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[forêt #3] Arbres Remarquables, un label pour protéger ce patrimoine vivant

Par Marie Le Marois, le 3 août 2022

Journaliste

‘’Ensemble Arboré Remarquable’’ 2018, Beauvoir-sur-Niort @Marcelle

Série d’été // Grâce à l’association A.R.B.R.E.S., les arbres remarquables ont un label qui les protège. Cette distinction rappelle leur rôle inestimable au sein des écosystèmes mais également leur valeur patrimoniale. Avec, en vue, l’adoption d’une Déclaration des droits de l’arbre. 

[article initialement publié le 25/05/2022]

 

André Dodin se souvient comme si c’était hier. En 2019, l’exploitant forestier est sollicité par le maire de Beauvoir-sur-Niort pour couper au pied un chêne mal en point en bordure de la Forêt de Chizé (Deux-Sèvres). Il se trouve que cet arbre est labellisé ‘’Ensemble Arboré Remarquable’’ avec dix de ses congénères, tous multiséculaires. « C’est rare d’en voir autant si âgé au même endroit », pointe ce passionné (bonus). Suffisamment rare en tout cas pour que le fameux chêne ne soit pas abattu, juste élagué.  

Ce label est décerné par A.R.B.R.E.S., association consacrée au recensement, à l’étude et à la sauvegarde des arbres remarquables en France. Depuis 2000, date de sa création avec le label  »Arbre Remarquable », 750 ligneux publics ou privés, de toutes les régions, en ont bénéficié. En échange, collectivités, établissements publics ou particuliers s’engagent à entretenir, sauvegarder et mettre en valeur l’arbre concerné. Ainsi que de planter sur le site un panneau de présentation de l’arbre portant le logo de l’association.

 

♦ ‘’Les arbres remarquables de France sont des arbres vivants exceptionnels par leur âge, leurs dimensions, leur forme, leur passé ou encore leur légende’’. A.R.B.R.E.S.

 

Une valeur honorifique, non juridique…

Paimpont
Le grand frêne Trédéal à Paimpont (35) mesurant 5.80m de circonférence. À son pied deux membres fondateurs de A.R.B.R.E.S., Georges Feterman président de l’association et Guy Bernard. @Yannick Morhan

Le label n’est pas donné à tout va mais fruit d’un vote. L’association, présidée par Georges Feterman – agrégé de sciences naturelles, auteur et conférencier -, croule sous les demandes. Elle n’en labellise environ que 10% environ. Cependant, cette homologation ne donne pas de valeur juridique, « juste honorifique », souligne André Dodin, désormais correspondant pour le 79, cinq labellisations à son actif. 

Les élus ne sont pas, en effet, protégés en tant que tels par la loi. Certains peuvent bénéficier indirectement d’une protection simplement parce qu’ils se situent aux abords d’un monument historique ou de sites patrimoniaux remarquables. Ou bien encore sont inscrits comme monuments naturels (voir autres outils juridiques dans bonus).

Les autres ne sont pas à l’abri d’un abattage. Dans les faits, depuis 2000, aucun n’a subi à priori ce sort, « sauf ceux qui se sont révélés dangereux », souligne Joséphine Campaña, correspondante des Bouches-du-Rhône. D’un coup d’œil, elle parcourt la liste des 750 Arbres Remarquables recensés et relève les disparus. Il y en a peu. ‘’Abattage après tempête’’, ‘’mort en juin 2008’’….

 

 

…mais qui donne de la visibilité

La Pouplie
Ce peuplier noir champenois, surnommé affectueusement La Pouplie depuis des siècles, arbre de l’année 2020, a été sauvé de justesse. @Emmanuel Boitier pour Terre Sauvage

La force de ce label est sa visibilité. L’événement rassemble et, dans son sillage, protège. Il fait toujours l’objet d’une petite cérémonie. Le correspondant d’A.R.B.R.E.S. et un membre du bureau se déplacent toujours pour remettre une plaque dédiée. Les habitants se réunissent, les médias locaux relaient l’information. Ce coup de projecteur provoque fierté et prise de conscience. « Le label attire l’attention, ce qui permet ensuite d’y faire… attention », résume André Dodin.

L’histoire de la Pouplie, à Boult-sur-Suippe dans la Marne, est parlante. Le propriétaire de ce peuplier noir multicentenaire souhaitait l’abattre pour rendre le terrain constructible. Cet arbre de 40 mètres de haut et 10 de circonférence est lié à l’histoire du village, il orne même son blason. La mairie n’a pas les fonds pour le racheter, ses jours sont comptés. Jusqu’à ce qu’une villageoise, Amandine Polet, découvre en 2020 le concours de l’Arbre de l’année du magazine Terre Sauvage et de l’ONF.

