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Faire de la Méditerranée le berceau d’une économie inclusive et durable

Par Maëva Gardet Pizzo, le 24 août 2022

Journaliste

Depuis sa création il y a quinze ans, l'association a piloté 24 projets en tous genres. De la valorisation du travail agricole en passant par l'évaluation de l'impact des investissements @freeworldmaps.net

À Marseille, l’association Anima Investment Network ne compte qu’une quinzaine de salariés. Cela ne l’empêche en rien de piloter d’imposants projets internationaux. Ni de fédérer 70 organisations issues d’une vingtaine de pays. Avec une ambition : celle de favoriser l’investissement et la création d’activité économique autour de la Méditerranée. Tout en répondant aux défis environnementaux et sociaux du XXIème siècle.

Inégalités, pauvreté, migrations périlleuses, réchauffement climatique, affaiblissement de la biodiversité, quête de souveraineté économique… Voilà des millénaires que les pays du pourtour méditerranéen se font face, partageant des problématiques communes. Pourtant, ils ont encore du mal à se parler. Et surtout à agir ensemble.

Même si certaines villes – à l’instar de Marseille – se posent en plateformes d’échange entre rives Nord et Sud de la Méditerranée, elles manquent encore d’informations l’une sur l’autre. D’occasions et de lieux où se rencontrer.

On pourrait penser que ce sujet est purement politique. Relevant des grandes institutions locales, nationales et internationales. Il n’empêche qu’à Marseille, c’est une petite association de seize salariés qui a décidé de s’y coller.

 

Deux rives aux richesses mal réparties

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Emmanuel Noutary, délégué général d’Anima Investment Network @DR

Créée en 2006, Anima Investment Network fait le constat d’un « écart de richesse important entre le Sud et le Nord de la Méditerranée », explique Emmanuel Noutary, délégué général de la structure. Contre cela, « Anima veut contribuer à la convergence économique, à la réduction des écarts en faisant en sorte que les économies montent en gamme et captent plus de valeurs ».

Autrement dit, créer des canaux entre les pays pour que les flux financiers circulent de façon plus équilibrée sur l’ensemble de la zone. Et ce, en recourant à la création d’entreprises et à l’investissement. Encadrés par une logique de développement durable. C’est-à-dire -pour reprendre la définition de la Première ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland- « qui réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Mais on ne transforme pas la Méditerranée à seize hommes et femmes. Anima s’appuie donc aussi sur un réseau de soixante-dix organisations publiques et privées. « Nous travaillons avec des agences publiques de promotion de l’investissement comme Business France au niveau national. Mais aussi leurs équivalents locaux sur les territoires. Des fédérations d’employeurs. Des pôles d’innovation. Ou encore des organisations internationales comme l’Agence française de développement, l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques, ndlr] … ». Sans compter les 400 experts et partenaires, sollicités en cas de besoin sur des sujets précis.

Un réseau qu’elle implique dans les différentes étapes de sa méthodologie de travail. En trois temps.

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Le réseau Anima réuni à Tunis ©DR

 

Faire de la Méditerranée le berceau d’une économie inclusive et durable
Urbanisation, sécheresse, diabète … Autant de problématiques qu’Anima veut transformer en opportunités pour les acteurs économiques de la Méditerranée. @DR

Transformer les problèmes en opportunités

Étape 1 : la détection des besoins. « Nos partenaires nous font remonter ceux qu’ils identifient. Il arrive parfois que nous menions nous-mêmes une étude pour faire un diagnostic ».

Et l’horizon des problématiques susceptibles d’intéresser Anima est très large. En témoigne la longue liste dressée par Emmanuel Noutary : « 60% de la population du Sud de la Méditerranée a moins de 30 ans. La région connaît le plus fort taux de diabète avec 43 millions de personnes concernées. La dépendance alimentaire est forte au Nord de l’Afrique et au Moyen-Orient. 75% des habitants vivront en zone urbaine en 2050 contre 55% aujourd’hui, avec toutes les questions que cela pose en matière de transports, de gestion de déchets, d’accès à l’eau »… Des problèmes qui, dans l’optique d’Anima, sont autant d’opportunités pour les entreprises et investisseurs du secteur privé, en lien avec les institutions publiques.

