la croissance des végétaux, les plantes absorbent du CO2 atmosphérique qui sera ensuite stocké sous forme de carbone organique dans leurs organismes. Ainsi, lorsque les plantes retournent au sol, sous forme de feuilles mortes ou de végétaux en décomposition, cela alimente la terre en CO2 organique. Inversement, la respiration du sol du fait de l’activité des microorganismes qui y sont présents conduit à un relâchement de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. De même, lorsque la terre est retournée pour être cultivée, le carbone emprisonné est libéré. La suite de cet article très pédagogique est à lire sur le site Vert Carbone.

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