Elle obtient l’autorisation du propriétaire de l’arbre de concourir et mobilise villageois, maire et associations. La mobilisation a payé : la Pouplie a été retenue parmi 300 compétiteurs, élue parmi 14 lauréats et sauvegardée. Elle appartient désormais à la commune après un échange de parcelles avec le propriétaire.

 

 

L’Arbre Remarquable, une valeur naturelle et culturelle

Parc de la Duchesse Porthmouth
L’un des deux Sequoias géants du Parc de la Duchesse Porthmouth à Aubigny-sur-Nère (Cher), 2020 @Georges Feterman

Les arbres font si intimement partie de notre décor que nous avons tendance à ne plus les remarquer. Jusqu’à ce qu’ils disparaissent, comme c’est souvent le cas avec l’urbanisation galopante. À Marseille, on se souvient encore du tollé provoqué par l’abattage des arbres du Vieux-Port et ceux de La Plaine. Car on sait qu’ils jouent un rôle indispensable : ils transforment le dioxyde de carbone en oxygène. Ils apportent de la fraîcheur et protègent du soleil. Enfin, ils abritent de multiples espèces, des champignons aux oiseaux. L’émergence des microforêts urbaines témoigne de cette prise de conscience. 

On connait moins la valeur patrimoniale de beaucoup d’entre eux, qu’elle soit naturelle ou culturelle, parfois les deux. Certains ont un âge, une hauteur et une circonférence exceptionnels. D’autres, une morphologie inédite ou une histoire particulière.

 

 

Le cormier de Chamier et le chêne du pigeonnier

Pigeonnier de Pouzay
Pigeonnier de Pouzay @Deux-Sêvres Tourisme

Les trois derniers labellisés des Deux-Sèvres sont représentatifs de ce patrimoine. Le cormier de Chamier, à Azay-le-Brûlé, est une essence rare, d’un âge et d’une hauteur exceptionnels (400 ans et plus de 20 mètres). Le chêne du pigeonnier de Pouzay, à Béceleuf a poussé à l’intérieur de l’enceinte abandonnée, constituant un ensemble de toute beauté. Enfin, le chêne, dit de « Robert le Chouan », à Saint-Pardoux, est exceptionnel par sa circonférence (8,60 mètres), son âge (de 500 à plus de 900 ans selon les estimations), sa hauteur (25 mètres) et son histoire : son tronc creux aurait permis à Robert le Chouan de se cacher, en 1832, pendant l’insurrection royaliste. 

Dans la foulée du label, la Commission départementale de la Nature, des Paysages et des Sites (CDNPS) a classé ces trois arbres au titre de monuments naturels. Leur offrant une protection renforcée ‘’interdisant, sauf autorisation spéciale, la réalisation de tous travaux tendant à en modifier l’aspect’’.

 

Curiosité botanique

figuier et le noyer de Coudoux
Le figuier et le noyer de Coudoux, institués ‘’Arbres remarquables de France’’ avec Josephine Campaña.

Le figuier et le noyer de Coudoux, dans les Bouches-du-Rhône, institués ‘’Arbre remarquable de France’’ le 21 mai dernier n’ont apparemment rien d’extraordinaire. Si ce n’est leur entrelacement, « un miracle de la nature », lâche Joséphine Campaña, à l’origine de la labellisation. Elle a découvert cette merveille en 2018 en se promenant le long de la rivière de l’Arc.« Aux racines apparentes du figuier multitroncs s’entremêlent celles d’un noyer. Le tronc de ce dernier, à moitié enfoncé dans la terre, rampe sur quelques mètres pour se redresser en angle droit, cherchant la lumière, ses plus hautes branches dépassant celles du figuier ».

Après de multiples démarches auprès d’A.R.B.R.E.S., « cette particularité botanique » a été labellisée et baptisée  »Les amoureux de l’Arc ». Désormais, promeneurs et habitants ont connaissance de cette rareté. Quant à Joséphine Campaña, en plus de passer son temps à planter ses pousses d’arbres dans la colline, au-dessus de sa maison, elle fourmille de projets. Notamment « chouchouter » le figuier et le noyer, et faire venir les écoliers pour les sensibiliser à la nature.