S’ensuit alors l’étape 2 : celle de la mobilisation des partenaires afin d’apporter des solutions. Et donc d’opérer concrètement la transformation des problématiques en opportunités. « Nous réunissions un consortium d’acteurs qui travaillent avec nous pour imaginer les solutions à développer et les manières de les financer. Et nous mettons à profit notre expertise en ingénierie, montage et gestion de projet ».

Une fois un projet mené, place à l’étape 3 : celle de sa valorisation. « On diffuse les bons résultats. On organise également tous les mois des webinaires dans lesquels on partage les connaissances. L’échange d’expériences peut aussi se faire au travers de voyages. Et parfois, une nouvelle initiative peut être engagée pour poursuivre le travail accompli ».

 

♦ À (re)lire : Plaisance : vers un statut « bateaux propres » ?

 

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Parmi les projets mis en place par Anima, un outil (personnalisable) d’évaluation des investissements en matière de respect de l’environnement, d’emploi, ou encore de création de richesses pour les territoires. @DR

Vingt-quatre projets en quinze ans

Depuis sa création il y a quinze ans, l’association a ainsi conduit 24 projets, pour lesquels elle est parvenue à lever 52 millions d’euros.

Parmi ces projets, un accélérateur de startup dénommé « The Next society ». Celui-ci a accompagné la création de 250 jeunes entreprises dans les domaines de l’alimentation, de la santé ou encore de l’énergie verte. « Nous les avons aidées à lever 4 millions d’euros, ce qui est significatif sur les marchés du Sud ». Et au-delà de l’accompagnement et de la mise en relation des entreprises, The Next society agit aussi auprès des pouvoirs publics pour promouvoir des lois favorisant l’innovation. « Nous avons permis l’adoption d’un Crédit impôt recherche au Maroc et en Tunisie. Tandis qu’au Liban, nous travaillons sur une réforme pour inciter les chercheurs à valoriser leurs travaux sur le marché économique ».

Autre exemple : la constitution de coopératives de producteurs laitiers dans huit régions du pourtour méditerranéen, afin de les aider à investir dans de nouveaux outils de production, de transport et de promotion de leur travail.

Ou encore la création d’un outil visant à améliorer les choix d’investissement. « Lors du Printemps arabe, nous nous sommes rendu compte que la moitié des investissements réalisés dans les pays concernés n’avaient que peu d’impact localement. Nous avons donc créé Edile, un outil d’évaluation de l’impact environnemental, social, économique des investissements ». De sorte que les investisseurs, publics notamment, puissent choisir les projets qu’ils soutiennent en fonction de leur impact potentiel. « Il est utilisé en Tunisie. Il a également été reconnu par la Commission méditerranéenne du développement durable ».

Anima travaille en outre avec l’agence de développement économique Provence Promotion pour adapter l’outil à ses besoins.

 

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Relocaliser l’économie en Méditerranée : un des grands défis du réseau Anima. @DR

L’enjeu de la relocalisation des échanges économiques en Méditerranée

Si l’essaimage d’Edile fait partie des grands axes de travail d’Anima, l’association planche aussi sur un autre sujet majeur : la relocalisation économique autour de la Méditerranée. « L’Europe achète beaucoup à l’Asie plutôt qu’à l’Afrique ». Et ce, alors que produire et acheter dans les pays du Sud de la Méditerranée « ne coûte pas plus cher », assure Emmanuel Noutary. « D’autant que nous avons avec ces pays des accords de libre-échange qui n’existent pas avec l’Asie. Que les coûts de transport explosent. Et que le climat est devenu un impératif pour tous ».

Anima compte donc jouer les chefs d’orchestre pour que tout ce petit monde s’accorde et travaille en coopération. À travers des actions de promotion. Voire de réindustrialisation. ♦

 

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

 

Bonus

[pour les abonnés] L’essaimage transméditerranéen – Les partenaires d’ANI –

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