♦ Le concours de l’Arbre de l’année récompense les plus beaux arbres de France présentés par des groupes (amis, famille, école…) et sélectionnés pour leurs caractéristiques naturalistes, esthétiques, historiques mais aussi pour le lien qui les unit. Plus d’infos sur le concours ici.

 

D’autres moyens juridiques pour (vraiment) le protéger

Chêne vert Castelnau-le-Lez
Chêne vert Castelnau-le-Lez, labellisé  »Arbre remarquable » en 2021

Christophe et sa sœur se battent pour protéger un chêne vert, à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier. Cet arbre centenaire, planté en bordure de la propriété de leur grand-mère, fait la fierté de la famille mais aussi des riverains de la ruelle. Oui mais voilà, la construction d’un lotissement de 29 logements, en contrebas, le menaçait. Les engins de chantiers compactaient ses racines et abîmaient ses branches à chaque passage. 

Ce n’est pas tout, le promoteur a eu l’autorisation de la commune de l’élaguer. C’est la goutte de trop : cette coupe massive risquait de déséquilibrer l’arbre. « Sans compter que le bétonnage prévu de la voie allait l’étouffer », confie Christophe. Malgré les mobilisations – une centaine de personnes parfois, et la labellisation ‘’Arbre remarquable de France’’, rien n’y faisait. C’est la validation par l’ONF que le chêne abritait le Grand Capricorne, insecte protégé par la Convention de Berne, qui a permis de sécuriser l’arbre en décembre 2021. La construction du lotissement passe désormais par un autre chemin.

 

Déclaration des droits de l’arbre

Déclaration des Droits de l'Arbre
Signature de La Déclaration des Droits de l’Arbre #DDA le 22 avril 2022, par Philippe Goujon Maire du 15ème arrondissement de Paris, et par Georges Feterman Président d’A.R.B.R.E.S. @Maxime Fauqueur

En 2015, la loi française reconnaissait aux animaux, considérés jusqu’alors ‘’biens meubles’’, la qualité d’êtres vivants doués de sensibilité. Selon certains scientifiques, les arbres auraient également une ‘’conscience de soi’’ et une sensibilité. 

Sur le modèle de la Déclaration des droits de l’Homme, l’association A.R.B.R.E.S a proposé en 2019 une Déclaration des droits de l’arbre (DDA) pour changer le regard et le comportement de l’homme. L’article 4 de cette déclaration vise particulièrement les Arbres Remarquables. « En devenant patrimoine bioculturel commun, ils accèdent à un statut supérieur engageant l’homme à les protéger comme « monuments naturels ». S’il n’a pas été voté par les députés, ce texte de référence poursuit cependant son chemin. Il est approuvé de manière symbolique par des conseils municipaux. Près de 40 villes et communes l’ont déjà adopté. ♦

 

Bonus
  • Besoins : il existe des correspondants dans toutes les régions, même dans les outre-mers. Il en manque cependant dans les 04, 05, 07, 08, 12, 23, 53, 82 et même dans le 83.

 

  • André Dodin. L’exploitant forestier, aujourd’hui retraité, achetait du bois sur pieds à l’ONF (Office national des forêts) et à des particuliers pour le revendre en bois de travail, « meuble, charpente, chauffe… » Ce natif de la région de Cognac a eu le déclic des arbres remarquables en 2014 avec la labellisation d’un chêne vert de son village. 520 ans, haut de 17 mètres, large de 5,50 et une légende qui le rattache directement à François 1er.

 

  • A.R.B.R.E.S. fonctionne avec un réseau dense de bénévoles. Elle a 1500 adhérents. L’adhésion (22 €, année civile) permet de recevoir – quatre fois par an – le bulletin « LA FEUILLE D’ARBRES ». Et de contribuer ainsi à la préservation du patrimoine arboré.

Programme des futures projections des films d’A.R.B.R.E.S ici 

 

  • L’O.R.E. (Obligation Réelle Environnementale) est un moyen juridique de protection des arbres lors des transferts de propriété. C’est un contrat, passé devant notaire, par lequel le propriétaire d’un terrain s’engage (et engage les propriétaires successifs), pour une durée déterminée, à des obligations qui ont comme finalité la conservation ou la restauration d’éléments de la biodiversité ou de fonctions écologiques, sur ledit terrain.

 

  • Projet de loi. En 2021, l’association a travaillé en étroite collaboration avec le CAEU de Seine-et-Marne. Ainsi que des députés pour créer un projet de loi visant une meilleure protection des arbres hors forêt. En vain. Détails ici

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